“Tu me demandes une souffrance semblable à un bûcher qui brûle et consume, Marie. Il brûle et se consume lentement… Penses-y.”

“Il y a si longtemps que j’y pense, mon Seigneur, mais je n’osais te le demander. Maintenant je sais combien tu m’aimes. Maintenant vraiment je sais à quel point tu m’aimes, et j’ose te le demander. Donne-moi cet amour infini, Seigneur.”

Jésus la regarde. Elle est devant Lui, encore amaigrie par les veilles et la souffrance, avec un vêtement modeste et une coiffure simple, comme une fillette sans malice, avec un visage pâle où s’allume le désir, les yeux suppliants et pourtant déjà étincelants d’amour, déjà plus séraphin que femme. C’est vraiment la contemplatrice qui demande le martyre de la contemplation absolue.

Jésus lui dit un seul mot après l’avoir bien regardée, comme pour mesurer sa volonté:

“Oui”

“Ah! mon Seigneur! Quelle grâce de mourir d’amour pour Toi!” elle tombe à genoux pour baiser les pieds de Jésus.

“Lève-toi, Marie, prends ces fleurs. Ce seront celles de tes noces spirituelles. Sois douce comme le fruit de l’amandier, pure comme sa fleur et lumineuse comme l’huile que l’on extrait de son fruit quand on l’allume, et parfumée comme cette huile quand saturée d’essences on la répand dans les banquets ou sur la tête des rois, parfumée par tes vertus. Alors vraiment tu répandras sur ton Seigneur le baume qui Lui sera infiniment agréable.”

Marie prend les fleurs mais ne se lève pas de terre et embaume à l’avance par son amour avec ses baisers et ses larmes répandues sur les pieds de son Maître.

550.8 – Lazare les rejoint:

“Maître, il y a un petit garçon qui te demande. Il était allé chez Simon pour te chercher et n’y a trouvé que Jean qui l’a conduit ici. Mais il ne veut pas parler à d’autres qu’à Toi.”

“C’est bien, amène-le-moi. Je vais aller sous la tonnelle des jasmins.”

Marie rentre dans la maison avec Lazare. Jésus va sous la tonnelle. Lazare revient en tenant par la main cet enfant que j’ai vu dans la maison de Joseph de Sephoris. Jésus le reconnaît tout de suite et le salue: “Toi, Martial? La paix soit avec toi. Pourquoi es-tu ici?”

“On m’envoie te dire une chose…” et il regarde Lazare qui comprend et se dispose à s’éloigner.

“Reste, Lazare. C’est Lazare, mon ami. Tu peux parler devant lui, mon enfant, car je n’ai pas d’ami plus fidèle que lui.”

Le garçon se rassure. Il dit:

“C’est Joseph l’Ancien qui m’envoie, car maintenant je suis avec lui, pour te dire d’aller tout de suite, tout de suite à Bethphagé, chez Cléonte. Il doit te parler tout de suite, mais vraiment tout de suite. Et il a dit que tu viennes seul, car il doit te parler en grand secret.”

“Maître! Qu’arrive-t-il?” demande Lazare impressionné.

“Je ne sais pas, Lazare. Il n’y a qu’à y aller. Viens avec Moi.”

“Tout de suite, Seigneur. Nous pouvons aller avec l’enfant.”

“Non, Seigneur. Je m’en vais seul. Joseph me l’a recommandé. Il a dit: “Si tu sais te débrouiller seul, je t’aimerai comme un père”, et moi je veux que Joseph m’aime comme un fils. Je m’en vais de suite en courant. Toi, viens après. Salut, Seigneur. Salut, homme.”

“La paix à toi, Martial.”

Le petit s’envole comme une hirondelle.

“Allons, Lazare. Apporte-moi mon manteau. Moi, je vais en avant car, comme tu le vois, l’enfant n’arrive pas à ouvrir la grille et certainement il ne veut appeler personne.”

Jésus va vivement à la grille, Lazare vivement à la maison. Le premier ouvre les fermetures de fer à l’enfant qui s’en va en vitesse. Le second apporte le manteau à Jésus et à côté de Jésus il marche sur la route vers Bethphagé.

550.9 – “Que peut bien vouloir Joseph, pour envoyer si secrètement un enfant?”