Joseph, Nicodème, les amis les plus sûrs, se mettent à côté d’elles, sobres en paroles, mais manifestant une amitié plus réconfortante que de longs discours.

546.8 – Elchias revient avec les plus intransigeants avec lesquels il a parlé longuement et il demande:

“Ne pourrions-nous pas voir le mort?”

Marthe, avec tristesse, se passe la main sur le front et demande:

“Depuis quand donc cela se fait-il en Israël? Il est déjà préparé…”

Et des larmes descendent lentement de ses yeux.

“Ce n’est pas l’usage, c’est vrai, mais nous le désirerions. Les amis les plus fidèles ont bien le droit de voir une dernière fois l’ami.”

“Même nous, ses sœurs, nous aurions eu ce droit. Mais il a été nécessaire de l’embaumer tout de suite… Et quand nous sommes revenues dans la chambre de Lazare nous n’avons plus vu que sa forme enveloppée par les bandelettes…”

“Vous deviez donner des ordres clairs. Ne pouviez-vous pas, ne pourriez-vous pas enlever le suaire de son visage?”

“Oh! il est déjà décomposé… Et l’heure des funérailles est arrivée.”

Joseph intervient:

“Elchias, il me semble que nous… par excès d’amour, nous leur faisons de la peine. Laissons les sœurs en paix…”

Siméon, fils de Gamaliel, s’avance, empêchant la réponse d’Elchias:

“Mon père viendra dès qu’il le pourra. Je le représente. Il appréciait Lazare, et moi de même.”

Marthe s’incline en répondant:

“Que l’honneur du rabbi pour notre frère soit récompensé par Dieu.”

Elchias, à cause du fils de Gamaliel, s’écarte sans insister davantage et il discute avec les autres qui lui font observer:

“Mais tu ne sens pas la puanteur? Tu veux douter? Du reste, nous verrons s’ils murent le tombeau. On ne vit pas sans air.”

Un autre groupe de pharisiens s’approche des sœurs. Ce sont presque tous ceux de Galilée. Marthe, après avoir reçu leurs hommages, ne peut s’empêcher de dire son étonnement de leur présence.

“Femme, le Sanhédrin siège en des délibérations d’une extrême importance et c’est pour cela que nous sommes dans la ville” explique Simon de Capharnaüm et il regarde Marie dont il se rappelle certainement la conversion, mais il se borne à la regarder.

546.9 – Voici que s’avancent Yokhanan, Doras fils de Doras et Ismaël avec Chanania et Sadoq et d’autres que je ne connais pas. Ils parlent, bien avant de parler, par leurs visages de vipères. Mais ils attendent que Joseph s’éloigne avec Nicodème pour parler à trois juifs, pour pouvoir blesser. C’est le vieux Chanania qui de sa voix éraillée de vieillard croulant commence l’attaque:

“Qu’en dis-tu, Marie? Votre Maître est le seul absent des nombreux amis de ton frère. Singulière amitié! Tant d’amour tant que Lazare se portait bien! Et de l’indifférence quand c’était le moment de l’aimer! Tous ont des miracles de Lui, mais ici, il n’y a pas de miracle. Qu’en dis-tu, femme, de pareille chose? Il t’a trompée beaucoup, beaucoup, le beau Rabbi galiléen. Eh! Eh! Ne disais-tu pas qu’il t’avait dit d’espérer au-delà de ce que l’on peut espérer?

Tu n’as donc pas espéré, ou bien il ne sert à rien d’espérer en Lui? Tu espérais dans la Vie, as-tu dit. C’est vrai! Lui se dit “la Vie” Hé! Hé! Mais là-dedans se trouve ton frère mort, et là-bas est déjà ouverte la bouche du tombeau. Et pas de Rabbi! Hé! Hé!”

“Lui sait donner la mort, pas la vie” dit Doras avec un sourire.

Marthe incline son visage dans ses mains et pleure. C’est bien la réalité. Son espérance est bien déçue. Le Rabbi n’est pas là. Il n’est même pas venu les réconforter. Et pourtant il aurait pu être là maintenant. Marthe pleure, elle ne sait plus que pleurer.