Alors Dieu mit des anges à la limite du Jardin et en chassa les hommes. Ce fut comme si les hommes étaient jetés de la rive tranquille de l’Eden dans les fleuves remplis d’eau comme quand arrivent les crues du printemps. Mais Dieu laissa pourtant dans le cœur de ceux qui étaient chassés le souvenir de leur destinée éternelle, c’est-à-dire du passage au beau Jardin, où ils entendaient la voix aimante de Dieu, au Paradis où ils auraient joui complètement de Dieu. Et avec ce souvenir, Il leur laissa le saint aiguillon de remonter vers le lieu perdu, par une vie de justice.

Mais, mes enfants, vous avez expérimenté tout à l’heure que tant que la barque descend en suivant le courant, sa marche est facile alors que, quand elle le remonte, elle a du mal à rester en surface, à ne pas être bousculée par l’eau, à ne pas faire naufrage au milieu des herbes et du sable ou des pierres du cours d’eau. Si Simon Pierre n’avait pas attaché vos barquettes avec les joncs de la rive, vous les auriez perdues toutes, comme il est arrivé à Isaac parce qu’il a lâché le jonc.

La même chose arrive aux hommes jetés sur les courants de la Terre, Ils doivent rester toujours entre les mains de Dieu, en Lui confiant leur volonté qui est comme le jonc, aux mains du bon Père qui est dans les Cieux et qui est le Père de tous et spécialement des innocents, et ils doivent avoir l’œil vigilant pour éviter les herbes et les joncs, les pierres, les tourbillons et la boue, qui pourraient retenir, briser, ou engloutir la barque de leur âme en arrachant le fil de la volonté qui les tient unis à Dieu. Car le Serpent, qui n’est plus dans le Jardin, est maintenant sur la Terre, et cherche justement à faire naufrager les âmes, cherche à les empêcher de remonter par l’Euphrate, le Tigre, le Géhon et le Phison au Grand Fleuve qui court dans le Paradis éternel et alimente les arbres de la Vie et du Salut, qui portent les fruits perpétuels dont jouiront tous ceux qui ont su remonter le courant pour se réunir à Dieu et ses anges sans avoir jamais plus à souffrir de rien.”

554.11 – “Maman disait cela aussi” dit le plus grand des enfants.

“Oui, elle le disait” gazouille le plus petit.

“Tu ne peux pas le savoir. Moi si, parce que je suis grand. Mais si tu dis des choses qui ne sont pas vraies, tu n’entreras pas dans le Paradis.”

“Cependant le père disait qu’il n’y avait rien de vrai” objecte le cadet.

“Parce que lui ne croyait pas au Seigneur de maman.”

“Il n’était pas samaritain, ton père?” demande Jacques d’Alphée.

“Non, il était d’un autre endroit. Mais maman était samaritaine et nous sommes samaritains car elle nous voulait comme elle. Et elle nous parlait du Paradis et du Jardin, mais pas si bien que Toi. Moi, j’avais peur du serpent et de la mort car maman disait que le serpent c’était le diable et parce que le père disait que la mort finit tout.

À cause de cela, j’étais si malheureux d’être seul et je disais aussi qu’il est inutile d’être bon désormais, car, quand il y avait le père et la mère, on les faisait heureux par notre bonté, mais maintenant il n’y avait plus personne à qui faire plaisir par notre bonté. Maintenant, au contraire, je sais… et je serai bon. Je n’enlèverai jamais mon fil des mains de Dieu de peur d’être emporté par les eaux de la Terre.”

“Mais maman, elle est allée en haut ou en bas?” demande perplexe le second enfant.

“Que veux-tu dire, mon enfant?” demande Matthieu.

“Je dis: où est-elle? Est-elle allée au fleuve du Paradis éternel?”

“Espérons-le, mon enfant. Si elle était bonne…”

“C’était une samaritaine…” dit avec mépris l’Iscariote.

“Et alors, il n’y a pas de Paradis pour nous, parce que nous sommes samaritains? Alors, nous n’aurons pas Dieu, nous? Lui l’a appelé “Le Père de tous”. À moi, orphelin, il me plaisait de penser que j’ai encore un Père… Mais s’il n’y en a pas pour nous…” et attristé, il baisse la tête.

“Dieu est le Père de tous, mon enfant. Est-ce que, par hasard, je t’ai moins aimé parce que tu es samaritain? Je t’ai disputé aux larrons, et je te disputerai au démon, de la même façon que je lui disputerais le petit fils du Grand Prêtre du Temple de Jérusalem, si lui ne considérait pas comme un opprobre que le Sauveur sauve son enfant Chalem (Scialem), le petit-fils de Nahum, l'homme de confiance d'Hanne. Cet enfant difforme viendra demander la mort à Jésus (EMV 583). . Et même je te dispute encore plus, parce que tu es seul et malheureux. Il n’y a pas de différence pour Moi entre l’esprit d’un juif et celui d’un samaritain. Et d’ici peu, il n’y aura plus de séparation entre la Samarie et la Judée, car le Messie aura un peuple unique qui portera son nom et dans lequel seront tous ceux qui l’aimeront.”

“Moi, je t’aime, Seigneur. Mais me portes-tu auprès de ma mère?” dit le plus grand des trois enfants.

“Tu ne sais pas où elle est. Il a dit cet homme qu’il y a seulement lieu d’espérer…” dit le cadet.

“Moi je ne le sais pas, mais le Seigneur le sait. Il a su où nous étions et nous au contraire nous ne savions même pas où nous étions.”

“Avec des larrons… Ils voulaient nous tuer…”

La terreur revient sur le petit visage du cadet.

“Les larrons étaient comme des démons, mais Lui nous a sauvés parce que nos anges l’ont appelé.”

“La maman aussi, les anges l’ont sauvée. Moi je le sais car je la rêve toujours.”