“Tu te trompes, Sabéa. Ce n’est pas Lui le Messie, mais c’est celui que tu as vu auparavant sans le reconnaître.”

Elle secoue sa tête, ferme, sévère, et ne détache pas les yeux du Seigneur. Et puis son visage se transfigure, en prenant une expression dont je ne sais dire si elle est de joie fervente ou de somnolence extatique. Elle a de l’un et de l’autre. Elle paraît pâlir comme quelqu’un qui va s’évanouir alors que toute la vie se concentre dans les yeux qui deviennent lumineux, d’une lumière de joie, de triomphe, d’amour… Je ne sais. Rient-ils, ces yeux? Non, ils ne rient pas comme ne rit pas la bouche sévère. Et pourtant il y a en eux une lumière de joie et ces yeux acquièrent de plus en plus une intensité puissante qui vous frappe. Jésus la regarde de son regard doux, un peu triste.

“Tu vois que c’est une folle?” Lui murmure un scribe.

Jésus ne réplique pas. La main gauche pendant le long de son côté, la droite tenant son manteau sur la poitrine, il regarde et se tait.

La femme ouvre la bouche et étend les bras comme avant. Elle semble un gigantesque papillon aux ailes violettes, et au corps de vieil ivoire. Et un nouveau cri sort de ses lèvres:

“O Adonaï, tu es grand! Toi seul es grand, à Adonaï! Tu es grand au Ciel et sur la Terre, dans le temps et dans les siècles des siècles, et au-delà du Temps, depuis toujours et pour toujours, ô Seigneur, Fils du Seigneur. Sous tes pieds se trouvent tes ennemis et l’amour de ceux qui t’aiment soutient ton trône. Psaume 109,1 (Hébreu 110) : "Siège à ma droite, tant que j'aie fait de tes ennemis l'escabeau de tes pieds."

La voix se fait de plus en plus assurée et forte alors que ses yeux se détachent du visage de Jésus et regardent dans le lointain, un peu au-dessus des têtes qui sont autour d’elle, attentives, et qu’elle, qui se tient debout contre le tronc du rouvre, qui est lui-même sur une levée de terre, domine sans difficulté.

Après une pause, elle reprend:

“Le trône de mon Seigneur est orné de douze pierres Orné, comme en Exode 28, 15-21 | Exode 39, 8-14. , celles des douze tribus des justes. Dans la grande perle qu’est le trône, le trône blanc et précieux resplendissant du Très Saint Agneau, sont enchâssés des topazes avec des améthystes, des émeraudes avec des saphirs, et des rubis avec des sardoines, et des agates et des chrysolites et des béryls, des onyx, des jaspes, des opales.

Ceux qui croient, ceux qui espèrent, ceux qui aiment, ceux qui se repentent, ceux qui vivent et meurent dans la justice, ceux qui souffrent, ceux qui quittent l’erreur pour la Vérité, ceux qui étaient durs de cœur et sont devenus doux en son Nom, les innocents, les repentis, ceux qui se dépouillent de tout afin d’être agiles pour suivre le Seigneur, les vierges à l’esprit resplendissant d’une lumière semblable à une aube du Ciel de Dieu… Gloire au Seigneur! Gloire à Adonaï! Gloire au Roi assis sur son trône! Ézéchiel 10,1 "J'ai vu : sur le firmament qui était au-dessus de la tête des Kéroubim, on voyait, apparaissant sur eux, comme une pierre de saphir dont la forme ressemblait à celle d'un trône."

La voix est une sonnerie. Les gens sont secoués par un frémissement. La femme semble réellement voir ce qu’elle dit comme si la nuée dorée qui navigue dans un ciel serein et qu’elle semble suivre de son regard ravi, était pour elle une lentille qui lui permît de voir les gloires célestes.

525.7 - Elle se repose comme fatiguée, mais sans changer d’attitude. Seulement son visage se transfigure encore plus, par la pâleur de l’épidémie et l’éclat des yeux.

Puis elle recommence à parler en abaissant son regard sur Jésus qui l’écoute attentivement, au milieu d’un cercle de scribes qui secouent la tête, sceptiques et moqueurs, et des apôtres et des fidèles que fait pâlir une émotion sacrée. Elle recommence à parler d’une voix distincte, mais moins forte:

“Je vois! Je vois dans l’Homme ce qui se cache dans l’Homme. Saint est l’Homme, mais mes genoux se plient devant le Saint des Saints renfermé dans l’Homme.”

