“Malheur! C’était un homme vertueux et intelligent. Il ne devait pas mourir!”

Il s’incline vers les deux sœurs, qu’il salue. “Dominae! Salve!” et il s’en va.

Les pleurs emplissent la pièce. Marie désormais n’a plus de force et elle se renverse sur le corps de son frère en criant ses remords, en demandant son pardon. Marthe pleure dans les bras de Noémie.

Puis Marie s’écrie:

“Tu n’as pas eu foi, ni obéissance. Je l’ai tué une première fois; toi, tu le tues maintenant; moi, par mon péché, toi, par ta désobéissance.”

Elle est comme folle. Marthe la soulève, l’embrasse, s’excuse. Maximin, Noémie, Marcelle essaient de les ramener toutes les deux à la raison et à la résignation. Ils y parviennent en rappelant Jésus… La douleur devient plus ordonnée et, pendant que la pièce se remplit de serviteurs en larmes et que pénètrent ceux qui sont chargés de l’ensevelissement, on conduit les deux sœurs autre part pour qu’elles pleurent leur douleur.

Maximin qui les conduit dit:

“Il a expiré à la fin du second temps de la nuit.”

Et Noémie:

“Il faudra l’ensevelir dans la journée de demain, avant le coucher du soleil, car le sabbat arrive. Vous avez dit que le Maître veut de grands honneurs…”

“Oui. Maximin, à toi de t’en occuper. Moi je suis sotte” dit Marthe.

“Je vais envoyer les serviteurs à ceux qui sont loin et à ceux qui sont proches, et donner des ordres” dit Maximin qui se retire.

Les deux sœurs pleurent embrassées. Elles ne se font plus de reproches mutuels. Elles pleurent. Elles essaient de se réconforter…

544.12 – Les heures passent. Le mort est préparé dans sa pièce. Une longue forme enveloppée dans des bandes sous le suaire.

“Pourquoi déjà recouvert ainsi?” s’écrie Marthe, qui en fait des reproches.

“Maîtresse… Son nez était une puanteur et quand on l’a remué, il a rejeté du sang corrompu” dit en s’excusant un vieux serviteur.

Les sœurs pleurent plus fort. Lazare est déjà plus loin sous ces bandes… Un autre pas dans l’éloignement de la mort. Elles le veillent en pleurant jusqu’à l’aube, jusqu’au retour du serviteur d’au-delà du Jourdain. Du serviteur qui reste abasourdi mais qui rapporte de la course qu’il a faite pour apporter la réponse que Jésus vient.

“Il a dit qu’il vient? Il n’a pas fait de reproches?” demande Marthe.

“Non, maîtresse. Il a dit: “Je viendrai. Dis-leur que je viendrai, et qu’elles aient foi”. Et auparavant il avait dit: “Dis-leur de rester tranquilles. Ce n’est pas une maladie mortelle, mais c’est la gloire de Dieu, pour que sa puissance soit glorifiée en son Fils”

“C’est vraiment ce qu’il a dit? En es-tu sûr?” demande Marie.

“Maîtresse, tout le long de la route, j’ai répété les paroles!”

“Va, va. Tu es fatigué. Tu as tout bien fait. Mais il est trop tard, désormais!…” soupire Marthe. Et dès qu’elle reste avec sa sœur, elle éclate bruyamment en sanglots.

“Marthe, pourquoi?…”

“Oh! en plus de la mort, c’est la désillusion! Marie! Marie! Tu ne réfléchis pas que cette fois le Maître s’est trompé? Regarde Lazare. Il est bien mort! Nous avons espéré au-delà de ce qui est croyable, et cela n’a pas servi. Quand je l’ai fait appeler, j’ai certainement mal fait, Lazare était déjà plus mort que vif. Et notre foi n’a pas eu de résultat et de récompense. Et le Maître nous fait dire que ce n’est pas une maladie mortelle! Le Maître, alors, n’est plus la Vérité? Il ne l’est plus… Oh! Tout! Tout! Tout est fini!”

Marie se tord les mains. Elle ne sait que dire. La réalité est la réalité… Mais elle ne parle pas. Elle ne dit pas un mot contre son Jésus. Elle pleure. Elle est vraiment à bout.

Marthe a une idée fixe dans le cœur: celui d’avoir trop tardé:

“C’est ta faute, reproche-t-elle. Il voulait éprouver ainsi notre foi. Obéir, oui. Mais désobéir aussi à cause de notre foi, et Lui montrer que nous croyons que Lui seul pouvait et devait faire le miracle. Mon pauvre frère! Et il l’a tant désiré! Au moins cela: le voir! Notre pauvre Lazare! Pauvre! Pauvre!”

Et les pleurs se changent en un cri lugubre auquel font écho de l’autre côté de la porte les cris des servantes et des serviteurs, selon les coutumes de l’orient…