Et ses compagnons lui font écho.
Jésus dit sans regarder personne en face, il semble se parler à Lui-même:
“La Femme écrasera la tête du Serpent… Genèse 3,15. La Vierge concevra et enfantera un Fils qui sera appelé Emmanuel… Isaïe 7,14. Un germe sortira de la racine de Jessé, une fleur viendra de cette racine et sur Lui se reposera l’Esprit du Seigneur” Isaïe 11,1-2. . Cette Femme. Ma Mère. Scribe, pour l’honneur de ta science, rappelle-toi et comprends les paroles du Livre.”
Les scribes ne savent que répondre. Ces paroles, ils les ont dites mille fois et dites comme vraies. Peuvent-ils maintenant les nier? Ils se taisent.
525.9 - Quelqu’un ordonne d’allumer des feux, car le froid se fait sentir près de la rive où court le vent du soir. On obéit, et des feux de branches flambent en cercle autour du groupe qui se serre.
La lumière dansante du feu semble réveiller la femme qui s’était tue et qui restait les yeux fermés, comme recueillie en elle-même. Elle rouvre les yeux, se secoue. Elle regarde de nouveau Jésus et Crie de nouveau:
“Adonaï! Adonaï, Tu es grand! Chantons au Divin un cantique nouveau! Shalem! Shalem! Malchich!!… Traduction phonétique, donc avec l'accent régional probable, de "Shalom ! Shalom ! Melek !" comme indiqué juste dans la suite "Paix ! Paix ! Ô Roi". Paix! Paix! ô Roi à qui rien ne résiste!…”
La femme se tait tout à coup. Elle tourne les yeux, pour la première fois depuis qu’elle parle, sur ceux qui entourent Jésus, et elle fixe les scribes comme si elle les voyait pour la première fois, et sans motif apparent, des larmes se forment dans ses grands yeux, et son visage devient triste et sans éclat.
Elle parle à présent lentement, et d’une voix profonde comme quelqu’un qui parle de choses douloureuses:
“Non. Il y en a qui te résistent! Ô peuple, écoute! Depuis ma douleur, ô peuple de Betléchi, tu m’as entendue parler. Après des années de silence et de douleur, j’ai entendu et j’ai dit ce que j’entendais.
Maintenant je ne suis plus au milieu des verts bosquets de Betléchi, vierge veuve qui trouve dans le Seigneur son unique paix. Je n’ai pas autour de moi mes seuls concitoyens pour leur dire: “Craignons le Seigneur car l’heure est arrivée d’être prêts à son appel. Faisons beau le vêtement de notre cœur pour ne pas être indignes en sa présence. Ceignons-nous de force car l’heure du Christ est l’heure de l’épreuve. Purifions-nous comme des hosties pour l’autel pour pouvoir être accueillis par Celui qui l’envoie. Que celui qui est bon devienne meilleur. Que celui qui est orgueilleux devienne humble. Que celui qui souffre de la luxure se dépouille de sa chair pour pouvoir suivre l’Agneau. Que l’avare devienne généreux car Dieu nous comble dans son Messie, et que chacun pratique la justice afin de pouvoir appartenir au Peuple du Béni qui vient”. Maintenant je parle devant Lui, et devant ceux qui croient en Lui et aussi devant ceux qui ne croient pas et qui se moque du Saint et de ceux qui parlent et croient en son Nom, et en Lui. Mais je n’ai pas peur. Vous dites que je suis folle, vous dites qu’en moi parle un démon. Je sais que vous pourriez me faire lapider comme blasphématrice. Je sais que ce que je vous dirai vous paraîtra insulte et blasphème, et que vous me haïrez. Mais je n’ai pas peur. La dernière, peut-être, des voix qui parlent de Lui avant sa Manifestation, j’aurai peut-être le sort de plusieurs autres voix, et je n’ai pas peur. Trop long est l’exil dans le froid et la solitude de la Terre, pour qui pense au sein d’Abraham, et au Royaume de Dieu que le Christ nous ouvre, plus saint que le saint sein d’Abraham.
