“Enlève ta main, Frère. Je ne voudrais pas te blesser…” dit Jacques d’Alphée, mais Jésus continue de tenir le vase.

La troisième fois le ciseau fait saigner le pouce de Jésus.

“Voilà! Tu vois? Tu t’es fait mal! Fais-moi voir!”

“Ce n’est rien. Deux gouttes de sang…” répond Jésus en secouant son doigt pour que tombe le sang qui coule de la coupure. “Essuie plutôt le couvercle, il est resté taché” ajoute-t-il ensuite.

“Non, laissez-le! Il est précieux ainsi. Essuie ici ton doigt, Maître, ici à mon voile. Ton sang, sang béni” dit Élise et elle enveloppe la main dans le lin de son voile.

Le couvercle, cause de tant de malheurs, est vaincu. La rayure est achevée.

“Il voulait d’abord faire du mal” commente le Zélote.

“Oui! Et ensuite il s’est laissé faire, bois têtu!” dit Thomas.

“Par le fer, le feu et la douleur. Cela semble une des phrases chères aux romains” observe Simon le Zélote.

“À moi, je ne sais pourquoi, cela me rappelle les prophètes en certains points. Nous aussi, nous sommes du bois têtu… "Comme il les (Abraham, Isaac et Jacob) éprouva pour scruter leur coeur, de même ce n'est pas une vengeance que Dieu tire de nous, mais c'est plutôt un avertissement dont le Seigneur frappe ceux qui le touchent de près." (Judith 8,27) – "Jérusalem, tu vas avoir affaire à moi: je vais te purifier au feu, fondre tes scories comme avec de la soude, et supprimer tous tes déchets" (Isaïe 1,25) – "Tout ce qui t'advient, accepte-le et, dans les vicissitudes qui t'humilient, montre-toi patient. Car l'or est éprouvé dans le feu, et les élus dans la fournaise de l'humiliation. Dans la maladie et l'indigence, garde-lui ta confiance". (Siracide 2,4-5). et faudra-t-il le fer, le feu et la douleur pour nous rendre bons?” demande Barthélemy.

“En vérité, il les faudra. Et cela ne servira pas encore. Moi je travaille avec le feu et avec ma douleur, mais tous les cœurs ne savent pas imiter ce bois…

532.3 – Silence! Dehors, il y a quelqu’un… C’est un bruit de pas…”

Ils écoutent. On n’entend rien.

“Peut-être le vent, Maître. Il y a des feuilles sèches dans le jardin…”

“Non. C’étaient des pas…”

“Quelque animal nocturne. Moi, je n’entends rien.”

“Ni moi, ni moi…”

Jésus écoute. Il paraît écouter. Puis il lève son visage et fixe Judas de Kérioth qui lui aussi écoute, écoute de toutes ses oreilles, plus que les autres. Il le regarde si fixement que Judas demande:

“Pourquoi me regardes-tu ainsi, Maître?” Mais il n’y a pas de réponse car une main frappe à la porte.

Des quatorze visages que la lampe éclaire, seul celui de Jésus reste ce qu’il était. Les autres changent de couleur.

“Ouvrez! Ouvre, Judas de Kérioth!”

“Moi, non, je n’ouvre pas! Ce pourrait être des malfaiteurs venus exprès pendant la nuit. Qu’il n’arrive pas que je te nuise!”

“Ouvre, toi, Simon de Jonas.”

“Jamais de la vie! Je jette la table contre l’entrée, plutôt!” dit Pierre et il s’apprête à le faire.

“Ouvre, Jean, et ne crains pas.”