Jésus penche sa haute personne sur sa minuscule dévote, et en posant une main sur ses cheveux, lui dit:
“La paix soit avec toi”
Puis il se relève et suit la fillette qui, avec un gazouillement joyeux, revient vers la femme qui s’est inclinée profondément, en se déplaçant de devant la porte pour laisser passer le Maître.
Jésus la salue d’un signe de tête, et entre dans la pièce pour aller s’asseoir sur le premier siège qu’il trouve, silencieux comme s’il attendait, Il est très roi. Assis sur son pauvre siège de bois sans dossier, il paraît assis sur un trône tant est austère sa dignité. Sans manteau, avec son seul vêtement de laine d’un bleu très foncé, sans ornements, un peu déteint sur les épaules où la pluie, le soleil, la poussière et la sueur ont attaqué la couleur, vêtement propre, mais pauvre, il paraît vêtu de pourpre tant est majestueux son comportement.
Très rigide, presque hiératique la pose de sa tête sur son cou, avec ses mains sur les genoux, les paumes ouvertes, les pieds nus sur le pavé nu de vieilles briques, avec comme fond le mur nu et à peine blanchi à la chaux avec, suspendu derrière sa tête non pas un drap ni un baldaquin mais un tamis pour la farine et une corde où sont suspendus des paquets d’ails et d’oignons, il est plus imposant que s’il avait sous ses pieds un pavage précieux, un mur d’or derrière Lui et un voile de pourpre orné de gemmes sur la tête.
Il attend. Sa majesté paralyse la femme en une stupeur de vénération. La fillette même se tait et reste immobile près de la femme, un peu effrayée peut-être. Mais Jésus sourit en disant:
“Je suis ici pour vous. Ne craignez pas.”
Et alors toute crainte tombe. La femme murmure quelque chose à la fillette et la fillette s’avance, suivie par la femme, et elle va contre les genoux de Jésus et elle dépose sur ses genoux toutes ses fleurs en disant:
“Les roses de Faustina à son Sauveur.”
Elle le dit lentement comme quelqu’un qui ne connaît pas une langue qui n’est pas la sienne. Pendant ce temps la femme s’est agenouillée derrière la fillette, en rejetant son voile en arrière. C’est Valéria, la mère de la petite, qui salue Jésus de son salut romain:
“Salut "Salve" dans le texte original comme dans la salutation latine "Salve Regina". Ave, que l'on retrouve dans l'Ave Maria est une contraction du mot Salve. Ces mots veulent dire bonjour (ou salut !) avec un souhait d'être en bonne santé (salvere). Autrement dit Ave pourrait être traduit par le familier "cà va ?" et Salve par la formule plus policée « comment allez-vous ? » , ô Maître.”
“Que Dieu vienne à toi, femme. Comment donc es-tu ici? Et seule ainsi?” dit Jésus tout en caressant la petite qui n’a plus peur, et qui non contente d’avoir mis les fleurs sur les genoux de Jésus, fouille avec ses menottes dans le bouquet parfumé et choisit celles qui, selon elle, sont les plus belles en disant:
“Prends! Prends! C’est pour Toi, sais-tu?”
Et elle lève tantôt une rose, tantôt une des larges ombrelles blanches à petites étoiles odorantes, près du visage de Jésus qui les prend et les remet sur le tas parfumé.
531.9 – Pendant ce temps, Valéria parle:
“J’étais à Tibériade car ma fille était un peu malade et notre médecin l’avait conseillé…”
Valéria fait une longue pause, change de couleur et puis dit à la hâte:
“et j’avais une si grande souffrance au cœur et je te désirais. Car pour ma souffrance, un seul médecin pouvait trouver la guérison: Toi, Maître qui en toutes choses as des paroles de justice… Je serais donc venue de toutes façons. Par l’égoïsme d’avoir ton réconfort, et aussi pour savoir ce que je dois faire pour… Oui, pour montrer ma reconnaissance envers Toi et ton Dieu qui m’avez accordé d’avoir mon enfant… Mais nous savons tant de choses, Maître.
Les rapports des plus petits faits de la Colonie sont journellement déposés sur la table de travail de Ponce Pilate. Il en prend connaissance, mais pour prendre des décisions à leur sujet il s’en rapporte beaucoup à Claudia… Beaucoup de rapports parlent de Toi et des hébreux qui entretiennent l’agitation dans le pays, en faisant de Toi en même temps une enseigne de réveil national et une cause de haine civile. Claudia voit juste quand elle dit à son mari que dans toute la Palestine, il n’y en a qu’un seul dont il ne doit pas craindre qu’il soit pour lui une cause de malheur: Toi. Et Pilate l’écoute jour après jour… Jusqu’à présent la plus forte c’est Claudia. Mais si demain une autre force dominait Pilate… J’ai donc su et senti que mon innocente t’aurait consolé…”
“Tu as eu un cœur plein de pitié et éclairé, femme. Que Dieu t’éclaire totalement et veille sur ton enfant, maintenant et toujours.”
“Merci, Seigneur. J’ai besoin de Dieu…”
Des larmes tombent des yeux de Valéria.
“Oui, tu en as besoin. En Dieu tu trouveras tout réconfort, et tu sauras trouver un guide pour être juste en jugeant, pardonnant, en aimant encore, et surtout pour éduquer cette petite, afin qu’elle ait la vie heureuse de ceux qui sont les enfants du vrai Dieu.
531.10 – Tu vois: le Dieu que tu ne connaissais pas, dont peut-être tu t’étais moquée, de Lui et de sa Loi, si différent de vos dieux et de vos lois et pratiques religieuses; que tu avais certainement offensé par une manière de vivre où la vertu n’était pas respectée en tant de choses, légères encore, si tu veux, mais qui conduisaient à blesser plus grièvement la vertu et à offenser la Divinité qui t’a créée, toi aussi; ce Dieu t’a tant aimée que par une douleur que tu ressentais avec ton humanité de mère, et de mère qui ne connaît pas la vie future et par conséquent le caractère temporaire de la séparation de la chair de sa chair, t’a tant aimée qu’il t’a amenée à Moi. Il t’a aimée au point de me conduire à Césarée quand tu agonisais pour ainsi dire sur la chair de ton enfant qui se refroidissait déjà dans l’agonie.
Il t’a tant aimée qu’il te l’a rendue Voir EMV 155.4/5. afin que tu aies toujours présentes à ton esprit la bonté et la puissance du Dieu vrai, et que tu possèdes un frein contre la licence païenne et un réconfort dans toutes tes douleurs de femme mariée. Il t’a tant aimée que, par une autre douleur, Il a renforcé en toi la volonté de venir à la Voie, à la Vérité, à la Vie, et de t’y fixer avec ton enfant, pour qu’elle au moins, dès sa prime enfance, possède ce qui est réconfort et paix, salut et lumière dans les tristes journées de la Terre, et les ait pour être préservée de tout ce qui te fait souffrir dans la meilleure partie de ton être, et dans la partie affective. La première, instinctivement bonne et incapable de supporter la sombre boue où elle est obligée de vivre. La seconde, désordonnée dans sa bonté.