La voix redevient forte, impérieuse comme un commandement:

“Regarde ton Roi, ô peuple de Dieu! Connais son Visage! La Beauté de Dieu est devant toi. La Sagesse de Dieu a pris une bouche pour t’instruire. Ce ne sont plus les prophètes, Ô peuple d’Israël, qui te parlent de l’Innommable. C’est Lui-même. Lui, qui connaît le mystère qu’est Dieu, qui te parle de Dieu. Lui, qui connaît la Pensée de Dieu, qui t’approche de son sein, ô peuple encore enfant après tant de siècles, et qui te nourrit du lait de la Sagesse de Dieu pour te rendre adulte en Dieu. C’est pour le faire qu’il s’est incarné dans un sein, dans le sein d’une femme d’Israël, plus grande que toute autre femme devant Dieu et les hommes. Elle a ravi le cœur de Dieu par une seule de ses palpitations de colombe. La beauté de son esprit a séduit le Très-Haut et Il a fait d’elle son trône. Marie d’Aaron a péché car elle avait le péché en elle Miryam : Nombres 12,2. . Déborah jugea ce qu’il fallait faire, mais ne le fit pas de ses mains Juges 4,4-5. .

Jahel fut courageuse mais se souilla de sang Juges 4,17-22. . Judith était juste et craignait le Seigneur, et Dieu fut dans ses paroles et lui permit son acte pour qu’Israël fût sauvé, mais par amour de la patrie elle usa d’une ruse homicide Judith 10,1 et suivants. .

Mais la Femme qui l’a engendré surpasse ces femmes parce qu’elle est la servante parfaite de Dieu et qu’elle le sert sans pécher. Toute pure, innocente et belle, c’est le bel Astre de Dieu, de son lever à son coucher. Toute belle, resplendissante et pure, pour être Étoile et Lune, Lumière pour les hommes afin qu’ils trouvent le Seigneur. Elle ne précède pas et ne suit pas l’Arche sainte, comme Marie d’Aaron, car elle est elle-même l’Arche. Sur l’eau trouble de la Terre couverte par le déluge des fautes, elle glisse et sauve, car celui qui entre en elle trouve le Seigneur. Colombe sans tache, elle sort et porte l’olivier Elle sort et porte l'olivier, comme en Genèse 8, 8-12. , l’olivier de paix aux hommes car elle est la belle Olive. Elle se tait, et dans son silence elle parle et opère plus que Déborah, Jahel et Judith, et elle ne conseille pas la bataille, ne pousse pas aux massacres, ne répand pas d’autre sang que le sien le plus choisi, celui dont elle a fait son Fils. Mère malheureuse! Mère sublime!… Judith craignait le Seigneur, mais sa fleur avait appartenu à un homme. Mais elle, sa fleur inviolée, elle l’a donnée au Très-Haut, et le Feu de Dieu est descendu dans le calice du suave lys et un sein de femme a contenu et porté la Puissance, la Sagesse et l’Amour de Dieu. Gloire à la Femme! Chantez, ô femmes d’Israël, ses louanges!”

525.8 - La femme se tait comme si sa voix était épuisée. En effet, je ne sais comment elle fait pour tenir ce ton si fort.

Les scribes disent:

“Elle est folle! Elle est folle! Fais-la taire. Folle ou possédée. Impose de s’en aller à l’esprit qui la tient.”

“Je ne puis. Il n’y a que l’esprit de Dieu, et Dieu ne se chasse pas Lui-même.”

“Tu ne le fais pas parce qu’elle te loue, Toi et ta Mère, et cela charme ton orgueil.”

“Scribe, réfléchis à ce que tu sais de Moi, et tu verras que je ne connais pas l’orgueil.”

“Et pourtant seul un démon peut parler en elle pour célébrer ainsi une femme!… La femme! Et qu’est la femme en Israël et pour Israël? Et qu’est-elle sinon un péché aux yeux de Dieu? La séduite et la séductrice! S’il n’y avait pas la foi, on hésiterait à penser que la femme a une âme. Il lui est interdit de s’approcher du Saint, à cause de son impureté. Et elle dit que Dieu est descendu en elle!…” dit un autre scribe scandalisé.