L’homme, qui est jeune, à peu près de l’âge de Jésus, baisse la tête et réfléchit. Il a le vêtement de Jésus dans les mains, mais il ne le voit pas. Il réfléchit et machinalement il se le passe sur la peau nue car il s’est déshabillé même de ses sous-vêtements.
561.5 – Jésus, qui était revenu dans son coin, lui demande:
“Quand as-tu mangé?”
“À sexte. J’aurais dû manger en arrivant dans le village, dans la vallée. Mais je me suis égaré et j’ai perdu ma bourse et mon argent.”
“Voici. J’ai encore ici des restes de nourriture. Ils devaient me servir pour demain, mais prends-les. À Moi, le jeûne ne me pèse pas.”
“Mais… si tu dois marcher, tu auras besoin de forces…”
“Oh! je ne vais pas loin: à Éphraïm seulement…”
“À Éphraïm?! Tu es samaritain?”
“Cela t’indispose? Je ne suis pas samaritain.”
“En effet… tu as l’accent de Galilée. Qui es-tu? Pourquoi ne découvres-tu pas ton visage? Tu dois te cacher parce que tu es coupable? Je ne te dénoncerai pas.”
“Je suis un voyageur. Je te l’ai dit déjà. Mon Nom ne te dirait rien, ou te dirait trop. Et du reste? Qu’est le nom? Quand je t’offre un vêtement pour tes membres glacés, du pain pour ta faim, et surtout ma pitié pour ton cœur. As-tu peut-être besoin de savoir mon Nom pour te sentir refait par les vêtements secs, la nourriture et l’affection? Mais si tu veux me donner un nom, appelle-moi “Pitié”. Je n’ai rien de honteux qui m’oblige à me cacher. Mais ce n’est pas pour cela que tu cesserais de me dénoncer. Car tu as en ton cœur un dessein qui n’est pas bon, et une mauvaise pensée donne comme fruit, de mauvaises actions.”
L’homme sursaute et va près de Jésus. Mais de Jésus il ne voit que les yeux et même ceux-ci sont voilés par les paupières qui sont baissées.
“Mange, mange, mon ami. Il n’y a rien d’autre à faire.”
561.6 – L’homme revient près du feu et il mange lentement sans parler. Il est pensif. Jésus est tout pelotonné dans son coin. L’homme se restaure peu à peu. La chaleur du feu, le pain et la viande rôtie que Jésus lui a donné, le mettent en train. Il se lève, s’étire, tend le cordon, qui lui servait de ceinture, d’un éclat de roche à un piton rouillé fixé là à l’intérieur qui sait par qui et depuis quand, et il étend dessus son vêtement, son manteau, son couvre-chef pour les faire sécher. Il secoue ses sandales et les présente à la flamme qu’il alimente généreusement.
Jésus semble sommeiller. L’homme s’assoit à son tour et réfléchit, puis il se tourne pour regarder l’Inconnu. Il demande:
“Tu dors?”
Jésus répond:
“Non. Je réfléchis et je prie.”
“Pour qui?”
“Pour tous les malheureux, de toutes sortes. Et il y en a tant!”
“Tu es un pénitent?”
“Je suis un pénitent. La Terre a grand besoin de pénitence pour donner aux faibles qui l’habitent la force de repousser Satan.”
“Tu as bien dit. Tu parles comme un rabbi. Moi, je m’y connais car je suis séphorim Le mot Sophêr désigne un scribe. Son pluriel est Sopherîm (les scribes). L'emploi du pluriel ici (Séphorim) peut sembler étrange, mais dans la Bible on retrouve cet emploi pluriel/singulier sans que nous en comprenions la vraie portée. Ainsi Él désigne Dieu, mais c'est son pluriel Elohîms qui est couramment utilisé sans qu'il n'y ait de confusion entre les dieux et Dieu. Il en est de même pour Adonaï qui est le pluriel d'Adôn (Seigneur). On voit en EMV 202.1 et en EMV 594.4 également que les séphorim semblent distincts des docteurs. Les scribes sont souvent associés aux pharisiens, bien que les premiers constituent une classe d'israélites et les seconds un parti ou une secte. L'origine, la fonction, et la dégénérescence des uns et des autres sont précisées par Jésus dans le discours qui commence en 596.14 et dont on trouve diverses anticipations, comme en EMV 252.10. . Je suis avec le rabbi Jonathas ben Uziel, son plus cher disciple. Et maintenant, si le Très-Haut m’assiste, je lui deviendrai encore plus cher. Mon nom sera exalté par tout Israël.”
Jésus ne réplique rien.
561.7 – L’autre, après un moment, se lève et vient s’asseoir près de Jésus. Il dit, en lissant ses cheveux avec la main car ils sont presque secs et en remettant sa barbe en forme: