551 – À l’occasion d’une halte chez Nikê, les apôtres apprennent la publication du décret contre Jésus par le Sanhédrin. Ils arrivent à la frontière de la Judée

2 janvier 1947

Vision du jeudi 2 janvier 1947

551.1 - Au commencement de l’aurore fraîche et limpide les champs qui entourent la maison de Nikê sont tout un verdoiement de grains nouveaux de quelques centimètres, d’une couleur délicate comme celle d’une très claire émeraude. Plus près de la maison le verger, encore dépouillé, paraît encore plus sombre et plus massif en face de la délicatesse des jeunes pousses et d’un ciel aérien d’une sérénité paradisiaque. La maison toute blanche sous le premier soleil est couronnée par le vol des colombes.

Nikê est déjà levée et elle pourvoit avec sollicitude à ce que les partants aient ce qui peut leur donner des forces pour la route. Elle commence par congédier les deux serviteurs de Lazare qu’elle a retenus pour la nuit. Bien restaurés, ils s’en vont en mettant leurs chevaux au trot. Puis elle rentre dans la cuisine où les servantes préparent le lait et les aliments sur de grands feux. D’un grand récipient elle verse de l’huile dans des carafes plus petites, et du vin dans des petites outres de peau. Elle presse une servante qui prépare des formes de pain minces comme des fouaces pour qu’elle les porte de suite au four déjà prêt. Sur de larges tables où sèchent des fromages, à la chaleur de la cuisine, elle choisit les formes les plus belles. Elle prend du miel et le fait couler dans de petits récipients bien fermés. Puis elle fait des paquets avec tous ces aliments et l’un d’eux contient un chevreau entier ou un agneau que la servante sort de la broche sur laquelle il rôtissait. Un autre contient des pommes, rouges comme du corail. Un autre d’olives toutes préparées, un autre encore de raisin sec. Puis un paquet d’orge mondé.

551.2 - Elle est en train de fermer ce dernier dans un petit sac quand Jésus entre dans la cuisine en saluant toutes celles qui s’y trouvent.

“Maître, paix à Toi. Déjà levé?”

“J’aurais dû l’être plus tôt. Mais mes disciples étaient si fatigués que je les ai laissés dormir un peu plus. Que fais-tu, Nikê?”

“Je prépare… Cela ne sera pas lourd, tu vois? Douze charges, et j’ai calculé les forces de ceux qui vont les porter.”

“Et Moi?”

“Oh! Maître! Tu as déjà ton fardeau…”

Et dans les yeux de Nikê brille une larme.

“Viens dehors, Nikê, nous allons parler en paix.”

Ils sortent et s’éloignent de la maison.

“Mon cœur pleure, Maître…”

“Je le sais, mais il faut être fort, fort en pensant qu’on ne m’a pas fait souffrir…”

“Oh! cela jamais! Mais j’avais cru pouvoir rester près de Toi et c’est pour cela que j’étais venue à Jérusalem. Autrement je serais restée ici, où j’ai ma campagne…”

“Lazare aussi et Marie et Marthe croyaient pouvoir rester avec Moi. Et tu vois!…”

“Je le vois, oui, je le vois. À Jérusalem je n’y vais plus maintenant que tu n’y es pas. Je serai plus près de Toi en restant ici et je pourrai t’aider.”

“Tu as déjà tant donné…”

“Ce n’est rien ce que j’ai donné. Je voudrais pouvoir porter ma maison où tu vas. Mais je viendrai, certainement je viendrai voir ce qui te manque. Maintenant c’est juste ce que tu m’as dit de faire. Je vais rester ici jusqu’à ce qu’ils soient persuadés que tu n’y es pas. Mais après…”

“La route est longue et pénible pour une femme et très peu sûre.”

“Oh! Je n’ai pas peur. Je suis trop vieille pour plaire comme femme et je ne porte pas de trésors pour être une proie. Les voleurs sont meilleurs que beaucoup qui se croient saints et qui sont des voleurs qui veulent te dérober la paix et la liberté…”

“Ne les hais pas, Nikê.”

“Cela est plus pénible pour moi que toute autre chose. Mais j’essaierai de ne pas haïr par amour pour Toi… J’ai pleuré toute la nuit, Seigneur!”