Et pendant que Jésus mange, elle tire du sac les vêtements qu’elle a préparés pour les mois d’hiver, solides, chauds, capables d’abriter du froid et de l’eau, et elle les montre à Jésus qui lui dit:

“Que de travail, Maman! J’avais encore ceux de l’hiver dernier…”

“Les hommes, quand ils sont loin de leurs femmes, doivent tout renouveler, afin de ne rien avoir à réparer pour être impeccables. Mais, je n’ai rien gaspillé. Le manteau que j’ai, c’est le tien que j’ai.raccourci et reteint. Pour moi, il va encore bien, mais pour Toi, il n’allait plus. Tu es Jésus…”

Dire ce qu’il y a dans cette phrase, c’est impossible. “Tu es Jésus”. Une phrase simple, mais tout l’amour de la Mère, de la disciple, de l’ancienne Israélite pour le Messie Promis et de l’israélite du temps béni qui possède Jésus, se trouve dans ces quelques mots. Si la Mère s’était prosternée en adorant son Fils comme Dieu, ce n’était encore qu’une forme bornée dans sa manifestation respectueuse. Mais en ces mots, il y a davantage qu’une adoration des genoux qui se ploient, de l’échine qui se penche, du front qui touche le sol: il y a là tout l’être de Marie, sa chair, son sang, son âme, son cœur, son esprit, son amour qui adore totalement parfaitement le Dieu-Homme.

Je n’ai jamais rien vu de plus grand, de plus absolu, que ces adorations de Marie pour le Verbe de Dieu qui est son Fils, mais dont elle se rappelle toujours qu’il est Dieu. Aucune des créatures, guéries ou converties par Jésus, que je vois adorer leur Sauveur, pas même les plus ardentes, pas même celles qui sans le remarquer sont théâtrales dans l’impétuosité de leur amour, n’a quelque chose qui ressemble à cela. Elles aiment totalement, mais toujours en créatures auxquelles il manque quelque chose pour être parfaites. Marie aime, j’ose le dire, divinement. Elle aime plus qu’une créature. Oh! Elle est vraiment la fille de Dieu exempte de faute! C’est pour cela qu’elle peut aimer ainsi!… Et je pense à ce qu’a perdu l’homme avec le Péché d’origine… Je pense à ce que nous a volé Satan en entraînant les Premiers Parents. Il nous a enlevé ce pouvoir d’aimer Dieu comme l’a aimé Marie… Il nous a enlevé le pouvoir d’aimer comme il faut.

477.4 - Pendant que je fais ces réflexions en regardant le Couple parfait, Jésus, qui a fini son repas, a glissé pour s’asseoir sur l’herbe aux pieds de sa Mère en mettant sa tête sur les genoux de Marie comme un enfant las et attristé aussi qui se réfugie auprès de la seule qui puisse le conforter. Et Marie caresse ses cheveux, effleure le front lisse de son Jésus. Elle semble vouloir mettre en fuite toutes les lassitudes et toutes les peines qui affectent son Fils, grâce à cette caresse. Jésus ferme les yeux, et Marie arrête sa caresse gardant la main sur les cheveux de Jésus, regardant devant elle, pensive, sans bouger. Elle croit peut-être que Jésus s’est endormi. Il est si las…

Mais Jésus rouvre les yeux presque tout de suite, il voit que le soir arrive, il voit qu’il ne Lui est pas permis de prolonger cette heure de réconfort. Alors il relève la tête en restant assis où il est et il parle:

“Tu sais, Maman, d’où je viens?”

“Je le sais. Jean me l’a dit. Deux âmes qui reviennent à Dieu, Une joie pour Toi et pour moi.”

“Oui, avec cette joie, je descends à Jérusalem.”

“Pour te réconforter de la déception que tu as eu le jour même où nous nous sommes quittés.” La tentative de couronnement à l'initiative de Khouza. Jean qui a suivi Jésus est le seul à connaître la grande déception de Jésus. Cf. EMV 464.14.

“Comment le sais-tu? Jean te l’a dit? Lui seul le sait…”

“Non. Je le lui ai demandé. Mais Jean m’a répondu: “Mère, tu vas le voir bientôt. Demande-le-Lui”.”

Jésus sourit en disant:

“Jean est fidèle jusqu’au scrupule.”

477.5 - Une pause. Puis Jésus demande:

“Qui donc t’en a parlé?”

“Pas à moi. Il est venu des… des hommes chez Joseph, ton frère. Et… lui est venu chez moi. Il était encore un peu… Oui, mon Fils, il vaut mieux dire la vérité, un peu fâché après ta rencontre avec lui à Capharnaüm Joseph, à la suite d'une altercation avec des pharisiens, voulait absolument donner des conseils à Jésus sur la manière de se comporter avec les puissants et de conquérir le pouvoir. Cf. EMV 460. , et particulièrement après la conversation avec Jude et Jacques. Ils se sont vus en ton absence, et aussi Jacques, ou pour mieux dire: surtout Jacques fut sévère… Très… Je dirais trop. Cependant l’Éternel, toujours bon, a tiré un bien de ce léger désaccord. Certainement parce que c’était un désaccord venu de deux sources d’amour. Différentes, c’est vrai, mais c’est toujours de l’amour. Imparfaites, c’est vrai, car si elles avaient été parfaites, au moins chez l’un des deux, il n’aurait pas provoqué la colère… Parler de colère c’est peut-être un peu trop fort pour donner un nom à l’état d’âme de Jacques, mais certainement lui fut sévère, très sévère… Tu l’aurais certainement rappelé à la charité. Moi… je ne l’ai pas approuvé, mais j’ai compati, car j’ai compris ce qui rendait si fâché Jacques, qui est toujours patient. On ne peut demander qu’il soit parfait… C’est un homme. Il est encore très homme lui aussi. Oh! il y a encore du chemin à parcourir pour que Jacques arrive à être un juste comme l’était mon Joseph! Lui … savait toujours se dominer… et être toujours bon…

Mais moi, je divague!

