532 – Préparatifs pour la fête des Encénies. Une prostituée est envoyée auprès de Jésus pour le tenter. Il quitte Nobé

21 novembre 1946

Le jeudi 21 novembre 1946.

532.1 – Les peuples pris en masse, les hommes pris en particulier, sont toujours un peu enfants et un peu sauvages, ou du moins primitifs, très sensibles par conséquent à tout ce qui sent la nouveauté, l’extraordinaire et résonne comme une fête.

L’approche des solennités a toujours le pouvoir d’exalter les hommes comme si la festivité faisait disparaître ce qui les rend tristes et las. Dès l’approche d’une fête, un je ne sais quoi d’entrain, de légère exaltation, frappe tout le monde, comme si cette approche ressemblait au tam-tam des sauvages dans leurs fêtes idolâtres ou leurs entreprises belliqueuses.

Et les apôtres aussi, à l’approche des Encénies, sont dans cet état d’euphorie. Bavards, joyeux, ils se mettent à faire des projets, à rappeler les fêtes passées. Un peu de mélancolie marque les conversations, mais ensuite l’air de fête les reprend et les pousse à agir pour que tout soit beau pendant la festivité.

Les lampes dans la maison de Jean sont-elles peu nombreuses? Oh! la maison de Thomas à Rama en est pleine! Et Thomas part pour Rama pour prendre des lampes. L’huile n’est pas abondante? Oh! Élise a beaucoup d’huile à Bet-Çur (Bethsur), et elle l’offre. Et André et Jean vont à Bet-Çur pour prendre l’huile. Pour cuire les fouaces, il faut un feu doux de brindilles? Voici les deux Jacques qui s’en vont par les monts pour en ramasser. Il semble qu’il y ait peu de farine, d’orge et de miel pour les plats rituels? Et que fait-elle à Jérusalem Nikê, qui s’est presque offensée de ce que l’on ne lui demande jamais rien, si ce n’est pour donner de son miel blond, de la farine et de l’orge de son beau domaine? Et Pierre et Simon le Zélote s’en vont chez Nike alors que Jude d’Alphée aide Élise à embellir la maison, et c’est jusqu’au vieux Barthélemy qui partage la commune allégresse et avec Philippe donne une bonne couche de chaux à la cuisine enfumée pour la rendre plus gaie.

Judas Iscariote se réserve la partie décorative et ne cesse de revenir avec des branches de semper virens "Semper virens" (toujours verdoyants) désigne plusieurs arbres : le cyprès, le buis, le chèvrefeuille, … Il s'agit peut-être ici du Buxus sempervirens (Buis toujours vert) à l'odeur caractéristique. odorantes et garnies de baies et il les dispose avec grâce sur les étagères et autour du manteau du foyer.

Et la veille des Encénies, la maisonnette semble préparée pour accueillir une épouse, tant elle est changée avec sa brillante vaisselle de cuivre, ses lampes claires comme le soleil, ses rameaux joyeux sur les murs blanchis, alors que l’odeur du pain et des fouaces se répand dans l’air déjà parfumé par les rameaux coupés.

Jésus laisse faire. Il paraît si loin de tous, très pensif, triste même. Il répond à ceux qui l’interrogent, en demandant, par la question qu’ils posent, un compliment pour ce qu’ils ont fait. Ce sont ces questions qui me permettent de reconstituer les travaux faits par les disciples, avec leurs remarques: “N’ai-je pas eu une bonne idée, moi, d’aller à la maison prendre des lampes?”; ou: “Avons-nous bien fait Philippe et moi de tout blanchir? C’est clair et gai et cela semble plus grand”; ou encore: “Tu vois, Maître? Élise est contente. Il lui semble être dans sa maison du temps de ces fils. Aujourd’hui elle chantait en mettant son huile dans les lampes et en pétrissant son miel dans la farine et en le délayant dans le lait pour l’orge”; et encore: “Que Elchias dise ce qu’il veut, mais un peu de verdure, cela fait bien. Au fond!… Si le Créateur a fait les branchages, c’est pour que nous nous en servions, n’est-ce pas?”; tout cela me permet de reconstituer le travail fait par chacun. Mais si Jésus répond aussi à ces questions, qui supposent un désir de louange, sa pensée est absente. Et cela se voit.

532.2 – Le soir tombe. Après les derniers saluts des habitants qui, avant de s’enfermer dans leurs maisons, passent la tête dans la cuisine pour saluer le Maître, le silence s’établit dans Nobé. C’est l’heure du souper, et c’est déjà l’heure du repos pour les enfants et pour les vieillards, pour tous ceux que la maladie ou l’âge rend délicats.

Ce doit être l’usage de faire des cadeaux pour les Encénies. Je vois en effet qu’à peine le vieux Jean s’est retiré dans sa petite pièce près de la cuisine, Élise et les apôtres se mettent à finir l’une un vêtement, les autres des objets utiles taillés dans le bois, et un rideau en filet, avec des ficelles teintes en rouge, vert, jaune et indigo, travail spécial des pêcheurs.

Thomas, Matthieu, Barthélemy et le Zélote s’occupent à regarder.

“Voilà. J’ai fini” dit Élise en se levant et en secouant le vêtement pour le débarrasser des fils qui pouvaient y rester.

“Cela lui tiendra chaud, pauvre vieux! dit Pierre en palpant l’étoffe. Hé! nous, les hommes, sans les femmes, nous sommes vraiment malheureux. Je me demande, sans toi, à quoi nous serions réduits après des mois d’absence de la maison. Je suis capable de faire cela, mais s’il fallait accrocher une boucle!…”

“Tu as été rapide aussi. Tu ressembles à mon épouse” dit Barthélemy.

“Moi aussi, j’ai fini. Le bois était bon, facile à découper et en même temps résistant” dit Jude Thaddée en déposant sur la table sombre une boîte pouvant servir au sel ou aux épices.

“Mon travail, au contraire, est encore inachevé. Il y a une veine dure qui ne veut pas se laisser travailler. Peut-être je ne vais pas réussir le travail, je le regrette. C’était beau ces veines sombres sur le bois plus clair. Regarde, Jésus. Ne rappellent-elles pas des sommets de montagnes peints sur du bois?” dit Jacques d’Alphée.

Il montre une espèce de vase dont je ne sais pas à quel usage il peut être destiné, d’une forme vraiment belle, avec un couvercle à coupole et des veines gracieuses sur la panse et le couvercle. Mais c’est justement sur le couvercle, près du pommeau de prise, que le bois résiste avec opiniâtreté.

“Insiste, insiste, tu y arriveras. Chauffe le fer au rouge. Tu attaqueras la fibre et tu réussiras. Une fois enlevée la première couche…” répond Jésus qui a observé.

“Mais ne va-t-il pas s’abîmer avec le feu?” demande Matthieu.

“Non, s’il s’en sert habilement. Et du reste! Ou ce moyen ou tout jeter.”

Jacques chauffe le poinçon coupant puis approche la pointe rouge du point résistant. Odeur de bois brûlé…

“Assez! Maintenant travaille et tu vas réussir” dit Jésus.

Et il aide son cousin en tenant le couvercle serré comme dans un étau. Deux fois la lame glisse et effleure les doigts de Jésus.