“Ce n’étaient pas des personnes qui avaient reçu des bienfaits comme toi et elles n’avaient pas péché contre des innocents. Le pauvre est toujours sacré, mais plus sacrés que tous l’orphelin et la veuve. Tu ne connais pas la Loi?… ”

L’homme pleure. Il voulait un pardon immédiat.

Jésus résiste: “Tu es descendu deux fois et tu ne t’es pas pressé de remonter… Souviens-toi. Ce que tu t’es permis, toi, homme, Dieu peut se le permettre. Dieu est toujours très bon s’il te dit qu’il ne te refuse pas absolument le pardon, mais le fait dépendre de ta façon de vivre jusqu’à la mort. Va. ”

“Bénis-moi, au moins… Pour que j’aie davantage la force d’être juste. ”

“J’ai déjà béni. ”

“Non, pas ainsi. Bénis-moi en particulier. Tu vois mon cœur… ”

Jésus lui met la main sur la tête et lui dit: “J’ai dit. Mais que cette caresse te persuade que si je suis sévère, je ne te hais pas. Mon amour sévère c’est pour te sauver, pour te traiter en ami malheureux, non parce que tu es pauvre, mais parce que tu as été mauvais. Souviens-toi que je t’ai aimé, que j’ai eu compassion de ton esprit, et que ce souvenir te rende désireux de m’avoir pour ami, qui ne soit plus sévère. ”

“Quand, Seigneur? Où te trouverai-je, si tu dis que tu t’en vas? ”

“Dans mon Royaume. ”

“Quel royaume? Où le fondes-tu? Moi, j’y viendrai… ”

“Mon Royaume sera dans ton cœur si tu le rends bon, et puis il sera au Ciel. Adieu. Je dois partir parce que le soir arrive et je dois bénir ceux que je quitte ” et Jésus le congédie, en s’adressant ensuite aux disciples et aux maîtres de la maison qu’il bénit un par un. Puis il reprend la route après avoir donné l’argent à Judas…

Le vert de la campagne l’engloutit alors qu’il marche vers le sud-ouest en direction de Capharnaüm…

“Tu marches trop, Maître! ” s’écrie Pierre. “Nous sommes las. Nous avons déjà fait tant de stades… ”

“Sois bon, Simon. Nous allons être en vue de Corozaïn. Vous y entrerez et irez dans les quelques maisons qui nous sont amies et spécialement chez la veuve, et vous direz au petit Joseph que je veux le saluer à l’aube. Vous me le conduirez sur la route qui monte vers Giscala… ”

“Mais tu n’entres pas dans Corozaïn? ”

“Non, je vais prier sur la montagne. ”

“Tu es à bout, tu es pâle. Pourquoi te négliges-tu? Et pourquoi ne viens-tu pas avec nous? Pourquoi n’entres-tu pas dans la ville? ” Ils l’accablent de questions. Leur affection est parfois fatigante.

Mais Jésus est patient… et patiemment il répond: “Vous le savez! Pour Moi l’oraison est repos. Et fatigue d’être parmi les gens quand je n’y suis pas pour guérir ou pour évangéliser. J’irai donc sur la montagne, là où je suis allé d’autres fois. Vous connaissez l’endroit. ”

“Sur le sentier qui va chez Joachim? Peut-être Joachim, le pharisien comploteur de Capharnaüm qui, de ce fait, aurait sa propriété en dehors de la ville, sur la route de Corozaïn.

“Oui, vous savez où me trouver. A l’aube, je viendrai à votre rencontre… ”

“Et… nous irons vers Giscala? ”

“C’est la bonne route pour aller vers les confins syro-phéniciens. J’ai dit à Afec que j’y serais allé. J’y irai. ”

“C’est que… Tu ne te rappelles pas l’autre fois? Giscala est un grand centre de formation rabbinique situé au nord-ouest du Mont Méron, près des ruines de l'antique Hazor. La troupe apostolique s'est fait chasser à coup de pierres par une centaine de rabbins et leurs élèves. L'une d'elles, lancée par Sadoc le scribe, a blessé Jésus à la main. Cf. 5.28.

“Ne crains pas, Simon. Ils ont changé de manière. Pour le moment, ils m’honorent… ”

“Oh! Ils t’aiment alors? ”

“Non, ils me haïssent plus qu’avant. Mais ne pouvant pas m’abattre par la force, ils essaient d’y arriver par leurs ruses. Ils essaient de séduire l’Homme… Et pour séduire, ils se servent des honneurs, même s’ils sont faux. Au contraire… Venez tous près de Moi ” dit-il ensuite aux autres qui avançaient en groupe, voyant que Jésus parlait avec Pierre en particulier.

