Marie prend sur le dessus du chiffonnier une petite amphore au col très fin en forme de bec d’oiseau, et avec précaution elle fait descendre une goutte de vin dans les lèvres entrouvertes.

“Va doucement, Marie. Qu’il n’étouffe pas!” conseille Noémie.

“Oh! il avale! Il le cherche! Regarde, Marthe! Regarde! Il tire la langue pour chercher…”

Tous se penchent pour regarder et Noémie l’appelle:

“Trésor! Regarde ta nourrice, âme sainte!” et elle s’avance pour le baiser.

“Regarde! Regarde, Noémie, il boit ta larme! Elle est tombée près des lèvres et il l’a sentie, il l’a cherchée et avalée.”

“Oh! ma joie! Si j’avais mon lait d’autrefois, je te le ferais passer goutte à goutte dans la bouche, mon agnelet, même si je devais m’épuiser le cœur et mourir ensuite!”

Je comprends que Noémie, nourrice de Marie (Madeleine), a été aussi la nourrice de Lazare.

544.3 – “Maîtresses, Nicomède est revenu” dit un serviteur en apparaissant sur le seuil.

“Qu’il vienne! Qu’il vienne! Il nous aidera à le ranimer.”

“Observez! Observez! Il ouvre les yeux, il remue les lèvres” dit Maximin.

“Il me serre les doigts avec ses doigts!” crie Marie et elle se penche pour dire:

“Lazare, m’entends-tu? Qui suis-je?”

Lazare ouvre réellement les yeux et il regarde: un regard vague, voilé, mais c’est toujours un regard. Il remue les lèvres non sans peine et il dit:

“Maman!”

“Je suis Marie. Marie! Ta sœur!”.

“Maman!”.

“Il ne te reconnaît pas et il appelle sa mère. Les mourants, c’est toujours ainsi” dit Noémie, le visage baigné de larmes.

“Mais il parle, après si longtemps, il parle. Et c’est déjà beaucoup… Ensuite, il ira mieux. Oh! mon Seigneur, récompense ta servante!” dit Marthe avec encore ce geste de fervente et confiante prière.

“Mais que t’est-il arrivé? Peut-être as-tu vu le Maître? T’est-il apparu? Dis-le-moi, Marthe! Tire-moi d’angoisse!” dit Marie.

544.4 – L’entrée de Nicomède empêche la réponse. Tous s’adressent à lui pour lui raconter comment, après son départ, l’état de Lazare s’était aggravé au point d’être mourant, et qu’on l’avait cru déjà mort, et puis comment, avec des soins, on l’avait fait revenir mais pour la respiration seulement. Et comment depuis peu, après qu’une de leurs femmes avait préparé du vin aromatisé, la chaleur lui était revenue et il avait avalé et cherché à boire et avait aussi ouvert les yeux et parlé…

Ils parlent tous ensemble avec leurs espoirs rallumés qui se heurte à la tranquillité quelque peu sceptique du médecin qui les laisse parler sans dire un mot.

Finalement ils ont terminé et le médecin dit:

“C’est bien. Laissez-moi voir.”

Il les écarte pour s’approcher du lit et en ordonnant d’apporter les lampes et de fermer la fenêtre, parce qu’il veut découvrir le malade. Il se penche sur lui, l’appelle, l’interroge, fait passer la lampe devant le visage de Lazare qui maintenant a les yeux ouverts et semble comme étonné de tout. Ensuite il le découvre, étudie sa respiration, les battements du cœur, la température et la rigidité des membres… Tous sont anxieux dans l’attente de ce qu’il va dire. Nicomède recouvre le malade, le regarde encore, réfléchit, puis il se retourne pour regarder ceux qui sont là et il dit: