“Oh! si vraiment tu veux faire entrer, moi, je m’en vais chez le vieillard. Moi, je ne veux rien voir” dit l’Iscariote.
Ce disant, il parcourt en quatre grands pas la distance qui le sépare de la porte du vieillard et disparaît dans sa pièce.
Jean, debout près de la porte, la main sur la clef, regarde Jésus avec effroi et murmure:
“Seigneur!…”
“Ouvre, et ne crains pas.”
“Mais oui. Enfin nous sommes treize hommes forts. Ils ne vont pas être une armée! Avec quatre poings et beaucoup de cris — Élise, tu vas crier s’il le faut — nous les mettrons en fuite. Nous ne sommes pas dans un désert!” dit Jacques de Zébédée.
Il quitte son vêtement et retrousse les manches de sa tunique ou de son sous-vêtement prêt à se défendre. Pierre l’imite.
532.4 – Jean, encore hésitant, ouvre la porte, regarde par l’ouverture et ne voit rien. Il crie:
“Qui est-ce qui dérange?”
Une voix de femme répond, faible, comme si elle était souffrante:
“Une femme. Je veux le Maître.”
“Ce n’est pas une heure pour venir dans les maisons, dit Pierre qui s’était placé derrière Jean. Si tu es malade, comment es-tu dehors à cette heure? Si tu es lépreuse, comment t’aventures-tu dans un village? Si tu es affligée, reviens demain. Va, va, retourne à tes affaires.”
“Oh! par pitié! Je suis seule sur la route. J’ai froid. J’ai faim. Et je suis malheureuse. Appelez-moi le Maître. Lui a pitié…”
Les apôtres regardent Jésus, interdits. Jésus est très sévère et se tait. Ils referment la porte.
“Que fait-on Maître? Nous lui donnons au moins un peu de pain? Il n’y a pas de place, il faudra aller dans les maisons avec une inconnue…” intervient Philippe.
“Attends. Moi je vais voir” dit Barthélemy, en saisissant une lampe pour y voir clair.
“Il n’est pas nécessaire que tu y ailles. La femme n’a ni faim, ni froid et elle sait très bien où aller. Elle n’a pas peur de la nuit. Mais c’est une malheureuse, bien qu’elle ne soit ni malade ni lépreuse. C’est une prostituée, et elle vient pour me tenter.
Je vous en dis tant pour que vous sachiez que je sais, pour que vous vous persuadiez que je sais. Et je vous dis encore qu’elle ne vient pas par un caprice personnel, mais elle vient parce qu’elle est payée pour venir.”
Jésus parle à haute voix, assez haut pour qu’on puisse l’entendre dans la pièce à côté où se trouve Judas.
“Et qui veux-tu qui ait fait cela? Dans quel but? dit Judas lui-même en réapparaissant dans la cuisine. Les pharisiens, certainement pas. Les scribes non plus, ni non plus les prêtres si c’est une prostituée. Et je ne crois pas que les hérodiens soient assez… rancuniers pour se donner certains ennuis pour… Et je ne sais pas non plus pourquoi.”
“Le pourquoi, je te le dis, Moi. Pour pouvoir arriver à dire que je suis un pécheur, quelqu’un qui a des relations avec les pécheresses publiques. Et tu sais autant que Moi qu’il en est ainsi. Et je te dis aussi que je ne maudis ni elle ni ceux qui l’ont envoyée. Je suis encore et toujours la Miséricorde et je vais la trouver. Si tu juges bon venir avec Moi, viens donc. Je vais la trouver car c’est vraiment une malheureuse. Elle dit qu’elle l’est croyant dire un mensonge, car elle est jeune, belle et bien payée, saine et contente de sa vie infâme, mais elle est malheureuse. C’est l’unique vérité qu’elle dit parmi tant de mensonges. Précède-moi et assiste à l’entretien.”
*Moi, non, je n’y assiste pas! Pourquoi devrais-je le faire?”
“Afin de témoigner à ceux qui t’interrogent.”
“Et qui veux-tu qui m’interroge? Parmi nous, il n’y a personne pour poser des questions, et les autres… Je ne vois personne, moi.”
“Obéis. Passe devant.”