467 – Parabole de la distribution des eaux. Pardon conditionnel au paysan Jacob. Avertissements aux apôtres sur la route de Chorazeïn
Certainement s’est répandue la nouvelle que le Maître est là et qu’il va parler avant le soir. Les alentours de la maison fourmillent de gens qui parlent tout bas, sachant que le Maître se repose et ne voulant pas l’éveiller, ils attendent patiemment sous les arbres qui les défendent du soleil mais pas de la chaleur qui est encore forte. Il n’y a pas de malades, il me semble du moins, mais comme toujours il y a des enfants, et Anne, pour les tenir tranquilles, fait distribuer des fruits.
Mais Jésus ne dort pas longtemps, et le soleil est encore haut sur l’horizon quand il apparaît, écartant le rideau et souriant à la foule. Il est seul. Les apôtres probablement continuent de dormir. Jésus se dirige vers les gens pour aller se placer du côté de la margelle basse d’un puits qui certainement sert pour arroser les arbres de ce verger, parce que de petits canaux partent en éventail du puits pour s’en aller ensuite à travers les arbres. Il s’assoit sur la margelle basse, et aussitôt il se met à parler.
“Écoutez cette parabole.
Un riche seigneur avait beaucoup de gens, qui dépendaient de lui, disséminés dans de nombreux endroits de ses possessions. Ces dernières n’étaient pas toutes riches en eau et en terres fertiles. Il y avait aussi des endroits qui souffraient du manque d’eau et plus que les lieux c’étaient les personnes qui souffraient, car si le terrain était cultivé avec des plantes qui résistaient à la sécheresse, les gens souffraient beaucoup de la rareté de l’eau. Le riche seigneur avait au contraire, à l’endroit où il habitait, un lac tout plein d’eau où s’écoulaient des sources souterraines.
Un jour le seigneur se décida à faire un voyage à travers ses possessions. Il vit que certaines, les plus proches du lac, avaient de l’eau en abondance; les autres, éloignées, en étaient privées: ils n’avaient que le peu d’eau que Dieu leur envoyait avec les pluies. Il vit aussi que ceux qui avaient de l’eau en abondance n’étaient pas bons avec leurs frères qui manquaient d’eau et ils lésinaient même une seille Seille : seau de bois d’eau s’excusant par la crainte de rester privés d’eau. Le seigneur réfléchit. Il prit une décision: “Je vais dévier les eaux de mon lac vers les plus proches, et je leur donnerai l’ordre de ne plus refuser l’eau à mes serviteurs éloignés et qui souffrent de la sécheresse du sol”.
Il entreprit tout de suite les travaux. Il fit creuser des canaux qui amenaient la bonne eau du lac aux possessions les plus proches où il fit creuser de grandes citernes, de façon que l’eau se réunisse en quantité augmentant ainsi les ressources d’eau qui étaient dans le lieu. De celles-ci, il fit partir des canaux moins importants pour alimenter d’autres citernes plus éloignées. Ensuite il appela ceux qui vivaient dans ces endroits et il leur dit: “Souvenez-vous que ce que j’ai fait, je ne l’ai pas fait pour vous donner le superflu, mais pour favoriser par votre intermédiaire ceux qui manquent même du nécessaire. Soyez donc miséricordieux comme je le suis” et il les congédia.
Il se passa du temps, et le riche seigneur se décida à faire un nouveau voyage à travers toutes ses possessions. Il vit que celles qui étaient les plus proches s’étaient embellies et qu’elles n’étaient pas seulement riches de plantes utiles, mais aussi de plantes ornementales, de bassins, de piscines, de fontaines établis dans leurs maisons un peu partout et dans le voisinage.
“Vous avez fait de ces demeures des maisons de riches” observa le seigneur. “Même moi, je n’ai pas tant de beautés superflues” et il demanda: “Mais les autres viennent? Leur avez-vous donné abondamment? Les petits canaux sont-ils alimentés?”
“Oui, ils ont eu tout ce qu’ils ont demandé. Ils sont même exigeants, ils ne sont jamais contents, ils n’ont ni prudence ni mesure, ils viennent demander à toutes les heures comme si nous étions leurs “serviteurs, et nous devons nous défendre pour protéger ce que nous avons. Ils ne se contentaient plus des canaux et des petites citernes, ils viennent jusqu’aux grandes”.
“Et c’est pour cela que vous avez enclos les propriétés et mis en chacune des chiens féroces?”
