“Certainement. Quand le Maître n’était pas avec nous et que nous devions le représenter et le faire aimer. Mais à présent il est là et c’est Lui qui fait le miracle. Lui seul en est digne. Le miracle, nous! Mais si nous avons besoin de recevoir celui de notre rénovation, parce que, de nous-mêmes, je m’en aperçois bien, nous ne ferons jamais rien de bien. Nous sommes des misérables, pécheurs et ignorants.”

“Parle pour toi, je t’en prie. Moi je ne me sens pas du tout misérable!” réplique Judas de Kérioth.

“Le Maître est las. Sa lassitude est plutôt morale que physique. S’il est vrai que nous l’aimons, évitons les disputes. C’est ce qui l’épuisé le plus” dit sévèrement le Zélote.

Jésus lève les yeux pour regarder l’apôtre âgé, toujours si sage, et il lui tend la main par dessus la table pour le caresser. Le Zélote prend dans ses mains brunes cette main blanche et il la baise.

“Tu as raison. Mais moi aussi, si je dis qu’il doit absolument se reposer. Il semble malade!…” insiste Pierre.

Tous sont d’accord, y compris le vieux Jean et Élise qui dit:

“Il y a si longtemps que je le dis. Pour cela, je voudrais…”

531.7 – Un coup à la porte.

André, qui en est le plus proche, va ouvrir et il sort en refermant la porte derrière lui.

Il rentre:

“Maître, il y a une femme. Elle insiste pour te voir. Elle a une fillette avec elle. Elle doit être de haute condition, malgré la simplicité de son vêtement. Elles ne sont pas malades, ni elle ni sa fille, dirais-je. Mais je ne sais pourquoi elle a un voile si épais. La fillette a des fleurs splendides dans les bras.”

“Renvoie-la. Nous étions en train de dire qu’il doit se reposer, et tu ne le laisses même pas finir de manger!” bougonne Pierre.

“Je le lui ai dit. Mais elle m’a répondu qu’elle ne fatiguera pas le Maître, et que Lui aura certainement de la joie de la voir.”

“Dis-lui qu’elle revienne demain à l’heure de tout le monde. Maintenant le Maître va se reposer.”

“André, accompagne-la dans la chambre du haut. J’arrive tout de suite” dit Jésus.

“Voilà! Je le savais! C’est ainsi qu’il se ménage! Exactement comme nous disions de le faire!” Pierre est fâché.

Jésus se lève et avant de sortir il passe derrière Pierre, lui met les mains sur les épaules, se penche un peu pour déposer un baiser sur ses cheveux en disant:

“Bon, Simon! Celui qui m’aime soulage ma lassitude plus que le repos sur un lit.”

“Sais-tu si c’est quelqu’une qui t’aime?”

“Oh! Simon! L’inquiétude te fait dire des paroles dont tu t’es déjà repenti car tu te rends compte qu’elles sont sottes!

Bon! Bon! Une femme qui vient avec une enfant innocente, qui m’amène son enfant innocente les bras chargés de fleurs, ne peut être que quelqu’une qui m’aime et qui voit mon besoin de trouver un peu d’amour et de pureté au milieu de tant de haine et de souillure.”

Et il s’en va ensuite en montant l’escalier de la terrasse, alors qu’André, une fois sa mission accomplie, rentre dans la cuisine.

531.8 – La femme est sur la porte de la pièce supérieure. Grande, élancée sous un lourd manteau gris, le visage voilé par une toile de soie ivoire qui descend de la capuche fermée autour de son visage. La fillette, une enfant encore car elle peut avoir au maximum trois ans, a un petit vêtement de laine blanche et une cape blanche aussi, avec la capuche. Mais la capuche a glissé en arrière de ses boucles d’une délicate couleur châtain clair, car la petite regarde la femme en levant son petit visage qui émerge des fleurs qu’elle serre étroitement dans ses bras. Des fleurs splendides qu’on ne peut trouver que dans ces pays pendant le froid décembre: des roses carnées mélangées avec de délicates fleurs blanches que je ne connais pas: je ne suis pas très forte en floriculture.

Jésus a à peine posé le pied sur la terrasse qu’il s’entend saluer par la petite voix de l’enfant qui court à sa rencontre, poussée par la femme, en disant:

“Ave, Domine Jesu!”