Et à l’improviste, comme une sonnerie de trompette, d’un instrument jusqu’alors muet, répond un cri, guttural, mais net: “Jésus!” et le noir tombe par terre en pleurant de joie et il lèche, il lèche vraiment les pieds nus de Jésus, comme pourrait le faire un chien reconnaissant.

“Ai-je perdu mon pouvoir, domina? À ceux qui l’insinuent, donne cette réponse. Et toi, lève-toi et sois bon en pensant combien je t’ai aimé. Je t’ai eu dans mon cœur depuis les jours de Césarée. Et avec toi tous tes pareils, regardés comme une marchandise, regardés comme inférieurs à des brutes alors qu’à cause de votre conception vous êtes des hommes et égaux à César, peut-être meilleurs par la volonté de votre cœur…

563.7 – Tu peux te retirer, domina, il n’y a rien d’autre à dire.”

“Si. Il y a autre chose. Il y a que j’avais douté… Il y a que moi, avec douleur, je croyais presque à ce que l’on disait de Toi. Et pas seulement moi. Pardonne-nous toutes, moins Valeria, qui a toujours gardé sa conviction et même s’y ancre de plus en plus. Et accepte mon cadeau: l’homme. il ne pourrait plus me servir maintenant qu’il a la parole, et aussi mon argent.”

“Non. Ni l’un, ni l’autre.”

“Tu ne me pardonnes pas, alors!”

“Je pardonne même à ceux de mon peuple, doublement coupables de ne pas me reconnaître pour ce que je suis. Et ne devrais-je pas vous pardonner à vous, vides comme vous l’êtes de toute connaissance divine? Voilà: j’ai dit que je n’acceptais pas l’argent et l’homme.

Maintenant je prends l’un et l’autre et avec l’un j’affranchis l’autre. Je te rends ton argent parce que j’achète l’homme et je l’achète pour le rendre à la liberté, pour qu’il aille dans son pays pour dire qu’il est sur la Terre Celui qui aime tous les hommes, qu’il les aime d’autant plus qu’il les voit plus malheureux. Prends ta bourse.”

“Non, Maître, elle t’appartient. L’homme est libre aussi. Il est à moi, je te l’ai donné. Tu le libères. Pas besoin d’argent pour cela.”

“Et alors… Tu as un nom?” demande-t-il à l’homme.

“Nous l’appelions Callixte Callixte, en grec, signifie "le plus beau". , par dérision. Mais quand il fut pris…”

“Peu importe. Garde ce nom et rends-le vrai en devenant très beau dans ton esprit. Va! Sois heureux puisque Dieu t’a sauvé.”

Aller! Le noir ne se lasse pas de le baiser et de dire:

“Jésus! Jésus!” et il se met encore le pied de Jésus sur la tête en disant: “Toi, mon seul Maître.”

“Moi, ton vrai Père. Domina, tu te chargeras de lui pour qu’il retourne dans son pays. Sers-toi de l’argent pour cela et que le surplus lui soit donné. Adieu, domina, et n’accueille plus jamais les voix des ténèbres. Sois juste et sache me connaître. Adieu, Callixte. Adieu, femme.”

Et Jésus met fin à l’entretien et passe en sautant au-delà du torrent, du côté opposé à celui où est arrêtée la litière, et il s’enfonce dans les buissons, les saules et les roseaux.

563.8 – Claudia rappelle les porteurs et, pensive, remonte dans la litière. Mais si elle garde le silence, l’affranchie et l’esclave affranchi parlent pour dix, et les légionnaires eux-mêmes perdent leur allure de statues devant le prodige d’une langue qui est née de nouveau. Claudia est trop pensive pour commander le silence. À moitié allongée dans la litière, le coude appuyé sur les oreillers, la tête appuyée sur sa main, elle n’entend rien. Elle est absorbée. Elle ne s’aperçoit même pas que l’affranchie n’est pas avec elle, mais parle comme une pie avec les porteurs alors que Callixte parle avec les légionnaires qui, s’ils gardent leurs rangs, ne gardent plus le silence. L’émotion est trop grande pour qu’ils le fassent!

En refaisant le chemin, ils se trouvent à la bifurcation pour Béthel et Rama. La litière quitte Éphraïm pour se joindre au reste du défilé.