“C’est moi la coupable. Marthe voulait le faire depuis deux jours déjà. Mais je n’ai pas voulu, car Lui nous avait dit de ne le prévenir qu’après ta mort. Pardonne-moi! Toute la douleur de la vie, je te l’ai donnée… Et pourtant je t’ai aimé et je t’aime, frère. Après le Maître, c’est toi que j’aime plus que tous, et Dieu voit que je ne mens pas. Dis-moi que tu m’absous du passé, donne-moi la paix…”.

“Domina! rappelle le médecin. Le malade n’a pas besoin d’émotions.”

“C’est vrai… Dis-moi que tu me pardonnes de t’avoir refusé Jésus…”

“Marie! C’est pour toi que Jésus est venu ici… et c’est pour toi qu’il y vient… car tu as su aimer plus que tous… Tu m’as aimé plus que tous… Une vie… de délices ne m’aurait pas… ne m’aurait pas donné la… joie dont tu m’as fait jouir… Je te bénis… Je te dis… que tu as bien fait… d’obéir à Jésus… Je ne savais pas… Je sais… Je dis… c’est bien…

544.10 – Aidez-moi à mourir!… Noémie… tu étais capable de… me faire dormir… autrefois… Marthe… bénie… ma paix… Maximin… avec Jésus. Aussi… pour moi… Ma part… aux pauvres… à Jésus… pour les pauvres… Et pardonnez… à tous… Ah! quels spasmes!… De l’air!… De la lumière!… Tout tremble… Vous avez comme une lumière autour de vous et elle m’éblouit quand… je vous regarde… Parlez… fort…”

Il a mis sa main gauche sur la tête de Marie, et il a abandonné la droite dans les mains de Marthe. Il halète…

On le soulève avec précaution pour ajouter des oreillers, et Nicomède lui fait prendre encore des gouttes de potion. Sa pauvre tête s’enfonce et retombe dans un abandon mortel. Toute sa vie est dans la respiration. Pourtant il ouvre les yeux et regarde Marie qui soutient sa tête, et il lui sourit en disant:

“Maman! Elle est revenue… Maman! Parle! Ta voix. Tu sais… le secret… de Dieu… Ai-je servi… le Seigneur?…”

Marie, d’une voix rendue blanche par la peine, murmure:

“Le Seigneur te dit: Viens avec Moi, serviteur bon et fidèle, car tu as écouté toutes mes paroles et aimé le Verbe que j’ai envoyé À rapprocher de Matthieu 25, 21 : Son maître lui déclara : "Très bien, serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle pour peu de choses, je t'en confierai beaucoup ; entre dans la joie de ton seigneur." ”.

“Je n’entends pas! Plus fort!”

Marie répète plus fort…

“C’est vraiment maman!…” dit Lazare satisfait et il abandonne sa tête sur l’épaule de sa sœur…

Il ne parle plus. Seulement des gémissements et des tremblements spasmodiques, seulement la sueur et le râle. Insensible désormais à la Terre, aux affections, il sombre dans le noir toujours plus absolu de la mort. Les paupières descendent sur les yeux devenus vitreux où brille une dernière larme.

“Nicomède! Il se laisse aller! Il se refroidit!…” dit Marie.

“Domina, la mort est un soulagement pour lui.”

“Garde-le en vie! Demain Jésus est certainement ici. Il sera parti tout de suite. Peut-être il a pris le cheval du serviteur ou une autre monture” dit Marthe. Et s’adressant à sa sœur: “Oh! si tu m’avais laissée l’appeler plus tôt!” Puis au médecin: “Fais-le vivre!” lui impose-t-elle convulsée.

Le médecin ouvre les bras. Il essaie des cordiaux, mais Lazare n’avale plus.

Le râle augmente… augmente… Il est déchirant…

“Oh! on ne peut plus l’entendre!” gémit Noémie.

“Oui. Il a une longue agonie…” dit le médecin.

Mais il n’a pas encore fini de le dire que, avec une convulsion de toute sa personne qui se cambre et puis s’abandonne, Lazare exhale le dernier soupir.

544.11 – Les sœurs crient… en voyant ce spasme, en voyant cet abandon. Marie appelle son frère, en le baisant. Marthe s’accroche au médecin qui se penche sur le mort et dit:

“Il a expiré. Désormais il est trop tard pour attendre le miracle. Il n’y a plus à attendre. Trop tard!… Je me retire, Dominae. Je n’ai plus de raison de rester. Ne tardez pas pour les funérailles car il est déjà décomposé.”

Il abaisse les paupières sur les yeux du mort et dit encore en le regardant: