561 – Le séphorim Samuel, ancien sicaire, devient disciple. 60 561 : Jésus médite dans la grotte à l’abri d’un ouragan
5 février 1947
Le mercredi 5 février 1947.
561.1 – Jésus est seul et encore dans la caverne. Un feu brille pour donner de la lumière et de la chaleur, et il se produit une forte odeur de résine et de fagot dans l’antre, au milieu des crépitements et des étincelles. Jésus s’est retiré dans le fond, dans une crevasse où on a jeté des branches sèches et il y reste en méditation. La flamme ondoie de temps à autre, baisse ou se ravive successivement par suite des coups de vent qui courent à travers les bois et pénètrent en mugissant à l’intérieur de la caverne qui résonne comme un buccin. Ce n’est pas un vent continu. Il tombe, puis se relève comme les flots de la mer en temps de grande marée. Quand il souffle fort, la cendre et les feuilles sèches sont poussées vers l’étroit corridor rocheux d’où Jésus est venu dans la grotte plus grande, et la flamme penche jusqu’à lécher le sol de ce côté, puis une fois tombé le coup de vent, elle se redresse encore frétillante et recommence ensuite à flamber toute droite. Jésus ne s’en occupe pas. Il médite.
Puis, au bruit du vent, s’unit celui de la pluie qui, d’abord rare, puis serrée, frappe les feuillages des fourrés. Un véritable ouragan a vite fait de changer les sentiers en petits torrents bruyants. Et maintenant c’est le bruit de l’eau qui domine car le vent tombe peu à peu. La lumière très relative d’un crépuscule orageux, et celle du feu qui, faute d’aliment, rougit mais ne flambe plus, éclaire à peine la caverne, et dans les coins c’est déjà l’obscurité complète. Jésus avec ses vêtements sombres n’est plus visible. Son visage est penché sur ses genoux qu’il tient relevés et c’est à peine, quand il le relève, si on voit une blancheur se détacher sur la paroi obscure.
561.2 – Un bruit de pas et des mots haletants comme de quelqu’un qui est las et épuisé hors de la grotte sur le sentier, et puis une ombre obscure d’où l’eau dégoutte de tous côtés se profile dans le vide de l’entrée.
L’homme, car c’est un homme à la barbe touffue et noire, pousse un “oh!” de soulagement et il jette à terre son couvre-chef détrempé par l’eau, secoue son manteau et monologue:
“Hum! Tu as beau le secouer, Samuel! Il semble tombé dans la cuve d’un foulon! Et les sandales? Des barques! Des barques au fond du fleuve! Je suis trempé jusqu’à la peau! Regarde ici ces ruisseaux qui tombent des cheveux! On dirait une gouttière rompue qui laisse passer l’eau par mille trous. On commence bien! A-t-il peut-être de son côté Belzébuth qui le défende? Hum! La mise est belle… mais…”
Il s’assied sur une pierre près du feu. Il n’y a plus de flammes mais des tisons rouges qui forment des dessins étranges, dernière trace de vie du bois consumé. Il essaie de le raviver en soufflant dessus. Il enlève ses sandales et cherche à essuyer ses pieds boueux avec un pan du manteau moins trempé que le reste. Mais c’est avec de l’eau qu’il s’essuie. Le mal qu’il se donne ne sert qu’à enlever la boue de ses pieds pour la mettre sur le manteau.
Il continue de monologuer:
“Maudits soient-ils, et lui, et tous! Et j’ai perdu aussi ma bourse. Certainement! C’est encore bien si je n’ai pas perdu la vie… “C’est le chemin le plus sûr” ont-ils dit. Oui! Mais eux ne le suivent pas! Si je ne voyais pas cette flamme! Qui a pu l’allumer? Quelque malheureux comme moi. Où sera-t-il maintenant? Là, il y a un trou… Peut-être une autre grotte… N’y aurait-il pas des larrons, eh? Mais… quel sot je suis! Que pourraient-ils me prendre si je n’ai pas la moindre piécette? Mais peu importe. Ce feu est plus qu’un trésor. Si je pouvais avoir quelques branches pour le raviver! Je me déshabillerais, je sécherais mes vêtements. Ohé, dis-je! Je n’ai que ce vêtement jusqu’à mon retour!…”
561.3 – “Si tu veux des branches, ami, il y en a ici” dit Jésus sans quitter sa place.
L’homme, qui tournait le dos à Jésus, sursaute en entendant cette voix inattendue et il bondit sur ses pieds en se retournant. Il paraît effrayé.
“Qui es-tu?” demande-t-il en écarquillant les yeux pour essayer de voir.
“Un voyageur comme toi. C’est Moi qui ai allumé le feu et je suis content qu’il t’ait servi pour te diriger.”
Jésus s’avance avec une brassée de bois et la jette près du feu en ordonnant:
“Ravive la flamme avant que la cendre couvre tout. Je n’ai pas d’amadou ni de briquet car celui qui me l’a prêté s’en est allé après le coucher du soleil.”
Jésus parle amicalement, mais il ne s’avance pas pour que le feu l’éclaire. Au contraire, il retourne dans son coin en restant plus que jamais enveloppé dans son manteau.
561.4 – L’homme, pendant ce temps, se penche pour souffler fort sur des feuilles qu’il a jetées sur le feu et reste ainsi, occupé, jusqu’à ce que la flamme jaillisse. Il rit en jetant des branches de plus en plus grosses qui refont la flamme. Jésus est retourné s’asseoir à sa place et il l’observe.
“Maintenant je devrais me déshabiller pour faire sécher mes vêtements. Je préfère rester nu qu’ainsi trempé. Mais je n’y arrive pas. Un pan de colline s’est effondré et je me suis trouvé sous un éboulis de terre et d’eau. Ah! Maintenant je suis frais! Regarde! J’ai déchiré mon vêtement. Voyage maudit! Si encore j’avais transgressé le sabbat! Mais non, je me suis arrêté jusqu’au coucher du soleil. Après… Et maintenant comment vais-je faire? Pour me sauver, j’ai laissé aller ma bourse et maintenant elle sera dans la vallée, ou accrochée dans quelque buisson qui sait où…”
“Voici mon vêtement. Il est sec et chaud. À Moi, le manteau me suffit. Prends-le. Je suis sain, ne crains pas.”
“Et bon. Un bon ami. Comment te remercier?”
“En m’aimant comme un frère.”
“En t’aimant comme un frère! Mais tu ne sais pas qui je suis, et si j’étais mauvais, voudrais-tu de mon amour?”
“Je le voudrais pour te rendre bon.”