546 – Le jour des funérailles de Lazare

23 décembre 1946

Le lundi 23 décembre 1946.

546.1 – La nouvelle de la mort de Lazare doit avoir produit l’effet d’un bâton que l’on remue à l’intérieur d’une ruche. Jérusalem toute entière en parle. Notables, marchands, menu peuple, pauvres, gens de la ville, des campagnes voisines, étrangers de passage mais pas tout à fait ignorants de l’endroit, étrangers qui s’y trouvent pour la première fois et qui demandent quel est celui dont la mort occasionne un tel remue-ménage, romains, légionnaires, employés du Temple, lévites et prêtres qui se rassemblent et se quittent continuellement en courant çà et là… Groupes de gens qui en des termes et expressions différents parlent du fait. Certains louent, d’autres pleurent, d’autres se sentent plus mendiants qu’à l’ordinaire maintenant que leur bienfaiteur est mort, quelqu’un gémit: “Je n’aurai plus, jamais plus un maître comme lui”, certains énumèrent ses mérites et d’autres mettent en lumière sa richesse et sa parenté, les fonctions et les charges de son père, la beauté et la richesse de sa mère et sa naissance “royale”. D’autres, malheureusement, rappellent aussi des souvenirs familiaux sur lesquels il serait beau de laisser tomber un voile surtout quand il s’agit d’un mort qui en a souffert…

546.2 – Les nouvelles les plus disparates sur la cause de la mort, sur l’emplacement du tombeau, sur l’absence du Christ de la maison de son grand ami et protecteur, justement en cette circonstance, font parler les petits groupes. Et il y a deux opinions qui prévalent: l’une c’est que cela est arrivé, ou plutôt a été provoqué par l’attitude hostile des juifs, sanhédristes, pharisiens, et gens de même acabit à l’égard du Maître; l’autre c’est que le Maître, se trouvant en face d’une vraie maladie mortelle, s’est dérobé parce que dans ce cas ses procédés frauduleux n’auraient pas réussi.

Même sans être astucieux il est facile de comprendre de quelle source vient cette dernière opinion. Elle heurte un grand nombre de gens qui répliquent: “Es-tu pharisien, toi aussi? Si oui, attention à toi, car avec nous on ne blasphème pas le Saint! Vipères maudites, engendrées par des hyènes mariées au Léviathan! Qui vous paie pour blasphémer le Messie?”

Prises de becs, insultes, quelques coups de poing aussi, et des invectives mordantes aux pharisiens couverts de riches manteaux et aux scribes qui passent avec des airs de dieux sans daigner regarder la plèbe qui vocifère pour et contre eux, pour et contre le Maître, résonnent dans les rues. Et des accusations! Combien!

Tel dit que Jésus est un faux Maître! C’est certainement un de ceux qui ont été achetés avec les deniers de ces serpents qui viennent de passer.

“Avec leurs deniers? Avec les nôtres, dois-tu dire! C’est pour cela qu’ils nous plument! Mais où est-il que je veux voir si c’est un de ceux qui hier sont venus me parler…”

“Il s’est enfui, mais vive Dieu! Ici il faut s’unir et agir. Ils sont trop impudents.”

Autre conversation:

“Je t’ai entendu et je te connais. Je dirai à qui de droit comment tu parles du Tribunal suprême!”

“J’appartiens au Christ et la bave de démon ne me nuit pas. Dis-le même à Hanne et Caïphe, si tu veux, et que cela serve à les rendre plus justes.”

Et plus loin:

“C’est moi, moi que tu traites de parjure et de blasphémateur parce que je suis le Dieu vivant? C’est toi le parjure et le blasphémateur qui l’offenses et le persécutes. Je te connais, sais-tu? Je t’ai vu et entendu. Espion! Vendu! Saisissez-vous de lui…” et en attendant, il se met à lui appliquer sur la figure de ces gifles qui font rougir le visage osseux et verdâtre d’un juif.

“Cornélius, Siméon Sans doute Simon Carmit, un ancien grand-prêtre. , regardez! Ils me bousculent” dit un autre plus loin en s’adressant à un groupe de sanhédristes.

“Supporte cela pour la foi et ne te souille pas les lèvres et les mains la veille d’un sabbat” répond un de ceux qui sont appelés, sans même se détourner pour regarder le malheureux sur lequel un groupe de gens du peuple exerce une justice sommaire…

Les femmes crient pour rappeler leurs maris, en les suppliant de ne pas se compromettre.

Les légionnaires de patrouille font dégager les rues à coups de hampes et menacent de faire des arrestations et de prendre des sanctions.

La mort de Lazare, le fait principal, donne l’occasion de passer à des faits secondaires qui défoulent la longue tension des cœurs…

Les sanhédristes, les anciens, les scribes, les sadducéens, les notables juifs, passent indifférents, sournois, comme si toute cette explosion de petites colères, de vengeances personnelles, de nervosité, ne s’enracinaient pas en eux. Plus les heures passent et plus les passions fermentent et plus les cœurs s’enflamment.

“Eux disent, écoutez un peu, que le Christ ne peut guérir les malades. Moi, j’étais lépreux et maintenant je suis en bonne santé. Les connaissez-vous? Je ne suis pas de Jérusalem, mais jamais je ne les ai vus parmi les disciples du Christ depuis deux ans.”

“Eux? Fais-moi voir celui du milieu! Ah! le scélérat! C’est lui qui à la dernière lune est venu m’offrir de l’argent au nom du Christ, en disant que Lui prend des hommes en solde pour s’emparer de la Palestine. Et maintenant il dit… mais pourquoi l’as-tu laissé échapper?”

“Vous avez compris, hein! Quels malandrins! Et pour un peu je me laissais prendre! Il avait raison mon beau-père!

546.3 – Voilà Joseph l’Ancien avec Jean et Josué. Allons leur demander s’il est vrai que le Maître veut rassembler des armées. Ils sont justes et sont au courant.” Ils courent en masse vers les trois sanhédristes et leur posent la question.