477 – Un dialogue entre Jésus et sa mère dans les bois de Mathatias. Les souffrances morales de Jésus et de Marie

21 août 1946 / 14 février 1944

Vision du mercredi 21 août 1946.

477.1 - Jésus est seul. Seul sur un plateau un peu en forme de cuvette qui, par une légère ondulation, pourtant continue, monte par le versant des collines qui entourent certainement le lac de Galilée, car je le vois en bas, à droite, qui assombrit son azur splendide à cause de l’arrivée du coucher du soleil qui enlève à une grande partie du lac la fulguration des rayons solaires. En arrière de la cuvette, au nord, la montagne d’Arbela et, au-delà, plus élevées, celles d’au-delà du lac où s’élèvent Meieron et Giscala, et au nord-est, lointain, mais puissant et royal, le Grand Hermon dont le soleil à son coucher frappe bizarrement son pic le plus élevé, en le faisant d’un topaze rosé à l’occident, et en lui laissant sa couleur opaline, qui tend à cette indéfinissable nuance d’un azur neigeux que j’ai vu quelquefois sur les cimes de nos Alpes de la frontière.

Je regarde vers le nord, et c’est ce que je vois, comme je vois sans difficulté, à droite, tout en-bas, le lac, à gauche, et plus élevées, les collines qui empêchent de voir la plaine de la côte. Mais si je me tourne vers le midi, je vois le Thabor, au-delà des collines en pente douce qui sont certainement celles qui entourent Nazareth. Il y a une petite ville, tout en bas, près d’une route de grande circulation où les gens se hâtent pour gagner les lieux de repos entre les étapes.

Jésus ne regarde rien de ce que moi, je regarde. Il cherche seulement un endroit pour s’asseoir, et le choisit au pied d’un énorme chêne vert dont le feuillage a protégé de la canicule l’herbe du sol, et qui est encore fraîche et touffue comme si la chaleur n’était pas passée en brûlant tout.

Jésus se trouve ainsi avoir en face de Lui le lac, à côté de Lui le sentier parmi les arbres par lequel il est monté, et de l’autre côté les ondulations qui entourent au nord la cuvette de prés et de bois où il se trouve, et qui est toute verte grâce aux chênes verts et à d’autres arbres au feuillage persistant que l’automne ne touche pas. Ça et là seulement on y voit une tache rouge sang: c’est celle d’une feuille qui change de couleur avant de tomber, pour céder la place à une feuille naissante qui naît déjà tout près de celle qui meurt.

Jésus, très fatigué, s’appuie contre le tronc puissant et il reste un moment, les yeux clos, comme pour se reposer. Mais, ensuite, il prend sa pose habituelle, en se séparant du tronc, penché un peu en avant, les coudes sur les genoux, les avant-bras en avant, les mains jointes, les doigts entrelacés. Et il pense. Il prie certainement. De temps à autre, à cause de quelque bruit qui Lui arrive - oiseaux qui se battent en cherchant une place pour la nuit, quelque animal dans l’herbe qui fait tomber une pierre le long de la pente, une branche qui en heurte une autre par suite d’un coup de vent - il lève les yeux, et d’un regard pensif qui sûrement ne voit pas, il les tourne dans la direction du bruit, surtout si c’est dans la direction du sentier qui monte à travers les chênes verts.

Puis il baisse de nouveau les yeux pour se concentrer en Lui-même. Par deux fois il regarde avec attention le lac qui est déjà dans l’ombre, et puis il tourne la tête pour regarder vers l’occident où le soleil est disparu derrière les collines boisées, et la seconde fois il se lève et va vraiment sur le sentier, pour regarder s’il monte quelqu’un, puis il retourne à sa place.

477.2 - Enfin voilà un bruit de pas et deux figurés qui pointent: Marie vêtue de bleu foncé, et Jean chargé de sacs. Et Jean crie deux fois:

“Maître!” et dès que Jésus se tourne, il ajoute: “Voilà ta Mère”

Et il l’aide à franchir un petit ruisseau et des cailloux mis sur le sentier dans le but de le consolider et de le rendre pratique pour la montée ou la descente, en réalité avec le résultat d’en faire de vrais pièges pour les pieds à demi-chaussés.

Jésus se lève immédiatement pour aller à la rencontre de sa Mère et il l’aide avec Jean à monter la masse éboulée qui devrait retenir le plateau, mais en réalité seules les racines des chênes remplissent cette charge. Maintenant Marie est soutenue par son Fils qui l’observe et lui demande:

“Tu es fatiguée?”

“Non, Jésus”

Et elle Lui sourit.

“Il me semble au contraire que tu l’es. Je regrette de t’avoir fait venir. Mais Moi, je ne pouvais pas venir…”

“Oh! ce n’est rien, mon Fils. Je suis un peu en sueur, mais ici, on est bien… C’est plutôt Toi qui es fatigué et aussi le pauvre Jean…”

Mais Jean secoue la tête en riant et en déposant le sac neuf et bien plein de Jésus et le sien sur l’herbe, au pied du chêne, et il se retire en disant:

“Je vais plus bas. J’ai vu une petite source et je vais me rafraîchir un peu dans cette eau. Mais j’entendrai, si vous m’appelez”

Et il se retire pour laisser liberté aux Deux.

477.3 - Marie desserre son manteau et enlève son voile pour essuyer la sueur qui perle à son front. Elle regarde Jésus et Lui sourit, et elle boit son sourire car Lui aussi lui sourit en caressant sa main et en la passant sur sa joue pour en avoir la caresse. Tellement “fils” en cet acte que je Lui ai vu faire autre fois!

Marie dégage sa main et remet en ordre les cheveux de Jésus, Lui enlevant un petit morceau, d’écorce d’arbre resté dans les mèches des cheveux, et chaque mouvement de ses doigts est une caresse, si grand est l’amour avec lequel elle le fait. Elle parle:

“Tu es tout en sueur, Jésus. Ton manteau sur les épaules est humide comme s’il avait plu dessus, mais maintenant tu vas pouvoir en prendre un autre. Celui-ci, je le retire. Il est déteint par le soleil et la poussière. J’avais tout préparé, et… Attends! Je sais que tu as à peine mangé: une croûte de pain rassis avec une poignée d’olives salées au point de te mordre le gosier. C’est Jean qui me l’a dit. Il ne faisait que boire à son arrivée. Mais je t’ai apporté du pain frais. Je venais de le défourner, et un rayon de miel que j’avais enlevé hier pour le donner aux enfants de Simon. Mais pour eux, j’ai d’autres rayons. Prends-le, mon Fils. Il vient de notre maison…”

Et elle se penche pour ouvrir le sac, qui contient par dessus tout le reste, un petit panier d’osier plein de fruits, avec au-dessus un rayon de miel enveloppé dans de longues feuilles de vigne et elle offre le tout à son Fils avec du pain frais et croustillant.