477.6 - Mais j’ai aussi la joie de voir Joseph avancer vers l’aurore de la vraie Lumière…”
“Oui, lui espérait te voir. C’était bien que tu le voies. Aujourd’hui, il était absent jusqu’au coucher du soleil, et il sera peiné de ne pas te voir. Mais il pourra le faire à Jérusalem.”
“Non, Mère. Je ne resterai pas à Jérusalem de manière à être vu. J’ai besoin d’évangéliser la Cité et les alentours, et on m’en chasserait tout de suite si l’on me découvrait. Je devrai donc agir comme quelqu’un qui fait le mal alors que je ne veux faire que du bien… Mais c’est ainsi.”
“Alors tu ne verras pas Joseph? Il part demain pour les Tabernacles. Vous pouviez faire le voyage ensemble…”
“Je ne puis…”
“C’est à ce point qu’ils te persécutent déjà, mon Fils?”
Quelle angoisse il y a dans la voix de la Mère!
“Non, Mère, non. Pas plus qu’auparavant. Rassure-toi. Et même… de bons esprits viennent à Moi. D’autres, qui ne sont pas bons, s’arrêtent à réfléchir, alors qu’auparavant ils frappaient sans raison; les disciples augmentent, les anciens se forment de plus en plus, les apôtres se perfectionnent. Je ne parle pas de Jean: il a toujours été une grâce que le Père m’a faite, mais je parle de Simon de Jonas et des autres Simon, dont je puis dire que de jour en jour il change, d’homme qu’il était en apôtre, et tu sais ce que je veux dire. Et il me donne tant de Joie.
Et Nathanaël et Philippe qui se détachent des liens de leurs idées. Et Thomas et… Mais que dis-je! Tous. Oui, crois-le. Tous à cette heure sont bons: ma joie. Tu dois être tranquille, me sachant avec eux: amis, consolateurs, défenseurs de ton Fils. Puisses-tu être ainsi défendue et aimée!”
“Oh! moi, j’ai Marie, j’ai les épouses de Joseph et de Simon et eux-mêmes et leurs enfants. J’ai le bon Alphée. Et puis, à Nazareth, qui n’aime pas Marie de Nazareth? Tu dois être tranquille… Tout un village aime ta Mère.”
“Mais ils ne m’aiment pas encore, sauf quelques-uns. Je le sais, et je sais que leur amour pour toi est imprégné de ta compassion que l’on a pour la mère d’un fou et d’un vagabond. Mais tu sais que je ne le suis pas et que je t’aime.
477.7 - Tu sais que me séparer de toi c’est l’obéissance, je ne dis pas la plus grande, mais la plus affectueusement douloureuse que me demande le Père…”
“Oui, mon Fils! Oui. je le sais. Moi, je ne me plains de rien. Certainement je voudrais, je préférerais être avec Toi, dans la boue, dans le vent, à la belle étoile, persécutée, lasse, sans toit ni feu, sans pain, comme Toi tant de fois, au lieu d’être dans ma maison, pendant que tu es au loin et que je ne sais pas comment tu es quand je pense à Toi. Toi avec moi, et moi avec Toi, tu souffrirais moins, et moi, je souffrirais moins… Parce que tu es mon Fils et que je pourrais toujours te prendre dans mes bras et te défendre du froid, de la dureté des pierres et surtout de la dureté des cœurs, par mon amour, sur ma poitrine, dans mes bras. Tu es mon Fils. Je t’ai tant gardé sur mon cœur dans la grotte, dans le voyage en Égypte, et au retour, toujours, quand les traîtrises de la saison et des hommes pouvaient te nuire. Pourquoi ne pourrais-je pas le faire maintenant? Ne suis-je peut-être plus ta Mère, parce que maintenant tu es l’Homme? Une mère ne peut-elle donc plus être tout pour son Fils parce qu’il n’est plus petit? Je pense que si je suis avec Toi, ils ne pourront pas te faire du mal… car personne… Non. Je suis sotte… Tu es le Rédempteur… et les hommes, je l’ai vu, n’ont pas pitié, même de leur propre mère… Mais laisse-moi venir près de Toi. Tout vaut mieux pour moi que d’être au loin.”
“Si les hommes étaient meilleurs, je serais revenu encore à Nazareth. Mais même Nazareth… N’importe. Ils viendront à Moi. Pour le moment, je vais vers les autres… et je ne peux t’emmener avec Moi. Je ne reviendrai plus ici que quand ils sauront qui je suis.
477.8 - Maintenant je vais en Judée… Je monte au Temple… Puis je resterai dans ces contrées… Je parcourrai encore une fois la Samarie. Je travaillerai là où il y a le plus à faire. Aussi, ô Mère, je te conseille de te préparer à me rejoindre au début du printemps et de t’établir près de Jérusalem. Nous nous verrons plus facilement. Je remonterai jusqu’à la Décapole encore quelques fois et nous nous verrons encore… Je l’espère. Mais je resterai généralement en Judée. Jérusalem est la brebis qui a le plus besoin de soins car, en vérité, elle est plus têtue qu’un vieux mouton et plus querelleuse qu’un bouc sauvage. Je vais y répandre la Parole comme une rosée qui ne se lasse pas de tomber sur son aridité…”
Jésus se lève, s’arrête, regarde sa Mère qui le fixe attentivement. Il ouvre la bouche, puis il secoue la tête en disant:
“Il y a encore cela à dire, avant la dernière chose… Mère, si Joseph veut me parler, qu’il soit vers l’aube d’après-demain sur la route qui de Nazareth va à Jezréel par le Thabor. J’y serai seul ou avec Jean.”
“Je le dirai, mon Fils.”
477.9 - Un silence, un silence profond, car les oiseaux ont fini de se quereller dans les feuillages et le vent aussi se tait, alors que le crépuscule s’assombrît. Puis Jésus, qui semble avoir cherché péniblement les dernières paroles à dire, dit:
“Maman, la pause est finie… Un baiser, Maman, et ta bénédiction.”
Ils s’embrassent et se bénissent mutuellement.
Puis Jésus, se penchant pour ramasser le voile de sa Mère, appelle Jean comme pour rendre moins solennelles ses paroles, et il dit:
“Quand tu viendras en Judée, apporte-moi mon vêtement le plus beau, celui que tu m’as tissé pour les fêtes solennelles. À Jérusalem, je dois être le “Maître” au sens le plus large, et même plus sensiblement humain, puisque ces esprits fermés et hypocrites regardent davantage l’extérieur: le vêtement, que l’intérieur: la doctrine. Et ainsi même Judas de Kériot sera content… et content aussi Joseph qui me verra vraiment en vêtement royal. Oh! ce sera un triomphe! Et le vêtement que tu as tissé y contribuera…”
Et il sourit en hochant la tête pour atténuer la vérité cruelle que cachent ces paroles.
Mais Marie ne s’y trompe pas. Elle se lève et s’appuie au bras de Jésus en s’écriant: