“Maître, il est venu chez moi, ou plutôt chez Ponce, certaines gens… Éléazar Ben Hanne et une délégation du Sanhédrin après la résurrection de Lazare (EMV 549.10). Je ne fais pas de longs discours. Mais puisque je t’admire, je te dis, comme je l’aurais dit à Socrate s’il avait vécu de nos jours, ou à quelque homme vertueux injustement persécuté: “Moi, je n’ai pas beaucoup de pouvoir, mais je ferai ce que je puis”. Et pour l’instant je vais écrire où il m’est possible pour qu’on te protège et pour qu’aussi on te rende… puissant. Il y a sur des trônes ou dans de hautes situations tant de gens qui ne les méritent pas…”
“Domina, je ne t’ai pas demandé d’honneurs ni de protections. Que le vrai Dieu te récompense pour ta pensée. Mais donne tes honneurs et ta protection à ceux qui la désirent vivement. Moi je n’y aspire pas.”
“Ah! voilà! C’est ce que je voulais! Alors, tu es vraiment le Juste que je pressentais! Et les autres, tes indignes calomniateurs! Ils sont venus nous trouver et…”
“Inutile que tu parles, ô domina. Je sais.”
“Sais-tu aussi ce que l’on dit: qu’à cause de tes péchés tu as perdu tout pouvoir et que c’est pour cela que tu vis ici, rejeté?”
“Cela aussi, je le sais. Et je sais que cette dernière chose, tu l’as crue plus facilement que la première, car ta mentalité païenne est capable de discerner la puissance humaine ou la bassesse humaine d’un homme, mais tu ne peux encore comprendre ce que c’est que le pouvoir de l’esprit. Tu es… désillusionnée de tes dieux qui dans vos religions se manifestent en de continuelles oppositions et avec un pouvoir si fragile, sujet à de faciles interdictions à cause des désaccords entre eux. Et tu crois qu’il en est ainsi même du Dieu vrai. Mais il n’en est pas ainsi. Tel j’étais quand tu m’as vu la première fois guérir un lépreux et tel je suis maintenant. Et tel je serai quand je semblerai tout à fait détruit.
563.6 – Celui-ci, c’est ton esclave muet, n’est-ce pas?”
“Oui, Maître.”
“Fais-le avancer.”
Claudia pousse un cri, et l’homme s’avance et se prosterne contre le sol entre Jésus et sa maîtresse. Son pauvre cœur de sauvage ne sait qui honorer davantage. Il a peur de se faire punir en vénérant le Christ plus que sa maîtresse, mais malgré cela, en jetant d’abord un regard suppliant vers Claudia, il répète le geste qu’il a fait à Césarée Cf. EMV 426.9. : il prend le pied nu de Jésus dans ses deux grosses mains noires et, se jetant le visage contre le sol, il met le pied sur sa tête.
“Domina, écoute. Selon toi, est-il plus facile de conquérir seul un royaume ou de faire renaître une partie du corps qui n’existe plus?”
“Un royaume, Maître. La fortune aide les audacieux, mais personne, sauf Toi, ne peut faire renaître un mort et rendre des yeux à un aveugle.”
“Et pourquoi?”
“Parce que… Parce que Dieu peut tout faire.”
“Alors, pour toi, je suis Dieu?”
“Oui… ou, du moins, Dieu est avec Toi.”
“Est-ce que Dieu peut être avec quelqu’un qui est mauvais? Je parle du vrai Dieu, non de vos idoles qui sont des délires de celui qui cherche ce dont il sent l’existence sans savoir ce que c’est, et se crée des fantômes pour assouvir son âme.”
“Non… dirais-je. Non. Je ne dirais pas. Nos prêtres eux-mêmes perdent leur pouvoir quand ils tombent dans une faute.”
“Quel pouvoir?”
“Mais… celui de lire dans les signes du ciel et dans les réponses des victimes, dans le vol, dans le chant des oiseaux. Tu sais… Les augures, les haruspices…”
“Je sais. Je sais. Eh bien? Regarde. Et toi lève la tête et ouvre la bouche, ô homme, qu’un cruel pouvoir humain a privé d’un don de Dieu. Et par la volonté du Dieu vrai, unique, Créateur des corps parfaits, aie ce que l’homme t’a enlevé.”
Il a mis son doigt blanc dans la bouche ouverte du muet.
L’affranchie curieuse ne sait pas rester là où elle est, et elle s’avance pour regarder. Claudia est toute penchée pour observer.
Jésus enlève son doigt en criant:
“Parle, et sers-toi de la partie qui est née de nouveau pour louer le Dieu vrai.”