“C’est vrai. Mais s’il avait voulu le garder vivant, il ne l’aurait pas laissé mourir. La raison que tu as donnée avant est juste. Ils ont déjà eu un miracle.”
“Oui. Mais Uziel s’est souvenu, et avec lui Sadoq, d’un défi exprimé il y a plusieurs lunes Le signe de Jonas dit à Cédès. Cf. EMV 342.6. Jésus prophétise plus tard que Sadoq en verra la première partie dans un mois (Cf. EMV 525.16). . Le Christ a dit qu’il prouvera qu’il sait recomposer un corps en décomposition. Et Lazare est tel. Et Sadoc le scribe dit encore que, près du Jourdain, le Rabbi lui a dit, de Lui-même, qu’à la nouvelle lune il verrait s’accomplir la moitié du défi. Celui-ci: d’un corps décomposé qui revit et sans plus de tares ni de maladie. Et ils ont gagné, eux. Si cela arrive, il est certain que c’est parce qu’il y a le Maître. Et aussi si cela arrive, il n’y a plus de doutes à son sujet.”
“Pourvu que ce ne soit pas un mal…” murmure Joseph.
“Un mal? Pourquoi? Les scribes et les pharisiens se persuaderont…”
“Oh! Jean! Mais es-tu donc un étranger pour pouvoir dire cela? Tu ne connais pas tes concitoyens? Quand donc la vérité les a-t-elle rendus saints? Cela ne te dit rien que l’on n’a pas apporté chez moi l’invitation à la réunion?”
“Ni chez moi non plus. Ils doutent de nous et nous laissent souvent en dehors, dit Nicodème. Et il demande: Gamaliel y était-il?”
“Il y avait son fils. Et il viendra pour remplacer son père qui est souffrant à Gamla (Gamala) de Judée.”
“Et que disait Siméon?”
“Rien, absolument rien. Il a écouté et s’en est allé. Il y a un moment, il est passé avec des disciples de son père, en allant à Béthanie.”
Ils sont presque à la porte qui ouvre sur le chemin de Béthanie et Jean s’écrie:
“Regarde! Elle est gardée. Pourquoi donc? Et ils arrêtent ceux qui sortent.”
“Il y a de l’agitation dans la ville…”
“Oh! Elle n’est pas pourtant des plus fortes…”
546.6 – Ils arrivent à la porte et sont arrêtés comme tous les autres.
“Pour quelle raison, soldat? Je suis connu de toute l’Antonia, et vous ne pouvez dire du mal de moi. Je vous respecte et je respecte vos lois” dit Joseph d’Arimathie.
“Ordre du Centurion. Le Chef va entrer dans la ville et nous voulons savoir qui sort par les portes et spécialement par celle-ci qui donne sur la route de Jéricho Il s'agit de la Porte Dorée. La route se sépare entre la direction de Jéricho et celle de Béthanie. Voir le plan schématique. . Nous te connaissons, mais nous connaissons vos sentiments pour nous. Toi et les tiens passez, et si vous avez de l’influence sur le peuple, dites-leur qu’il est bien pour eux de rester tranquilles.
Ponce n’aime pas changer ses habitudes pour des sujets qui lui portent ombrage… et il pourrait être trop sévère. Un conseil loyal pour toi qui es loyal.”
Ils passent…
“Tu entends? Je prévois de lourdes journées… Il faudra le conseiller aux autres plutôt qu’au peuple…” dit Joseph.
546.7 – La route pour Béthanie est remplie de gens qui vont tous dans la même direction, à Béthanie. Tous se rendent aux funérailles. On voit des sanhédristes et des pharisiens mêlés à des sadducéens et des scribes, et ceux-ci à des paysans, des serviteurs, des intendants des différentes maisons et des domaines que Lazare possède dans la ville et dans les campagnes, et plus on approche de Béthanie, plus il y a de gens qui débouchent des sentiers et des chemins dans la route principale.
Voici Béthanie. Béthanie en deuil de son plus grand citoyen. Tous les habitants avec leurs meilleurs habits sont déjà en dehors des maisons qui sont fermées comme s’il n’y avait personne à l’intérieur. Mais ils ne sont pas encore dans la maison du mort. La curiosité les retient près de la grille, le long du chemin. Ils observent ceux qui passent parmi les invités et ils échangent les noms et les impressions.
“Voici Nathanaël ben Fabba. Oh! le vieux Mattathias, parent de Jacob Peut-être ce Jacob que l'on voit apparaître dans la délégation de scribes qui vient examiner le cas de Sabéa de Bethléchi. Ce Jacob reste à écouter Jésus en compagnie de Joël Alamot. (Cf. EMV 525.17). ! Le fils d’Hanne! Regarde-le avec Doras, Calba Scheboua (Callascebona) et Archélaüs. Oh! comment ont-ils fait pour venir ceux de Galilée? Ils y sont tous. Regarde: Éli, Yokhanan (Giocana), Ismaël, Urie, Joachim, Élie, Joseph… Le vieux Chanania avec Sadoq, Zacharie et Yokhanan (Giocana) sadducéens. Il y a aussi Siméon de Gamaliel, seul. Le rabbi n’est pas avec lui. Voilà Elchias avec Nahum, Félix, Hanna le scribe, Zacharie, Jonathas d’Uriel! Saül avec Éléazar, Tryphon et Joazar. Bons, ces derniers! Un autre des fils d’Hanne, le plus jeune. Il parle avec Simon Carmit. Philippe avec Jean l’Antipatride. Alexandre, Isaac et Jonas de Babaon. Sadoq. Jude, descendant des Assidéens, le dernier, je crois de cette classe. Voici les intendants des divers palais. Je ne vois pas les amis fidèles. Que de gens!”.
Vraiment! Que de gens. Tous importants, une partie avec un visage de circonstance, ou avec sur le visage les marques d’une vraie douleur.
Le portail tout grand ouvert engloutit tout le monde, et je vois passer tous ceux qu’à diverses reprises j’ai vus bienveillants ou hostiles autour du Maître. Tous, sauf Gamaliel et le sanhédriste Simon. Et j’en vois d’autres encore que je n’ai jamais vus ou que j’aurai vus sans savoir leurs noms dans les discussions autour de Jésus… Il passe des rabbins avec leurs disciples, et des scribes en groupes compacts. Il passe des juifs dont j’entends énumérer les richesses… Le jardin est plein de gens. Ils vont exprimer leurs condoléances aux sœurs — qui selon l’usage, sans doute, sont assises sous le portique et donc en dehors de la maison — et se répandent ensuite dans le jardin en un continuel bariolage de couleurs et en de continuelles inclinaisons.
Marthe et Marie sont bouleversées. Elles se tiennent par la main comme deux fillettes effrayées du vide qui s’est fait dans leur maison, du rien qui emplit leur journée maintenant qu’elles n’ont plus Lazare à soigner. Elles écoutent les paroles des visiteurs, pleurent avec les vrais amis, leurs employés fidèles, s’inclinent devant les sanhédristes à l’air glacial, imposants, rigides, venus plutôt pour se faire voir que pour honorer le défunt. Elles répondent, lasses de répéter les mêmes choses des centaines de fois, à ceux qui les interrogent sur les derniers moments de Lazare.