“Je te souris, Simon de Jonas. Assieds-toi près de Moi. Les autres sont-ils revenus?”
“Non, pas même Thomas. Il aura trouvé à parler.”
“C’est bien.”
“Bien qu’il parle? Bien que les autres tardent? Lui ne parle que trop. Lui est toujours gai! Et les autres? Je suis toujours inquiet tant qu’ils ne sont pas de retour. J’ai toujours peur, moi.”
“Et de quoi, mon Simon? Il n’arrive rien de mal pour le moment, crois-le. Mets-toi en paix et imite Thomas qui est toujours gai. Toi, au contraire, tu es très triste depuis quelque temps.”
“Je défie quiconque t’aime de ne pas l’être! Je suis vieux désormais, et je réfléchis plus que les jeunes. Car eux aussi t’aiment, mais ils sont jeunes et réfléchissent moins… Mais s’il te plaît que je sois plus gai, je le serai, je m’efforcerai de l’être. Mais pour pouvoir l’être, donne-moi au moins une raison de l’être. Dis-moi la vérité, mon Seigneur, Je te le demande à genoux (et il glisse en fait à genoux). Que t’a dit le serviteur de Lazare? Qu’ils te cherchent? Qu’ils veulent te nuire? Que…”
Jésus met sa main sur la tête de Pierre:
“Mais non, Simon! Rien de cela. Il est venu me dire que l’état de Lazare s’est beaucoup aggravé, et on n’a parlé que de Lazare.”
“Vraiment, vraiment?”
“Vraiment, Simon. Et j’ai répondu qu’elles aient foi.”
“Mais à Béthanie y sont allés ceux du Sanhédrin, tu le sais?”
“Chose naturelle! La maison de Lazare est une grande maisonnée, et nos usages comportent que l’on donne ces honneurs à un homme puissant qui meurt. Ne t’agite pas, Simon.”
“Mais tu crois vraiment qu’ils n’ont pas profité de cette excuse pour…”
“Pour voir si j’étais là. Eh bien, ils ne m’ont pas trouvé. Allons, ne t’effraie pas ainsi, comme si déjà ils m’avaient pris. Reviens ici, pauvre Simon, qui ne veut absolument pas se persuader que rien ne peut m’arriver de mal jusqu’au moment décrété par Dieu, et que alors… rien ne pourra me défendre du Mal…”
Pierre s’accroche à son cou et Lui ferme la bouche en y posant un baiser et en disant:
Tais-toi! Tais-toi! Ne me dis pas ces choses! Je ne veux pas les entendre!”
Jésus réussit à se dégager assez pour pouvoir parler et il murmure:
“Tu ne veux pas les entendre et c’est une erreur! Mais je t’excuse…
545.7 – Écoute, Simon, Puisque tu étais seul ici, toi et Moi seuls nous devons savoir ce qui est arrivé. Tu m’as compris?”
“Oui, Maître, je ne parlerai avec aucun des compagnons.”
“Que de sacrifices, n’est-ce pas, Simon?”
“Sacrifices? Lesquels? Ici on est bien. Nous avons le nécessaire.”
“Sacrifices de ne pas questionner, de ne pas parler, de supporter Judas… d’être loin de ton lac… Mais Dieu te donnera une compensation pour tout.”
“Oh! si c’est de cela que tu veux parler!… Au lieu du lac, j’ai le fleuve et… je m’en contente. Pour Judas… j’ai Toi qui es une large compensation… Et pour les autres choses!… Bagatelles! Et elles me servent à devenir moins rustre et plus semblable à Toi. Comme je suis heureux d’être ici avec Toi! Dans tes bras! Le palais de César ne me paraîtrait pas plus beau que cette maison, si je pouvais rester toujours ainsi, dans tes bras.”
“Qu’en sais-tu du palais de César? L’as-tu vu peut-être?”
“Non, et je ne le verrai jamais. Mais je n’y tiens pas. Pourtant j’imagine qu’il est grand, beau, rempli de belles choses… et d’ordures, comme Rome toute entière, j’imagine. Je n’y resterais pas même si on me couvrait d’or!”
“Où? Au palais de César, ou à Rome?”
“Aux deux endroits. Anathème!”
“Mais c’est justement parce qu’ils sont tels qu’il faut les évangéliser.”
“Et que veux-tu faire à Rome?! Ce n’est qu’un lupanar! Rien à faire, là-bas, à moins que tu y viennes, Toi. Alors!…”
“J’y viendrai. Rome est la capitale du monde. Rome une fois conquise, c’est le monde qui est conquis.”
“Nous allons à Rome? Tu te proclames roi, là-bas! Miséricorde et puissance de Dieu! Cela c’est un miracle!”
Pierre s’est levé et il reste les bras tendus devant Jésus qui sourit et lui répond:
“J’y serai dans la personne de mes apôtres. Vous me la conquerrez et je serai avec vous. Mais à côté il y a quelqu’un. Allons, Pierre.”