“Le Dieu Unique. Pas un dieu” corrige Jésus.
Mais le soldat est anéanti à l’idée de précéder un dieu… Il ne parle plus…
514.8 - Il réfléchit. Il réfléchit jusqu’au moment où juste à l’entrée du village ils trouvent le détachement arrêté autour du blessé qui gémit par terre.
“Voici!” dit le gradé avec beaucoup de concision.
Jésus se fraie un passage et s’approche. La jambe a une mauvaise fracture, le pied retourné vers l’intérieur et elle est déjà enflée et livide. L’homme doit beaucoup souffrir, et voyant Jésus allonger une main, il dit suppliant:
“Fais-moi peu de mal!”
Jésus sourit. Il touche à peine du bout des doigts l’endroit où le cercle livide indique la fracture et puis il dit:
“Lève-toi!”
“Mais il a une seconde fracture, plus haut, à la hanche” explique le gradé, en voulant sûrement dire: “Tu ne la touches pas?”
À ce moment voilà un habitant de Bétéron:
“Maître, Maître! Tu perds ton temps avec des païens, et ma femme se meurt!”
“Va et amène-la-moi.”
“Je ne peux pas. Elle est folle!”
“Va et amène-la-moi, si tu as foi en Moi.”
“Maître, on ne la tient pas. Elle est nue et on ne peut la vêtir. Elle est folle et déchire ses vêtements. Elle est mourante et elle ne peut pas se lever.”
“Va et amène-la-moi si ta foi n’est pas inférieure à celle de ces gentils.”
L’homme s’en va, mécontent.
514.9 - Jésus regarde le romain étendu à ses pieds:
“Et toi tu sais avoir foi?”
“Moi, oui. Que dois-je faire?”
“Te lever.”
“Attention, Camille, que…” commence à dire le gradé. Mais le soldat est déjà debout, agile, guéri.
Les Israélites ne crient pas hosanna. Celui qui est guéri n’est pas un hébreu. Ils semblent même mécontents, ou du moins leurs visages expriment une critique de l’acte de Jésus. Mais les soldats ne le sont pas. Ils dégainent leurs courtes et larges dagues et les lèvent dans l’air gris après les avoir frappées sur leurs boucliers en signe de réjouissance. Jésus est au milieu du cercle des lames.
Le gradé le regarde. Il ne sait comment s’exprimer, ce que faire, lui, homme près d’un dieu, lui, païen près de Dieu… Il réfléchit et il trouve qu’au moins il doit faire pour Dieu ce qu’il ferait pour César, et il commande le salut militaire à l’imperator (je crois du moins qu’il en est ainsi car j’entends résonner un “Ave!” puissant, pendant que les lames scintillent quand ils les mettent presque horizontales tout en haut de leurs bras tendus). Et, pas encore satisfait, le gradé Lui dit à voix basse:
“Va tranquillement, même de nuit. Les routes… toutes surveillées. Service contre les voleurs. Tu seras en sûreté. Moi…”