Pierre ouvre la porte, fait entrer le serviteur, ferme et se retire, méritoirement, près du feu pour mortifier sa curiosité.
Jésus est assis sur le bord de sa couchette dans la petite pièce où il y a à peine de la place pour la couchette et la personne qui l’habite. Ce devait être auparavant un abri pour les vivres car il y a encore des crochets aux murs et des planches sur des chevilles. Jésus regarde en souriant le serviteur qui s’est agenouillé, et il le salue:
“La paix soit avec toi. Puis il ajoute: “Quelles nouvelles m’apportes-tu? Lève-toi et parle.”
“Mes maîtresses m’envoient te dire Seule Marthe l'a envoyé et contre l'avis de Marie Madeleine. Jean 11,3 mentionne que ce sont "les sœurs" qui envoyèrent le messager et, en effet, toutes les deux émettent le même reproche à Jésus ; Si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort, (Jean 11, 21 pour Marthe et 11,31 pour Marie). Mais si Marthe cède à l'angoisse, Marie reste fidèle à la consigne d'appeler Jésus, après la mort de Lazare. Le serviteur, sachant sans doute les débats entre les deux sœurs, ne veut pas dénoncer Marthe seulement. d’y aller tout de suite, car Lazare est très malade et le médecin dit qu’il va mourir. Marthe et Marie t’en supplient et elles m’ont envoyé te dire: “Viens, car Toi seul peux le guérir.”
“Dis-leur de rester tranquilles, ce n’est pas une maladie mortelle, mais c’est la gloire de Dieu pour que sa puissance soit glorifiée en son Fils.”
“Mais il est très grave, Maître! Sa chair est gangrenée, et il ne se nourrit plus. J’ai éreinté le cheval pour arriver plus tôt…”
“Peu importe. C’est comme je dis.”
“Mais viendras-tu?”
“Je viendrai. Dis-leur que je viendrai et qu’elles aient foi. Qu’elles aient foi. Une foi absolue. Tu as compris? Va. Paix à toi et à celles qui t’envoient. Je te répète: “Qu’elles aient foi absolue. Va.”
Le serviteur salue et se retire.
545.5 – Pierre court à sa rencontre:
“Tu as eu vite fait de le dire. Je pensais à un long discours…”
Il le regarde, le regarde… Le désir de savoir transpire par tous les pores de son visage, mais il se retient…
“Je pars. Veux-tu me donner de l’eau pour le cheval? Après, je partirai.”
“Viens. De l’eau!… Nous avons tout un fleuve pour t’en donner, en plus du puits pour nous”
Et Pierre, muni d’une lampe, le précède et donne l’eau demandée.
Ils font boire le cheval. Le serviteur soulève la couverture, examine les fers, la sous-ventrière, les rênes, les étriers. Il explique:
“Il a tant couru! Mais tout est en bon état. Adieu, Simon Pierre, et prie pour nous.”
Il conduit le cheval dehors, il sort sur la route en le tenant par la bride, met un pied dans l’étrier, va monter en selle. Pierre le retient en lui mettant une main sur le bras et en disant:
“La seule chose que je veux savoir: y a-t-il danger pour Lui à rester ici? Ont-ils fait cette menace? Voulaient-ils savoir des deux sœurs où nous étions? Dis-le, au nom de Dieu!”
“Non, Simon, non. On n’en a pas parlé. C’est pour Lazare qu’ils sont venus… Entre nous on soupçonne que c’était pour voir si le Maître était là et si Lazare était lépreux, car Marthe criait très fort qu’il n’est pas lépreux et elle pleurait… Adieu, Simon, paix à toi.”
“Et à toi et à tes maîtresses. Que Dieu t’accompagne dans ton retour à la maison…”
Il le regarde partir… disparaître bientôt au bout de la rue, car le serviteur préfère prendre la grande route éclairée par la lumière de la lune plutôt que le sentier obscur du bois le long du fleuve. Il reste pensif, puis il ferme la grille et revient à la maison.
545.6 – Il va trouver Jésus qui est toujours assis sur sa couchette, les mains appuyées sur le bord et pensif. Mais il se secoue en sentant près de Lui Pierre qui le regarde comme pour l’interroger. Il sourit.
“Tu souris, Maître?”