554 – Le sabbat à Ephraïm, sur un îlot du torrent. Le péché originel expliqué aux trois enfants par une parabole
12 janvier 1947
Vision du dimanche 12 janvier 1947.
554.1 – “Levez-vous et allons le long du torrent. Comme des hébreux hors de leur patrie et dans des endroits où il n’y a pas de synagogues, nous allons célébrer le sabbat entre nous. Venez, mes enfants…” dit Jésus aux apôtres oisifs dans le jardin de la maison, et il tend la main aux trois pauvres enfants qui sont groupés dans un coin.
Ils accourent avec une joie timide sur leurs petits visages précocement pensifs d’enfants qui ont vu des choses plus grandes qu’eux, et les deux plus grands mettent leur petite main dans celles de Jésus. Mais le plus petit veut être pris dans les bras, et Jésus le contente en disant au plus grand:
“Tu vas rester à côté de Moi et tu tiendras mon vêtement comme hier. Mais Isaac est trop las et trop petit pour aller tout seul…”
L’enfant boit le sourire de Jésus et accepte se contentant de marcher près de Jésus comme un petit homme.
“Donne-moi l’enfant, Maître. Tu dois être encore fatigué d’hier, et Ruben souffre de ne pas te donner la main…” dit Barthélemy, et il va Lui prendre l’enfant qui s’attache au cou de Jésus.
“Il est têtu comme toute sa race!” s’écrie Judas Iscariote.
“Non. Il est effrayé. Tu ne comprends rien aux enfants. Les petits sont ainsi. Quand ils sont affligés ou effrayés, ils cherchent un refuge auprès du premier qui leur a souri et qui les a réconfortés” réplique Barthélemy.
Et, ne pouvant prendre dans ses bras le plus petit, donne la main au plus grand, après avoir caressé ses cheveux et lui avoir souri paternellement.
554.2 – Ils sortent de la maison où il ne reste que la femme et vont au-delà du village en suivant le torrent. Elles sont belles ses rives couvertes d’herbe nouvelle et constellées des fleurs des prés. L’eau est limpide et babille entre les rochers, et bien qu’elle soit peu abondante, elle fait entendre des notes de harpe et bruit en se brisant contre les cailloux plus gros épars sur le fond sableux, ou en s’insinuant entre les découpures de quelque île minuscule couverte de roseaux. Des arbres près de la rive les oiseaux s’envolent avec des trilles joyeux ou bien se posent sur une branche en plein soleil et chantent leurs premières chansons printanières, ou descendent gracieux et vifs pour chercher des insectes et des vers dans le sol, ou pour boire près des rives. Deux tourterelles sauvages prennent leur bain dans une anse de la rive et se becquettent en roucoulant, puis s’envolent en emportant dans leurs becs un flocon de laine laissé par quelque brebis sur une branche d’aubépine qui fleurit au sommet.
“Elles font ainsi pour faire leur nid, dit le plus grand des enfants. Elles ont sûrement des tourtereaux…”
Il baisse la tête, bas, très bas, et après avoir esquissé un léger sourire aux premières paroles, il pleure sans bruit en essuyant ses yeux avec sa main.
Barthélemy le prend dans ses bras, comprenant la blessure que les deux tourterelles ont faite en s’occupant de leurs nids, et Barthélemy soupire avec sa bonne âme de père de famille. L’enfant pleure sur son épaule et l’autre, le second, voyant ces larmes, se met à pleurer à son tour, imité par le troisième qui appelle son père de sa petite voix d’enfant qui commence à parler.
“Aujourd’hui, ce sera cela notre prière du sabbat! Tu aurais pu les laisser à la maison! La femme est plus indiquée que nous dans ces cas et…” observe l’Iscariote.
“Mais si elle ne fait que pleurer elle aussi! Comme du reste j’ai bonne envie de le faire moi aussi… Car ce sont des choses… qui font pleurer…” lui répond Pierre en prenant dans ses bras le second enfant.
“Oui, ce sont des choses qui font pleurer, c’est vrai. Et Marie de Jacob, pauvre vieille affligée, n’est pas très capable de consoler…” confirme le Zélote.
554.3 – “Nous aussi, il ne semble pas que l’on y réussisse beaucoup. Le seul qui pouvait les consoler, c’était le Maître, et il ne l’a pas fait.”
“Il ne l’a pas fait? Et que devait-il faire de plus? Il a persuadé les larrons. Il a fait plusieurs milles avec les enfants dans les bras, il s’est occupé d’avertir leurs parents…”
“Toutes choses secondaires. Lui qui est Celui qui commande même à la mort pouvait, ou plutôt devait, descendre au bercail et ressusciter le berger. Il l’a bien fait pour Lazare qui n’était utile à personne! Ici, un père, et de plus un veuf, des enfants qui restent seuls… Cette résurrection s’imposait. Je ne te comprends pas, Maître…”
“Et nous, nous ne comprenons pas toi qui es si irrespectueux…”
“Paix, paix! Judas ne comprend pas. Il n’est pas le seul à ne pas comprendre les raisons de Dieu, et les conséquences du péché. Toi aussi, Simon de Jonas, tu ne comprends pas pourquoi les innocents doivent souffrir. Ne jugez donc pas Judas de Simon qui ne comprend pas pourquoi l’homme n’est pas ressuscité. Si Judas réfléchissait, lui qui me reproche toujours d’aller seul et au loin, il comprendrait que je ne pouvais aller si loin… En effet le bercail était dans la plaine de Jéricho, mais au-delà de la ville, vers le gué. Qu’auriez-vous dit si j’avais été au loin au moins pendant trois jours?”
“Tu pouvais commander par ton esprit au mort de ressusciter.”
“Es-tu plus exigeant que les pharisiens et les scribes qui ont voulu la preuve d’un mort déjà décomposé pour pouvoir dire que je ressuscite réellement les morts?”