554.8 – “J’ai encore une chose à demander. Celle-ci: que signifie pour vous la farine qui enlève l’amertume à la soupe des fils des prophètes? 2 Rois 4,40-41. ”
C’est un profond silence qui répond à la question.
“Et quoi? Vous ne savez pas répondre?”
“Peut-être la farine absorbe l’amertume…” dit Matthieu, peu sûr de lui.
“Tout aurait été amer, même la farine.”
“Par un miracle du prophète qui ne voulait pas mortifier le serviteur” suggère Philippe.
“Aussi. Mais pas pour cela seulement.”
“Le Seigneur voulut faire briller la puissance du prophète, même sur les choses matérielles” dit le Zélote.
“Oui, mais ce n’est pas encore la juste signification. Les vies des prophètes anticipent ce qui sera dans la plénitude des temps: dans mon temps. Ils font voir mon jour terrestre sous des symboles et des figures. Donc…”
Silence. Ils se regardent. Puis Jean baisse la tête, son visage s’enflamme et il sourit.
“Pourquoi ne dis-tu pas ce que tu penses, Jean? lui demande Jésus. Ce n’est pas manquer à l’amour que de parler, puisque tu ne le fais pas pour mortifier quelqu’un.”
“Je pense que cela veut dire ceci. Au temps de la faim de la Vérité et de la disette de la Sagesse, celui où tu es venu, tous les arbres sont retournés à l’état sauvage et ont donné des fruits amers, immangeables, comme empoisonnés pour les fils des hommes, qui de cette façon les cueillent en vain et les préparent en vain pour s’en nourrir.
Mais la Bonté de l’Eternel t’envoie Toi, farine de grain de choix, et Toi, par ta perfection, tu enlèves le poison de toute nourriture en leur rendant leur bonté première, et en rendant bons de nouveau les arbres des Écritures, que les siècles ont dénaturés, et les palais des hommes que la concupiscence a corrompus. Dans ce cas, Celui qui commande d’apporter la farine et la verse dans la soupe amère c’est ton Père et Toi tu es la farine qui se sacrifie afin de se faire nourriture pour les hommes. Et après que tu auras été consommé, il n’y aura plus rien d’amer dans le monde, car tu auras rétabli l’amitié avec Dieu.
554.9 – Je puis m’être trompé.”
“Non, tu ne t’es pas trompé. C’est le symbole.”
“Oh! et comment as-tu fait pour y penser?” demande Pierre étonné.
C’est Jésus qui lui répond:
“Je te le dis avec tes paroles mêmes de tout à l’heure: un beau saut, et l’on est sur l’île paisible de la spiritualité. Mais il faut avoir le courage de faire le saut, en abandonnant la rive, le monde. Sauter sans se demander s’il y a quelqu’un qui peut rire de la gaucherie de notre saut ou se moquer de notre simplisme de préférer au monde un îlot solitaire. Sauter sans avoir peur de se blesser, ou de se mouiller, ou d’être déçu. Quitter tout pour se réfugier en Dieu. S’établir sur l’île séparée du monde, et en sortir uniquement pour distribuer, à ceux qui sont restés sur la rive, les fleurs et les eaux pures recueillies dans l’île de l’esprit, où il y a un arbre unique: celui de la Sagesse. En restant près de lui, loin des bruits fracassants du monde, on en saisit toutes les paroles et on devient maître en sachant être disciple. Cela aussi est un symbole.
554.10 – Mais maintenant nous allons raconter une belle parabole pour les enfants. Venez ici, tout près.”
Les trois enfants vont si près qu’ils s’assoient bonnement sur ses jambes, Jésus les entoure de ses bras et il commence à raconter:
“Un jour le Seigneur Dieu dit: “Je vais faire l’homme, et l’homme vivra dans le Paradis Terrestre où se trouve le grand fleuve qui ensuite se divise en quatre qui sont le Phison, le Géhon, l’Euphrate et le Tigre, qui parcourent la Terre. Et l’homme sera heureux car il possédera toutes les beautés et tout ce qui est bon dans la Création, et mon amour pour la joie de son esprit” Genèse 2,10-15. . Et c’est ce qu’il fit.
C’était comme si l’homme se trouvait sur une grande île, mais encore plus fleurie que celle-ci et avec des arbres de toutes espèces et avec tous les animaux. Et tout au-dessus était l’amour de Dieu qui servait de soleil à l’âme, et la voix de Dieu était dans les vents, plus mélodieuse qu’un chant d’oiseau.
Mais voilà que dans cette belle île fleurie, au milieu de toutes les bêtes et de toutes les plantes, entra en rampant un serpent différent de ceux qui avaient été créés par Dieu et qui étaient bons, sans dents venimeuses, sans férocité dans les replis de leur corps flexible. Même ce serpent s’était vêtu d’une peau aux couleurs de gemmes comme celle des autres. Il s’était même fait plus beau que ceux-ci, au point de paraître un grand collier de roi qui avançait en glissant au milieu des arbres splendides du Jardin. Il alla s’enrouler autour d’un arbre qui s’élevait au milieu du Jardin, un bel arbre solitaire, beaucoup plus grand que celui-ci, et couvert de feuilles et de fruits merveilleux. Et le serpent paraissait un bijou autour du bel arbre, et il brillait au soleil, et tous les animaux le regardaient, car personne ne se souvenait de l’avoir vu créer, ni de l’avoir vu avant ce moment. Mais personne ne s’en approchait.
Tous, au contraire, s’éloignaient de l’arbre maintenant qu’il avait le serpent autour de son tronc.
Seuls l’homme et la femme s’en approchèrent, la femme avant l’homme parce qu’elle était charmée par cette chose luisante qui brillait au soleil et remuait sa tête, semblable à une fleur à moitié éclose. Elle écouta ce que disait le serpent et désobéit au Seigneur et fit désobéir Adam. Ce fut seulement après avoir désobéi qu’ils virent le serpent pour ce qu’il était et qu’ils comprirent leur péché, car désormais ils avaient perdu l’innocence du cœur. Et ils se cachèrent pour échapper à Dieu qui les cherchait, et ensuite ils mentirent à Dieu qui les interrogeait.