514 – Conseils sur la sainteté à un jeune indécis. Reproche aux habitants de Bétéron après la guérison d’un romain et d’une judéenne

17 octobre 1946

Le jeudi 17 octobre 1946.

514.1 - Jésus est encore au milieu des montagnes, suivi de gens, en plus des apôtres et des disciples. Parmi ceux-ci maintenant se trouvent des disciples ex-bergers qu’ils ont trouvé peut-être dans quelque petit village par où ils sont passés.

Jésus monte d’une vallée vers une montagne, par une route qui suit avec ses détours la pente de la montagne, et qui est certainement une voie romaine d’après son pavage qu’on ne peut confondre et son entretien soigné que l’on trouve uniquement dans les routes construites et entretenues par les romains. Des gens y passent, se dirigeant vers la vallée ou remontant de la vallée vers la chaîne du massif montagneux, couronné à son sommet de villages ou de villes. Certains, voyant Jésus et sa suite, demandent qui c’est et le suivent, alors que d’autres se contentent de regarder, d’autres encore hochent la tête et raillent.

Un détachement de soldats romains les rejoint de son pas pesant avec son tintamarre d’armes et de cuirasses. Ils se détournent pour regarder Jésus qui, quittant la voie romaine, va prendre un chemin… judaïque qui se dirige vers le sommet où se trouve un village. C’est un chemin caillouteux et boueux parce qu’il a plu, sur lequel le pied ou bien glisse sur les cailloux ou bien s’enfonce dans les ornières. Les soldats se dirigent certainement vers la même ville et, après une courte halte, se remettent en marche, obligeant les gens à se mettre de côté sur le chemin pour céder la place au détachement qui passe rigidement encadré. Quelques insultes sifflent dans l’air, mais la discipline de la marche en colonne empêche les soldats d’y répondre dans les mêmes termes.

Les voici de nouveau près de Jésus qui s’est rangé pour les laisser passer et les regarde de son œil plein de douceur qui paraît bénir et caresser par la lumière de ses iris de saphir. Et les visages fermés des soldats s’éclairent d’une esquisse de sourire qui n’est pas moqueur, mais qui est au contraire respectueux comme un salut.

Ils passent. Les gens se remettent en route derrière Jésus qui est en tête.

514.2 - Un jeune homme se détache de la foule et rejoint le Maître en le saluant avec respect. Jésus lui rend son salut.

“Je voudrais te demander quelque chose, Maître.”

“Parle.”

“Je t’ai écouté par hasard un matin après la Pâque près d’un mont voisin des gorges de Carit Voir EMV 380. . Et depuis lors j’ai pensé que… je pouvais être moi aussi parmi ceux que tu appelles. Mais avant de venir j’ai voulu savoir exactement ce qu’il est nécessaire de faire et ce que l’on doit ne pas faire. Et j’ai interrogé tes disciples chaque fois que je les ai rencontrés, et l’un me disait une chose et l’autre une autre. Et j’étais incertain, presque épouvanté, parce qu’ils étaient tous d’accord sur une chose avec plus ou moins d’intransigeance, et c’était sur l’obligation d’être parfait. Moi… Je suis un pauvre homme, Seigneur, et la perfection n’appartient qu’à Dieu… Je t’ai entendu une deuxième fois… et Toi-même disais: “Soyez parfaits”. Et je me suis découragé. Une troisième fois, il y a quelques jours, au Temple. Et, bien que tu fusses sévère, il ne me parut pas qu’il fût impossible de le devenir, parce que… moi je ne sais même pas pourquoi, comment me l’expliquer et te l’expliquer. Mais il me semblait que si c’était une chose impossible, ou si c’était si dangereux de vouloir devenir comme de se faire dieux, Toi, qui veux nous sauver, ne nous l’aurais pas proposé. Car la présomption est un péché et vouloir être des dieux, c’est le péché de Lucifer. Mais peut-être il y a une manière de l’être, pour le devenir sans pécher, et c’est en suivant ta Doctrine qui est sûrement une doctrine de salut. Est-ce que je dis bien?”

“Tu dis bien. Et alors?”

“Et alors, j’ai continué d’interroger tel ou tel et, ayant appris que tu étais à Rama, j’y suis venu. Et depuis lors, avec la permission de mon père, je t’ai suivi et voilà: de plus en plus je voudrais venir…”

“Et viens donc! Que crains-tu?”

“Je ne sais pas… Je ne sais même pas moi… Je demande, je demande… Mais toujours, tandis qu’en t’écoutant il me paraît facile et je suis décidé à venir, ensuite, en réfléchissant, et ce qui est pire, en demandant à tel ou tel, cela me paraît trop difficile.”

“Je te dis comment cela arrive: c’est un piège du démon pour t’empêcher de venir. Il t’effraie par des fantômes, t’embrouille, te fait questionner des gens qui comme toi ont besoin de Lumière… Pourquoi n’es-tu pas venu vers Moi directement?”

“Parce que… j’avais… non pas peur, mais… Nos prêtres et rabbins! Si durs et orgueilleux! Et Toi… Je n’osais pas t’approcher. Mais à Emmaüs, hier!… Oh! je crois avoir compris que je ne dois pas avoir peur. Et maintenant je suis ici, à te demander ce que je voudrais savoir. Tout à l’heure, un de tes apôtres m’a dit: “Va et ne crains pas. Il est bon même avec les pécheurs”. Et un autre: “Rends-le heureux par ta confiance. Celui qui se confie à Lui le trouve plus doux qu’une mère”. Et un autre encore: “Je ne sais si je me trompe, mais je te dis que Lui te dira que la perfection réside dans l’amour”. Voilà ce que m’ont dit tes apôtres, certains du moins, plus doux que les disciples. Pas tous cependant, car parmi les disciples, il y en a certains qui semblent un écho de ta voix, mais ils sont trop peu nombreux. Et parmi les apôtres il y en a certains qui… font peur à un pauvre homme comme moi. L’un d’eux m’a dit, avec un rire qui n’était pas bon: “Tu veux devenir parfait? Nous ne le sommes pas nous qui sommes ses apôtres et toi, tu veux l’être? C’est impossible”. Si les autres n’avaient pas parlé, je m’en serais enfui, découragé, mais je fais la dernière tentative… et si Toi aussi tu vas me dire que c’est impossible…”

514.3 - “Mon fils, et pourrais-je être venu pour proposer aux hommes des choses impossibles? Qui penses-tu qui t’a mis dans le cœur ce désir de devenir parfait? Ton cœur lui-même?”

“Non, Seigneur. Je crois que c’est Toi par tes paroles.”

“Tu n’es pas loin de la vérité. Mais réponds encore: pour toi mes paroles que sont-elles?”

“Justes.”

“C’est bien. Mais je veux dire: des paroles d’homme ou de quelqu’un qui est plus qu’un homme?”

“Oh! Toi, tu parles comme la Sagesse et avec plus de douceur et de clarté encore. Aussi je dis que tes paroles sont de quelqu’un qui est plus qu’un homme. Et je ne crois pas me tromper si j’ai bien compris ce que tu disais dans le Temple, car il m’a semblé que Toi alors tu disais que tu es la Parole même de Dieu et que donc tu parles en Dieu.”

“Tu as bien compris et bien dit. Et alors qui t’a mis dans le cœur le désir de la perfection?”