“Tu es triste, Seigneur? Tu n’es pas heureux que Lazare…” Il lui vient un soupçon: “Oh! Tu es réservé avec moi. J’ai péché. C’est vrai.”
“Nous avons péché, ma sœur” dit Marie.
“Non, pas toi… Oh! Maître. Marie n’a pas péché. Marie a su obéir, moi seule ai désobéi. Je t’ai envoyé appeler, parce que… parce que je ne pouvais plus les entendre insinuer que tu n’étais pas le Messie, le Seigneur… et je pouvais plus le voir souffrir… Lazare te désirait tant. Il t’appelait tant… Pardonne-moi, Jésus.”
“Et toi, tu ne parles pas, Marie?” demande Jésus.
“Maître… moi… Je n’ai souffert alors que comme femme. Je souffrais parce que… Marthe, jure, jure ici, devant le Maître que jamais, jamais tu ne parleras à Lazare de son délire… Mon Maître… je t’ai connu tout à fait, ô Divine Miséricorde, dans les dernières heures de Lazare. Oh! mon Dieu! Mais comme tu m’as aimée, Toi, Toi qui m’as pardonnée, Toi, Dieu, Toi, Pur, Toi… si mon frère, qui pourtant m’aime, mais qui est homme, seulement homme, au fond de son cœur ne m’a pas tout pardonné?! Non, je m’exprime mal. Il n’a pas oublié mon passé et quand la faiblesse de la mort a émoussé en lui sa bonté que je croyais oublieuse du passé, il a crié sa douleur, son indignation pour moi… Oh!…”
Marie pleure…
“Ne pleure pas, Marie. Dieu t’a pardonnée et a oublié. L’âme de Lazare aussi a pardonné et a oublié, a voulu oublier. L’homme n’a pas pu tout oublier, et quand la chair a dominé par son dernier spasme la volonté affaiblie, l’homme a parlé.”
“Je n’en éprouve pas d’indignation, Seigneur. Cela m’a servi à t’aimer davantage et à aimer encore plus Lazare. Dès lors moi aussi je t’ai désiré, car j’étais trop angoissée de penser que Lazare était mort sans paix à cause de moi… et ensuite, ensuite, quand je t’ai vu méprisé par les juifs… quand j’ai vu que tu ne venais pas même après la mort, pas même après que je t’avais obéi en espérant au-delà de ce qui est croyable, en espérant jusqu’à ce que le tombeau s’ouvre, alors mon esprit aussi a souffert. Seigneur, si j’avais à expier, et certainement je l’avais, j’ai expié, Seigneur…”
“Pauvre Marie! Je connais ton cœur. Tu as mérité le miracle et que cela t’affermisse dans ton espérance et ta foi.”
“Mon Maître, j’espérerai et je croirai toujours désormais. Je ne douterai plus, jamais plus, Seigneur. Je vivrai de foi. Tu m’as donné la capacité de croire ce qui est incroyable.”
“Et toi, Marthe, as-tu appris? Non, pas encore. Tu es ma Marthe mais tu n’es pas encore ma parfaite adoratrice. Pourquoi agis-tu au lieu de contempler? C’est plus saint. Tu vois? Ta force, parce qu’elle était trop tournée vers les choses terrestres, a cédé à la constatation de faits terrestres qui semblent parfois sans remède. En vérité les choses humaines n’ont pas de remède, si Dieu n’intervient pas. La créature, à cause de cela, a besoin de savoir croire et contempler, d’aimer jusqu’au bout des forces de l’homme tout entier, avec sa pensée, son âme, sa chair, son sang, avec toutes les forces de l’homme, je le répète. Je te veux forte, Marthe. Je te veux parfaite. Tu n’as pas su obéir parce que tu n’as pas su croire et espérer complètement, et tu n’as pas su croire et espérer parce que tu n’as pas su aimer totalement. Mais Moi, je t’en absous. Je te pardonne, Marthe. J’ai ressuscité Lazare aujourd’hui. Maintenant je te donne un cœur plus fort. A lui j’ai rendu la vie. À toi, j’infuse la force d’aimer, croire et espérer parfaitement. Maintenant soyez heureuses et en paix. Pardonnez à ceux qui vous ont offensé ces jours-ci…”
“Seigneur, en cela j’ai péché. Il y a un instant j’ai dit au vieux Chanania qui t’avait méprisé les autres jours: “Qui a triomphé? Toi ou Dieu? Ton mépris ou ma foi? Le Christ est le Vivant et il est la Vérité. Moi, je savais que sa gloire aurait resplendi plus grande, et toi, vieillard, refais ton âme si tu ne veux pas connaître la mort”.
“Tu as bien parlé. Mais ne discute pas avec les méchants, Marie. Et pardonne. Pardonne si tu veux m’imiter…
548.19 - “Voici Lazare. J’entends sa voix.”
En effet Lazare rentre, vêtu à neuf et bien rasé, bien peigné et la chevelure parfumée. Avec lui se trouvent Maximin et le Zélote.
“Maître!”
Lazare s’agenouille encore pour l’adorer.
Jésus lui met la main sur la tête et sourit en disant: “L’épreuve est surmontée, mon ami. Pour toi et pour tes sœurs. Maintenant soyez heureux et forts pour servir le Seigneur. Que te rappelles-tu, ami, du passé? Je veux parler de tes derniers moments?”
“Un grand désir de te voir et une grande paix au milieu de l’amour des sœurs.”
“Et qu’est-ce qui t’affligeait le plus de quitter en mourant?”
“Toi, Seigneur, et mes sœurs. Toi parce que je ne pouvais plus te servir, elles parce qu’elles m’ont donné toute joie…”
“Oh! moi, frère!” soupire Marie.
“Toi, plus que Marthe. Tu m’as donné Jésus et la mesure de ce qu’est Jésus. Et Jésus t’a donnée à moi. Tu es le don de Dieu, Marie.”
“Tu le disais aussi en mourant…” dit Marie et elle étudie le visage de son frère.
“Parce que c’est ma constante pensée.”