Ils se réunissent. Jésus dit: “Je disais à Simon - et je le dis à tous, car je n’ai pas de secret pour mes amis - je disais à Simon que ceux qui sont mes ennemis ont changé de manière pour me nuire, mais qu’ils n’ont pas changé de pensée à mon égard. Aussi, de même qu’auparavant ils se servaient de l’insulte et de la menace, maintenant ils se servent des honneurs. Pour Moi, et sûrement aussi pour vous. Soyez forts et sages. Ne vous laissez pas tromper par des paroles mensongères, par des cadeaux, par des séductions. Rappelez-vous ce que dit le Deutéronome: “Les cadeaux aveuglent les yeux des sages et altèrent les paroles des justes Deutéronome 16,19 ”. Rappelez-vous Samson. Il était nazir Consacré à Dieu par vœu. de Dieu, depuis sa naissance, dès le sein de sa mère, qui le conçut et le forma dans l’abstinence par l’ordre de l’ange pour qu’il fût un juste juge d’Israël. Mais tant de bien, où finit-il? Et comment? Et par qui? Et pas autrement que par les honneurs et l’argent, et par des femmes payées dans ce but, sa force fut abattue pour faire le jeu des ennemis Juges, chapitres 13, 14 et 15. ? Maintenant prenez garde, veillez pour n’être pas surpris par le mensonge et pour ne pas servir les ennemis, même inconsciemment. Sachez vous garder libres comme les oiseaux qui préfèrent une nourriture frugale et une branche pour se reposer, plutôt que des cages dorées où la nourriture est abondante et où il y a un nid confortable, mais où le caprice des hommes les retient prisonniers. Pensez que vous êtes mes apôtres, donc serviteurs seulement pour Dieu, comme Moi je suis voué seulement à la Volonté du Père. Ils chercheront à vous séduire, peut-être ils l’ont déjà fait, en vous prenant chacun par votre point faible, car les serviteurs du Mal sont rusés, étant instruits par le Malin. Ne croyez pas à leurs paroles: elles ne sont pas sincères. Si elles l’étaient, je vous dirais tout le premier: “Saluons-les comme nos bons frères”. Au contraire, il faut se défier de leurs actions et prier pour eux pour qu’ils deviennent bons. Moi, je le fais. Je prie pour vous, pour que vous ne soyez pas trompés par cette nouvelle guerre, et pour eux, pour qu’ils cessent d’ourdir des complots contre le Fils de l’homme et d’offenser Dieu son Père. Et vous, imitez-moi. Priez beaucoup l’Esprit-Saint, qu’il vous donne des lumières pour y voir clair et soyez purs si vous voulez l’avoir pour ami. Moi, avant de vous quitter, je veux vous fortifier. Je vous absous si jusqu’à présent vous avez péché. Je vous absous de tout. Soyez bons à l’avenir. Bons, sages, chastes, humbles et fidèles. Que la grâce de mon absolution vous fortifie… Pourquoi pleures-tu, André? Et toi, pourquoi te troubles-tu, mon frère? ”

“Parce que cela me semble un adieu…” dit André.

“Et crois-tu que c’est avec si peu de paroles que je vous saluerais? Ce n’est qu’un conseil pour ces temps. Je vois que vous êtes tous troublés. Cela ne doit pas se produire.

Le trouble trouble la paix. La paix doit toujours être en vous. Vous êtes au service de la Paix et elle vous aime tant qu’elle vous a choisis comme ses premiers serviteurs. Elle vous aime. Vous devez donc penser qu’elle vous aidera toujours, même quand vous serez restés seuls. La Paix c’est Dieu. Si vous êtes fidèles à Dieu, Il sera en vous. Et avec Lui en vous, qu’avez-vous à craindre? Et qui pourra vous séparer de Dieu, si vous ne vous mettez pas dans le cas de le perdre? Seul le péché sépare de Dieu. Mais le reste: tentations, persécutions, mort, même la mort, ne séparent pas de Dieu. Mais elles unissent davantage à Lui, car toute tentation vaincue vous fait monter d’un degré vers le Ciel, car les persécutions vous obtiennent un redoublement d’amour protecteur de Dieu et la mort d’un saint ou d’un martyr n’est qu’une fusion avec le Seigneur Dieu. En vérité je vous dis que, sauf les fils de perdition, aucun de mes grands disciples ne mourra plus avant que j’aie ouvert les portes des Cieux. Aucun donc de mes disciples fidèles ne devra attendre l’embrassement de Dieu après être passé de cet exil ténébreux aux lumières de l’autre vie. Je ne vous le dirais pas si ce n’était pas vrai. Vous voyez. Même aujourd’hui vous avez vu quelqu’un qui, après l’égarement, est revenu sur les chemins de la justice. Il ne faudrait pas pécher, mais Dieu est miséricordieux et Il pardonne à celui qui se repent. Et celui qui se repent peut surpasser même celui qui n’a pas péché, si son repentir est absolu et héroïque la vertu qui succède au repentir. Il sera si doux de se trouver là-haut! Vous voir monter vers Moi et Moi courir à votre rencontre pour vous embrasser, et vous conduire à mon Père en disant: “Voici un des mes bien-aimés. Il m’a toujours aimé et il t’a donc toujours aimé du moment où je lui ai parlé de Toi. Maintenant il est venu. Bénis-le mon Père, et que ta bénédiction soit sa couronne resplendissante”. Mes amis… Amis ici, et amis au Ciel. Ne vous semble-t-il pas que tout sacrifice soit léger pour obtenir cette éternelle joie? Vous êtes rassérénés désormais. Séparons-nous ici. Moi, je monte là-haut et vous soyez bons… Donnons-nous un baiser… ”

Et il les embrasse un par un. Judas pleure en l’embrassant. Il a attendu d’être le dernier, lui qui cherche toujours à être le premier, et il reste enlacé à Jésus, Lui donnant plusieurs baisers et Lui murmurant dans les cheveux près de l’oreille: “Prie, prie, prie pour moi… ”

Ils se séparent. Jésus va vers la colline et les autres poursuivent jusqu’à Corozaïn qui déjà blanchit dans la verdure des arbres.