545 – Le serviteur de Béthanie apporte à Jésus le message de Marthe. Jésus prédit à Simon-Pierre que Rome deviendra chrétienne
22 avril 1946
Le lundi 22 avril 1946.
545.1 – La nuit commence déjà à tomber. Le serviteur, remontant les bosquets du fleuve, éperonne son cheval qui fume de sueur pour lui faire franchir la dénivellation qui existe en ce point entre le fleuve et le chemin du village. Les flancs de la pauvre bête palpitent à cause de la course rapide et longue. La sueur moire sa robe noire, et l’écume du mors éclabousse son poitrail de taches blanches. Il halète en cambrant son cou et en secouant sa tête.
Le voilà sur le sentier. Il a vite fait de rejoindre la maison. Le serviteur saute à terre, attache le cheval à la haie, et appelle.
De derrière la maison se présente la tête de Pierre et, de sa voix un peu rauque, il demande:
“Qui appelle? Le Maître est fatigué. Cela fait des heures qu’il n’est pas tranquille. Il fait presque nuit. Revenez demain.”
“Je ne veux rien du Maître, moi. Je suis en bonne santé et je n’ai qu’un mot à dire.”
Pierre s’avance en disant:
“Et de la part de qui, si on peut le demander? Si je ne puis reconnaître à coup sur, je ne fais passer personne, et surtout quelqu’un qui pue Jérusalem comme toi.”
Il s’est avancé lentement, rendu plus soupçonneux par la beauté du cheval maure richement harnaché, que par l’homme. Mais quand ils sont en face l’un de l’autre, il fait un geste étonné:
“Toi? Mais n’es-tu pas un serviteur de Lazare, toi?”
Le serviteur ne sait que dire. Sa maîtresse lui a dit de ne parler qu’à Jésus, mais l’apôtre semble bien décidé à ne pas le faire passer. Le nom de Lazare, il le sait, est puissant auprès des apôtres. Il se décide à dire:
“Oui, je suis Jonas, serviteur de Lazare. Je dois parler au Maître.”
“Lazare est-il mal? Est-ce lui qui t’envoie?”
“Il est mal, oui. Mais ne me fais pas perdre de temps. Je dois retourner au plus tôt.” Et pour décider Pierre, il dit: “Il y a eu les sanhédristes à Béthanie…”
“Les sanhédristes!!! Passe! Passe!” et il ouvre le portail en disant: “Détache le cheval. Nous allons lui donner à boire et de l’herbe, si tu veux.”
“J’ai de l’avoine, mais un peu d’herbe ne lui fera pas de mal. De l’eau après; tout de suite, cela lui ferait du mal.”
545.2 – Ils entrent dans la pièce où se trouvent les couchettes et attachent la bête dans un coin pour la garder à l’abri de l’air; le serviteur la couvre avec la couverture qui était attachée à la selle, lui donne de l’avoine et de l’herbe que Pierre a prise je ne sais où. Puis ils reviennent dehors et Pierre conduit le serviteur dans la cuisine et lui donne une tasse de lait chaud qu’il prend dans un petit chaudron qui est près du feu allumé, au lieu de l’eau que le serviteur avait demandée. Pendant que le serviteur boit et se réchauffe auprès du feu, Pierre, qui s’abstient héroïquement de poser des questions, dit:
“Le lait vaut mieux que l’eau que tu voulais. Et puisque nous en avons! Tu as tout fait en une étape?”
“En une étape et je ferai ainsi au retour.”
“Tu vas être fatigué. Et le cheval va tenir le coup?”
“Je l’espère. Et puis, au retour, je ne galoperai pas comme à l’aller.”
“Mais il va faire nuit bientôt. La lune commence déjà à se lever… Comment vas-tu faire au fleuve?”
“J’espère y arriver avant qu’elle se couche, autrement je resterai dans le bois jusqu’à l’aube. Mais j’arriverai avant.”