Marie aussi pleure. Elle aussi est en face de la réalité. Elle a cru, elle a espéré au-delà de ce qui est croyable… mais rien n’est arrivé et déjà les serviteurs enlèvent la pierre de l’entrée du tombeau car le soleil commence à descendre, et le soleil descend vite en hiver, et c’est vendredi, et tout doit être fait à temps de façon que les hôtes ne doivent pas transgresser les lois du sabbat qui va bientôt commencer. Elle a tant espéré, toujours, trop espéré. Elle a consumé ses puissances dans cette espérance. Et elle est déçue.

Chanania insiste:

“Tu ne me réponds pas? Es-tu convaincue à présent que Lui est un imposteur qui vous a exploitées et méprisées? Pauvres femmes!” et il hoche la tête parmi ses comparses qui l’imitent, en disant eux aussi: “Pauvres femmes!”

546.10 – Maximin s’approche:

“C’est l’heure. Donnez l’ordre. C’est à vous de le faire.”

Marthe s’écroule. On la secourt et on l’emporte à bras au milieu des cris des serviteurs qui comprennent que l’heure est venue de la descente dans le tombeau et qui entonnent les lamentations.

Marie se tord convulsivement les mains. Elle supplie:

“Encore un peu! Encore un peu! Envoyez des serviteurs sur la route vers Ensémès et la fontaine, sur toutes les routes. Des serviteurs à cheval. Qu’ils voient s’il vient…”

“Mais, tu espères encore, ô malheureuse? Mais que te faut-il pour te persuader qu’il vous a trahies et trompées? Il vous a haïes et méprisées…”

C’en est trop! Le visage baigné de larmes, torturée et pourtant fidèle, dans le demi-cercle de tous les hôtes rassemblés pour voir sortir la dépouille, Marie proclame:

“Si Jésus de Nazareth a ainsi agi, c’est bien, et c’est un grand amour que le sien pour nous tous de Béthanie. Tout pour la gloire de Dieu et la sienne! Il a dit que de cela il en viendra de la gloire pour le Seigneur parce que la puissance de son Verbe resplendira complètement. Exécute, Maximin. Le tombeau n’est pas un obstacle au pouvoir de Dieu…”

Elle s’écarte, soutenue par Noémie qui est accourue, et elle fait un signe… La dépouille, dans ses bandelettes, sort de la maison, traverse le jardin entre deux haies de gens, au milieu des cris de deuil. Marie voudrait la suivre, mais elle chancelle. Elle se joint quand déjà tous sont vers le tombeau. Elle arrive juste pour voir disparaître la longue forme immobile dans la nuit du tombeau où rougissent les torches que tiennent haut les serviteurs pour éclairer les marches pour ceux qui descendent avec le mort. En effet le tombeau de Lazare est plutôt enterré, peut-être pour utiliser des couches de roches souterraines.

Marie crie… Elle est déchirée… Elle crie… Et avec le nom de son frère il y a celui de Jésus. Ils semblent lui arracher le cœur. Mais elle ne dit que ces deux noms, et elle les répète jusqu’au moment où la lourde rumeur de la fermeture, remise à l’entrée de la tombe, lui dit que Lazare n’est plus sur la terre même avec son corps. Alors elle cède et perd complètement connaissance. Elle s’abat sur celle qui la soutient et soupire encore, pendant qu’elle s’abîme et s’anéantit dans son évanouissement: “Jésus! Jésus!” On l’éloigne.

546.11 – Maximin reste pour congédier les hôtes et les remercier au nom de toute la parenté. Il reste pour s’entendre dire par tous qu’ils reviendront chaque jour pour le deuil…

La foule s’écoule lentement. Les derniers à partir sont Joseph, Nicodème, Eléazar, Jean, Joachim, Josué. Au portail ils trouvent Sadoq avec Uriel qui rient méchamment en disant:

“Son défi! Et nous l’avons craint!”

“Oh! Il est bien mort. Comme il puait malgré les aromates! Il n’y a pas de doute, non! Il n’y avait pas besoin d’enlever le suaire. Je crois qu’il y avait déjà les vers.”

Ils sont heureux.

Joseph les regarde. Un regard si sévère qu’il leur coupe la parole et les rires. Tout le monde se hâte de repartir pour être dans la ville avant la fin du crépuscule.