Je parlais de l’amour imparfait des deux pour Toi - en effet ils t’aiment, oh! tellement. Même Joseph, bien que cela ne paraisse pas à première vue. Mais c’est de l’amour pour Toi, tous les soins qu’il prend de cette pauvre femme. Et c’est de l’amour pour Toi, sa manière de penser en vieil Israélite attaché à ses idées comme son père. Que ne donnerait-il pas pour te voir aimé de tous! À sa façon… sûrement… - Mais, pour venir au fait, je dois te dire que Joseph, auquel n’a pas fait de mal l’attitude tranchante de Jacques, s’est mis à venir chez moi, chaque jour, et sais-tu pourquoi? Pour que je lui explique les Écritures “comme toi et ton Fils vous les comprenez” m’a-t-il dit. Expliquer les Écritures à la lumière de la Vérité!… C’est difficile quand celui qui écoute est un Joseph d’Alphée, c’est-à-dire quelqu’un qui croit fermement au règne temporel du Messie, à sa naissance royale et à tant d’autres choses!

Mais pour lui faire accepter l’idée que le Roi d’Israël doit être de souche royale, descendant de David, oui, mais qu’il n’est pas nécessaire qu’il soit né dans un palais royal, son orgueil lui-même m’a servi. Lui… oh! comme il tient à être de la race de David! Je lui ai dit doucement tant de choses… et cette idée, je l’ai redressée en lui. Il admet maintenant, conformément aux prophéties, que tu es celui qu’elles ont annoncé. Mais je n’aurais pas réussi, oh! non, je n’aurais pas réussi, à le convaincre que Toi, que ta vraie grandeur c’est justement le fait d’être le Roi de l’esprit, la seule chose qui puisse te rendre le Roi universel et éternel, s’il n’était venu à reprises des gens pour le chercher… Les premiers, ceux de Capharnaüm et d’autres avec eux, après l’avoir de nouveau séduit par des promesses éblouissantes de grandeur pour toute la maison, le voyant moins disposé à céder en leur faveur - ils prétendaient qu’il te force et me force à te faire accepter une couronne - ils se sont trahis en passant à des menaces… Les habituelles menaces Voilées dont ils se servent. Couteaux tranchants enveloppés de laine soyeuse pour les faire paraître inoffensifs… Et Joseph a réagi en leur disant: “Je suis le plus âgé, mais Lui est majeur et, dans notre famille, il ne me semble pas qu’il y ait jamais eu des sots ou des fous. Comme il est majeur depuis déjà quatre lustres, Lui sait ce qu’il fait. Allez donc l’interroger, et si Lui refuse, laissez-le tranquille. Il est responsable de ses actes”.

Mais ensuite, et précisément la veille du sabbat, il est venu de tes disciples… Tu me regardes, Fils? Permets-moi de ne pas te dire leurs noms, mais permets-moi de te dire de leur pardonner… Il s'agit de Manahen et de Timon d'Aéra qui s'étaient fourvoyés dans le complot du couronnement. Un fils qui aurait levé la main sur les cheveux blancs de son père, un lévite qui aurait profané l’autel et craindrait la colère de Jéhovah, ne seraient pas comme ils étaient… Ils venaient de Capharnaüm où ils t’avaient cherché… Ils avaient fait les routes du lac, de Capharnaüm à Magdala, et puis à Tibériade, espérant te trouver, et ils s’étaient rencontrés avec Hermas et Etienne qui descendaient avec d’autres à Jérusalem, après, avoir été quelques jours les hôtes de Gamaliel. Je ne veux pas dire ce qu’eux ont dit, ce qu’ils veulent te dire, et brûlent de te dire.

Mais leurs paroles avaient augmenté encore plus la douleur des disciples qui furent égarés au point de s’unir à ceux qui voulaient te trahir par une onction trompeuse. Quand ils sont venus, Joseph était chez moi, et cela tombait bien. Oh! Joseph n’est pas encore arrivé à la Lumière, mais il en est déjà à la naissance de son aurore. Joseph a compris le piège et… il t’aime maintenant beaucoup, notre Joseph. Il t’aime, je n’ose pas dire justement, mais au moins, comme un aîné qui souffre de ta souffrance, qui veille sur ta sauvegarde, qui connaît tes ennemis…

Voilà pourquoi je sais ce qu’ils t’ont fait, mon Fils. Une douleur… Et une joie, parce que plus d’un t’a reconnu pour ce que tu es. Pour Toi et pour moi, cette douleur et cette joie. Et nous pardonnons à tous, n’est-ce pas? Moi, j’ai déjà pardonné à ceux qui se sont repentis, dans la mesure où cela m’était permis.”

“Maman, tu pouvais donner tout pardon, même pour Moi, car Moi, j’avais déjà pardonné en voyant leurs cœurs. Ce sont des hommes… Tu l’as bien dit!…