“Pour cela, seigneur. Ils entraient sans précautions, ils prétendaient tout nous enlever et abîmaient tout…”
“Mais leur avez-vous réellement donné? Vous savez que c’est pour eux que j’ai fait cela, et que je vous ai faits intermédiaires entre le lac et leurs terres arides? Je ne comprends pas… J’avais fait prendre du lac suffisamment pour qu’il y en ait pour tous, mais sans gaspillage”.
“Et pourtant, crois bien que nous n’avons jamais refusé l’eau”.
Le seigneur se dirigea vers ses possessions plus lointaines. Les grands arbres adaptés à l’aridité du sol étaient verts et feuillus. “Ils ont dit vrai” dit le seigneur en les voyant de loin qui frémissaient au vent. Mais il s’en approcha et vit par dessous le terrain brûlé, presque mortes les herbes que broutaient péniblement des brebis épuisées, envahis par le sable les jardins près des maisons, et puis il vit les premiers cultivateurs, souffrants, l’œil fébrile et humiliés… Ils le regardaient et baissaient la tête en s’éloignant comme s’ils avaient peur.
Étonné de cette attitude, il les appela à lui. Ils s’approchèrent, tremblants. “Que craignez-vous? Ne suis-je plus votre bon seigneur qui a eu soin de vous et qui par des travaux prévoyants vous a soulagé de la pénurie de l’eau? Pourquoi ces visages de malades? Pourquoi ces terres arides? Pourquoi les troupeaux sont-ils si petits? Et pourquoi semblez-vous avoir peur de moi? Parlez sans crainte, dites à votre seigneur ce qui vous fait souffrir”.
Un homme parla au nom de tous. “Seigneur, nous avons eu une grande déception et beaucoup de peine. Tu nous avais promis du secours et nous avons perdu même ce que nous avions auparavant et nous avons perdu l’espoir en toi”.
“Comment? Pourquoi? N’ai-je pas fait venir l’eau en abondance aux plus proches, en leur donnant l’ordre de vous faire profiter de l’abondance?”
“C’est ce que tu as dit? Vraiment?”
“Bien sûr, certainement. Le sol m’empêchait de faire arriver l’eau jusqu’ici directement, mais avec de la bonne volonté, vous pouviez aller aux petits canaux des citernes, y aller avec des outres et des ânes prendre autant d’eau que vous vouliez. N’aviez-vous pas assez d’ânes et d’outres? Et n’étais-je pas là pour vous les donner?”
“Voilà! Moi, je l’avais dit! J’ai dit: ‘Ce ne peut être le seigneur qui a donné l’ordre de refuser l’eau. Si nous étions allés!”
“Nous avons eu peur. Ils nous disaient que l’eau était une récompense pour eux et que nous étions punis”. Et ils racontèrent au bon patron que les fermiers des possessions bénéficiaires leur avaient dit que le seigneur, pour punir les serviteurs des terres arides qui ne savaient pas produire davantage, avait donné l’ordre de mesurer non seulement l’eau des citernes, mais celle des puits primitifs. De cette façon, si auparavant ils en avaient jusqu’à deux cent bâtés par jour pour eux et leurs terres qu’il leur fallait porter péniblement sur un long parcours, ils n’en avaient maintenant que cinquante et, pour avoir cette quantité pour les hommes et pour les animaux, ils devaient aller aux ruisselets voisins des lieux bénis, là où débordait l’eau des jardins et des bains, pour y prendre une eau trouble, et ils mouraient. Ils mouraient de maladie et de soif, et les jardins mouraient et aussi les brebis…
“Oh! c’en est trop! Il faut que cela finisse. Prenez votre mobilier et vos animaux et suivez-moi. Vous allez fatiguer un peu, épuisés comme vous l’êtes, mais ensuite ce sera la paix. J’irai lentement, pour permettre à votre faiblesse de me suivre. Je suis un bon maître, un père pour vous, et je pourvois aux besoins de mes enfants”. Et il se mit lentement en chemin, suivi de la triste foule de ses serviteurs et de leurs animaux tout heureux cependant du réconfort de l’amour de leur bon maître.
Ils arrivèrent aux terres bien pourvues d’eau. En y arrivant, le maître en prit quelques-uns parmi les plus forts et il leur dit: “Allez en mon nom demander de quoi vous désaltérer”.
“Et s’ils lancent les chiens contre nous?”