“Un enfant échappe à ceux qui peuvent surveiller” répond Jésus.
“Tu crois que… Tu soupçonnes que… Tu te sens en danger, Seigneur?”
“J’en suis certain, mon ami.”
“Comment? Même maintenant? Mais tu ne pouvais pas donner une preuve plus grande!…”
“La haine croît sous l’aiguillon de la réalité.”
“Oh! c’est à cause de moi, alors! Je t’ai nui!… Ma peine est sans pareille!” dit Lazare, vraiment affligé.
“Ce n’est pas à cause de toi. Ne t’afflige pas sans motif. Tu as été le moyen, mais la cause a été la nécessité, tu comprends, la nécessité de donner au monde la preuve de ma nature divine. Si ce n’avait pas été toi, cela aurait été un autre, car je devais prouver au monde que, en Dieu que je suis, je peux tout ce que je veux. Et ramener à la vie quelqu’un qui est mort depuis plusieurs jours et déjà décomposé, ce ne peut être l’œuvre que de Dieu.”
“Ah! Tu veux me consoler. Mais pour moi, ma joie, toute ma joie, est dissipée… Je souffre, Seigneur.”
Jésus fait un geste comme pour dire:
“Qu’y faire!” et ils se taisent ensuite tous les deux.
Ils marchent vivement. La distance est courte entre Béthanie et Bethphagé et ils ont vite fait d’arriver.
550.10 – Joseph fait les cent pas sur la route à l’entrée du village. Il a le dos tourné quand Jésus et Lazare débouchent d’un sentier caché par une haie. Lazare l’appelle.
“Oh! Paix à vous! Viens, Maître. Je t’ai attendu ici pour te voir tout de suite, mais allons dans l’oliveraie. Je ne veux pas qu’ils nous voient…”
Il les conduit derrière les maisons, dans un bosquet d’oliviers qui, avec leurs frondaisons touffues et ébouriffées qui cachent les pentes, sont un refuge commode pour parler sans être remarqués.
“Maître, je t’ai envoyé l’enfant, qui est éveillé et obéissant et qui m’aime beaucoup, parce que je devais te parler et que je ne devais pas être vu. J’ai suivi le Cédron pour venir ici… Maître, tu dois t’en aller tout de suite d’ici. Le Sanhédrin a décrété ton arrestation et demain, dans les synagogues, on lira le décret. Quiconque sait où tu te trouves, a le devoir de l’indiquer. Je n’ai pas besoin de te dire, Lazare, que ta maison sera la première perquisitionnée.
Je suis sorti à sexte du Temple et je me suis hâté; car pendant qu’ils parlaient, j’avais déjà fait mon plan. Je suis allé à la maison, j’ai pris l’enfant. Je suis sorti à cheval par la Porte d’Hérode comme pour quitter la ville, puis j’ai traversé le Cédron et je l’ai suivi. J’ai laissé l’âne au Gethsémani, j’ai envoyé en vitesse l’enfant qui déjà connaissait la route pour être venu avec moi à Béthanie. Va-t’en tout de suite, Maître, en lieu sûr. Sais-tu où aller? As-tu où aller?”
“Mais ne suffit-il pas qu’il s’éloigne d’ici? De la Judée, tout au plus?”
“Cela ne suffit pas, Lazare. Ils sont furieux. Il faut qu’il aille où eux ne vont pas…”
“Mais ils vont partout, eux! Tu ne voudrais pas que le Maître quitte la Palestine!…” dit Lazare agité.
“Mais que dois-je te dire?! Le Sanhédrin le veut…”
“C’est à cause de moi, n’est-ce pas? Dis-le!”
“Hum! Oui! À cause de toi… plutôt parce que tous se convertissent à Lui, et eux… ne veulent pas de cela.”
“Mais c’est un crime! C’est un sacrilège… C’est…”
Jésus, pâle, mais calme, lève la main pour imposer le silence et il dit: “Tais-toi, Lazare. Chacun fait son travail. Tout est écrit. Je te remercie, Joseph, et je te certifie que je m’en vais. Va, va, Joseph. Qu’ils ne remarquent pas ton absence… Que Dieu te bénisse. Par Lazare je te ferai savoir où je suis. Va! Je te bénis toi, Nicodème et tous ceux qui ont le cœur droit.” Il l’embrasse et ils se séparent. Jésus revient avec Lazare, par l’oliveraie, à Béthanie, alors que Joseph va vers la ville.
550.11 – “Que vas-tu faire, Maître?” demande Lazare angoissé.
“Je ne sais pas. Ces jours-ci les femmes disciples arrivent avec ma Mère. J’aurais voulu les attendre…”
“À cause de cela… moi, je les accueillerais en ton nom, et je pourrais te les conduire. Mais, Toi, en attendant où vas-tu? Dans la maison de Salomon je ne crois pas… ni chez des disciples connus. Demain!.., Tu dois partir tout de suite!”
“J’aurais un endroit, mais je voudrais attendre ma Mère. Son angoisse commencerait trop tôt si elle ne me trouvait pas…”
“Où iras-tu, Maître?”
“À Éphraïm.”
“En Samarie?”
“En Samarie. Les samaritains sont moins samaritains que beaucoup d’autres et ils m’aiment. Éphraïm est à la frontière…”
“Oh! C’est pour être contre les juifs qu’ils te feront honneur et qu’ils te défendront! Mais… attends! Ta Mère ne peut venir que par la route de la Samarie ou par celle du Jourdain. J’irai avec des serviteurs par l’une, et Maximin avec d’autres serviteurs par l’autre, et l’un ou l’autre la trouvera. Nous ne reviendrons qu’avec elles. Tu sais que personne de la maison de Lazare ne peut trahir. Tu vas aller pendant ce temps à Éphraïm, tout de suite. Ah! il était dit que je ne pourrais jouir de Toi! Mais je viendrai par les monts d’Adomin. Je suis sain maintenant. Je puis faire ce que je veux. Et même, oui! Je ferai croire que par la route de la Samarie je vais à Ptolémaïs afin de prendre le bateau pour Antioche. Tout le monde sait que j’y ai des terres… Mes sœurs resteront à Béthanie… Toi… Oui. Maintenant je vais faire préparer deux chars et vous irez à Jéricho avec eux. Puis à l’aube de demain, vous reprendrez le chemin à pied. Oh! Maître! Mon Maître! Sauve-toi! Sauve-toi!” Après l’excitation du premier moment, Lazare tombe dans la tristesse et il pleure. Jésus soupire, mais ne dit rien. Que devrait-il dire?…
550.12 – Les voilà à la maison de Simon. Ils se séparent. Jésus entre dans la maison. Les apôtres, déjà étonnés que le Maître soit parti sans rien dire, se serrent autour de Jésus qui leur dit: “Prenez les vêtements. Faites les sacs. Nous devons partir tout de suite d’ici. Faites vite. Et rejoignez-moi chez Lazare.”
“Même les vêtements mouillés? Ne pouvons-nous pas les reprendre à notre retour?” demande Thomas.
“Nous ne reviendrons pas. Prenez tout.”
Les apôtres s’en vont en se parlant par leurs regards. Jésus va prendre ses affaires dans la maison de Lazare et salue les sœurs consternées…
Les chars sont vite prêts, des chars lourds, couverts, tirés par des chevaux robustes. Jésus prend congé de Lazare, de Maximin, des serviteurs qui sont accourus.
Ils montent sur les chars qui attendent à une sortie postérieure. Les conducteurs fouettent les animaux et le voyage commence par la même route par laquelle Jésus est venu pour ressusciter Lazare quelques jours avant.