“Il est indéniable qu’il a repris de la vigueur. Actuellement il va mieux que quand je l’ai vu, mais ne vous faites pas d’illusion. Ce n’est qu’une rémission. J’en suis tellement certain, comme je l’étais qu’il approche de sa fin que, comme vous le voyez, je suis revenu, après m’être dégagé de toute occupation, pour lui rendre la mort moins pénible pour autant qu’il m’est permis de le faire… ou pour voir le miracle si…
544.5 – “Vous vous en êtes occupées?”.
“Oui, oui, Nicomède” interrompt Marthe, et pour empêcher toute autre parole, elle dit: “Mais n’avais-tu pas dit que… d’ici trois jours… Moi…” Elle pleure.
“Je l’ai dit. Je suis un médecin. Je vis au milieu des agonies et des pleurs. Mais l’habitude de voir des douleurs ne m’a pas encore donné un cœur de pierre. Et aujourd’hui… je vous ai préparées… par un terme suffisamment long… et vague… Mais ma science me disait que la solution était plus rapide et mon cœur mentait pour vous tromper par pitié… Allons! Soyez courageuses… Sortez… On ne sait jamais jusqu’à quel point les mourants entendent…”
Il les pousse dehors, toutes en pleurs, en répétant:
“Soyez courageuses! Soyez courageuses!”.
Près du mourant il reste Maximin… Le médecin aussi s’est éloigné pour préparer des médicaments, susceptibles de rendre moins angoissée l’agonie, que dit-il: “Je prévois très douloureuse.”
“Fais-le vivre jusqu’à demain. Il va faire nuit. Tu vois, ô Nicomède. Qu’est-ce pour ta science de tenir une vie éveillée pour moins d’un jour? Fais-le vivre!”.
“Domina, je fais ce que je puis. Mais quand la mèche est à bout, il n’y a plus rien pour maintenir la flamme!” répond le médecin et il s’en va.
Les deux sœurs s’embrassent et elles pleurent désolées, et celle qui pleure le plus, maintenant, c’est Marie. L’autre a son espérance au cœur…
544.6 – La voix de Lazare arrive de la pièce. Forte, impérieuse. Elle les fait tressaillir, inattendue qu’elle est dans tant de langueur. Il les appelle:
“Marthe! Marie! Où êtes-vous? Je veux me lever, m’habiller! Dire au Maître que je suis guéri! Je dois aller trouver le Maître. Un char! Tout de suite. Et un cheval rapide. Certainement c’est Lui qui m’a guéri…”
Il parle rapidement, en marquant les mots, assis sur son lit, brûlé par la fièvre, cherchant à sauter du lit, empêché de le faire par Maximin qui dit aux femmes qui entrent en courant:
“Il délire!”
“Non! Laissez-le. Le miracle! Le miracle! Oh! Je suis heureuse de l’avoir suscité! Dès que Jésus a su. Dieu des pères, sois béni et loué pour ta puissance et ton Messie…”
Marthe, tombée à genoux, est ivre de joie.
Pendant ce temps Lazare continue, toujours plus pris par la fièvre.
Marthe ne comprend pas que c’est la cause de tout:
“Il est venu tant de fois me voir malade, il est juste que j’aille le trouver pour Lui dire: “Je suis guéri”. Je suis guéri! Je n’ai plus de douleurs! Je suis fort. Je veux me lever. Aller. Dieu a voulu éprouver ma résignation, on m’appellera le nouveau Job…”
Il prend un ton hiératique en faisant de grands gestes:
“Le Seigneur s’émut de la pénitence de Job Job 42, 9. … et Il lui rendit le double de ce qu’il avait eu Job 42,10. . Et le Seigneur bénit les dernières années de Job, plus encore que les premières Job 42,12. … et il vécut jusqu’à… Job 42,16. ’ Mais non, je ne suis pas Job! J’étais dans les flammes et il m’en a retiré Daniel 3,21. , j’étais dans le ventre du monstre et je suis revenu à la lumière Jonas 2,1. . Je suis donc Jonas, et les trois enfants de Daniel…”
544.7 – Le médecin survient, appelé par quelqu’un. Il l’observe:
“C’est le délire. Je m’y attendais. La corruption du sang brûle le cerveau.”
Il s’efforce de le recoucher et recommande de le tenir, puis il retourne dehors, à ses décoctions.
Lazare se fâche un peu qu’on le tienne et entre-temps se met à pleurer comme un enfant.