Sabéa de Carmel de la descendance d’Aaron ne craint pas la mort, mais elle craint le Seigneur. Et elle parle quand Il la fait parler pour ne pas désobéir à sa volonté, et elle dit la vérité, car elle parle de Dieu avec les paroles que Dieu lui donne. Je ne crains pas la mort, même si vous m’appelez démon et me lapidez comme blasphématrice, même si mon père et ma mère et mes frères meurent à cause de ce déshonneur, je ne tremblerai pas de peur et de peine. Je sais que le démon n’est pas en moi, car en moi se tait tout foyer mauvais et Betléchi toute entière le sait. Je sais que les pierres ne pourront arrêter mon chant plus longtemps que la durée d’une respiration, et qu’ensuite je pourrai chanter plus librement au-delà de la Terre.
Je sais que Dieu réconfortera la douleur de ceux de mon sang, et elle sera courte, alors qu’éternel sera ensuite leur joie de parents martyrs d’une martyre. Je ne crains pas votre mort, mais celle qui me viendrait de Dieu si je n’obéissais pas. Et je parle. Et je dis ce qui m’est transmis. Ô peuple, écoute, et écoutez, vous, scribes d’Israël.”
525.10 - Elle élève de nouveau sa voix affligée et elle dit:
“Une voix, une voix me vient d’en haut et elle crie dans mon cœur. Elle dit: “L’ancien Peuple de Dieu ne peut chanter le nouveau cantique parce qu’il n’aime pas son Sauveur. Chanteront le cantique nouveau ceux qui seront sauvés de toutes les nations, ceux du Peuple nouveau du Christ Seigneur, non ceux qui haïssent mon Verbe”… Horreur! (Elle pousse réellement un cri qui donne le frisson). La voix donne la lumière. La lumière donne la vue! Horreur! Je vois!”
Elle hurle plutôt qu’elle ne crie. Elle se tord comme si elle était retenue de force devant un spectacle redoutable qui lui torturait le cœur et qu’elle cherchait à y mettre fin par la fuite. Le manteau glisse de ses épaules, et elle reste dans son vêtement blanc contre le grand tronc noir. Dans la lumière qui baisse lentement dans le reflet vert du bois, et dans celui rougeâtre de la flamme qui danse, son visage prend un aspect tragique et puissant. Des ombres se forment sous les yeux autour des narines, au-dessous des lèvres. On dirait un visage creusé par la douleur. Elle se tord les mains en répétant plus doucement: “Je vois! Je vois!” et elle boit ses larmes pendant qu’elle continue:
“Je vois les crimes de ce peuple qui est le mien, et je suis impuissante à les arrêter. Je vois le cœur de mes compatriotes et je ne puis le changer. Horreur! Horreur! Satan a quitté son séjour et il est venu demeurer dans leur cœur.”
“Fais-la taire!” commandent les scribes à Jésus.
“Vous avez promis de la laisser parler…” répond Jésus.
La femme continue:
“Visage contre terre, dans la boue, ô Israël qui sais encore aimer le Seigneur. Couvre-toi de cendres, revêts le cilice. Pour toi! Pour eux! Jérusalem! Jérusalem, sauve-toi! Je vois une ville qui entre en tumulte pour demander un crime. J’entends, j’entends les cris de ceux qui, haineux, appellent un sang sur eux. Je vois qu’on élève la Victime dans la Pâque de Sang et ce Sang qui coule, et ce Sang qui crie plus que le sang d’Abel, alors que s’ouvrent les cieux et que la terre tremble et que le soleil s’obscurcit.
Et ce Sang ne crie pas vengeance, mais demande la pitié pour son Peuple qui le tue, pitié pour nous! Jérusalem!!! Convertis-toi! Ce Sang! Ce Sang! Un fleuve! Un fleuve qui lave le monde en guérissant tout mal, en effaçant toute faute… Mais pour nous, pour nous d’Israël, ce Sang c’est du feu, pour nous c’est le scalpel qui écrit sur les fils de Jacob le nom de déicide et la malédiction de Dieu. Jérusalem! Aie pitié de toi-même et de nous!…”
525.11 - “Mais fais-la taire, nous te l’ordonnons!” crient les scribes pendant que la femme sanglote en se couvrant le visage.
“Je ne puis imposer à la Vérité de se taire.”
“Vérité! Vérité! C’est une folle qui délire! Quel Maître es-tu si tu prends pour vérité les paroles d’une femme qui délire?”