“Écoute: Tu as dit que tu vas à Éphraïm. Mais y vas-tu par hasard ou y résides-tu?”
“J’habite à Éphraïm.”
“Mais tu n’es pas samaritain, as-tu dit!”
“Je le répète: je ne suis pas samaritain.”
“Et qui peut habiter là sinon… Écoute: on dit que c’est à Éphraïm que s’est réfugié le Rabbi de Nazareth, le proscrit, le maudit. Est-ce vrai?”
“C’est vrai. Jésus, le Christ du Seigneur, est là.”
“Ce n’est pas le Christ du Seigneur! C’est un menteur! C’est un blasphémateur! C’est un démon! C’est la cause de tous nos malheurs. Et il ne se dresse pas pour l’abattre quelqu’un qui venge tout un peuple!” s’écrie-t-il avec une haine fanatique.
“Il t’a peut-être fait du mal pour que tu en parles avec de tels accents de haine?”
“À moi, non. C’est à peine si je l’ai vu une fois pour les Tabernacles, et dans un tel tumulte que j’aurais du mal à le reconnaître Probablement EMV 491. . Car, si je suis disciple du grand rabbi Jonathas ben Uziel, c’est depuis peu que je suis définitivement au Temple, Tout d’abord… je ne le pouvais pas pour plusieurs raisons, et c’est seulement quand le rabbi était à sa maison que j’étais à ses pieds pour boire justice et doctrine. Mais Toi… Tu m’as demandé si je le hais et j’ai senti un reproche caché dans tes paroles. Tu es peut-être un partisan du Nazaréen?”
“Non, je ne le suis pas. Mais quiconque est juste condamne la haine”
“La haine est sainte quand elle se tourne contre un ennemi de Dieu et de la Patrie. C’est ce qu’est le Rabbi nazaréen, et il est saint de le combattre, de le haïr.”
“Combattre l’homme ou l’idée qu’il représente et la doctrine qu’il proclame?”
“Tout! Tout! On ne peut combattre une chose si on épargne l’autre. C’est dans l’homme que se trouve sa doctrine et son idée. Ou on abat tout, ou cela ne sert à rien. Quand on embrasse une idée, on embrasse l’homme qui la représente et en même temps sa doctrine. Je le sais car je l’éprouve avec mon maître. Ses idées sont les miennes, ses désirs sont une loi pour moi.”
“En effet un bon disciple agit ainsi. Pourtant il faut savoir se rendre compte si le maître est bon, et ne suivre qu’un bon maître. En effet il n’est pas permis de perdre sa propre âme pour l’amour d’un homme.”
“Jonathas ben Uziel est bon.”
“Non. Il ne l’est pas.”
“Que dis-tu? Et c’est à moi que tu le dis? Alors que nous sommes seuls ici et que je pourrais te tuer pour venger mon maître? Je suis fort, tu sais?”
“Je n’ai pas peur. Je n’ai pas peur de la violence. Et je n’ai pas peur tout en sachant que si tu me frappes, je ne réagirai pas.”
561.8 – “Ah! j’ai compris! Tu es un disciple du Rabbi, un “apôtre”. C’est ainsi qu’il appelle ses disciples les plus fidèles, et tu vas le rejoindre. Peut-être que celui qui était avec toi était un de tes pareils. Et tu attends quelqu’un comme toi.”
“J’attends quelqu’un. Oui.”
“Le Rabbi peut-être?”
“Il n’est pas besoin que je l’attende. Il n’a pas besoin de ma parole pour être guéri de son mal. Il n’a pas l’âme malade, ni non plus le corps. J’attends une pauvre âme empoisonnée, délirante, pour la guérir.”
“Tu es un apôtre! On sait en effet que Lui les envoie pour évangéliser, car il a peur d’y aller Lui-même depuis qu’il a été condamné par le Sanhédrin. C’est pour cela que tu as sa doctrine! Ne pas réagir contre celui qui offense, c’est l’un de ses enseignements.”
“C’est l’un de ses enseignements car Lui, il enseigne l’amour, le pardon, la justice, la douceur. Il aime les ennemis comme les amis, parce qu’il voit tout en Dieu.”
“Oh! s’il me rencontrait, si, comme je l’espère, je le rencontrerai, je ne crois pas qu’il m’aimera. Ce serait un sot! Mais je ne puis parler avec toi, son apôtre. Et je regrette d’avoir dit ce que j’ai dit. Tu le Lui rapporteras.”