“Je suis derrière vous, ne craignez pas. Allez dire que je vous envoie et qu’ils ne ferment pas leurs cœurs à la justice parce que toutes les eaux appartiennent à Dieu, et que les hommes sont frères. Qu’ils ouvrent tout de suite les canaux”.

Ils allèrent, et le maître derrière eux. Ils se présentèrent à un portail, et le maître resta caché derrière le mur de clôture. Ils appelèrent. Les fermiers accoururent. “Que voulez-vous?”

“Ayez miséricorde de nous, nous mourons. Le maître nous envoie avec l’ordre de prendre l’eau qu’il a fait venir pour nous. Il dit que c’est Dieu qui lui l’a donnée; et que lui vous l’a donnée pour nous, car nous sommes frères, et il dit d’ouvrir tout de suite les canaux”.

“Ah! Ah!” dirent en riant les cruels. “Des frères, cette troupe de déguenillés? Vous mourez? Tant mieux. Nous prendrons vos terrains, nous y amènerons l’eau. Alors, oui, nous l’amènerons et nous rendrons ces lieux fertiles. L’eau pour vous? Imbéciles! L’eau nous appartient”.

“Pitié, nous mourons. Ouvrez, c’est l’ordre du maître”.

Les fermiers méchants se consultèrent puis ils dirent: “Attendez un moment” et ils s’en allèrent en courant. Puis ils revinrent et ouvrirent, mais ils avaient des chiens et de lourdes matraques… Les pauvres prirent peur. “Entrez, entrez… Vous n’entrez pas maintenant que nous avons ouvert? Ensuite vous direz que nous n’étions pas généreux…” Un imprudent entra et une grêle de coups de bâtons lui tombèrent dessus, pendant que les chiens détachés s’élançaient sur les autres.

Le maître sortit de derrière le mur. “Que faites-vous, cruels? Maintenant je vous connais, vous et vos animaux, et je vous frappe” et il lança des flèches contre les chiens et entra ensuite, sévère et courroucé. “C’est ainsi que vous exécutez mes ordres? C’est pour cela que je vous ai donné ces richesses? Appelez tous les vôtres, je veux vous parler. Et vous” dit-il en s’adressant aux serviteurs assoiffés, “entrez avec vos femmes et vos enfants, vos brebis et vos ânes, vos pigeons et vos autres animaux, buvez, rafraîchissez-vous et cueillez ces fruits juteux, et vous, petits innocents, courez parmi les fleurs. Profitez-en. La justice est dans le cœur du bon maître et la justice sera pour tous”:

Et pendant que les assoiffés couraient aux citernes et se plongeaient dans les piscines, que les bestiaux allaient aux bassins, et que tout était allégresse pour eux, les autres accouraient de tous côtés, craintifs.

Le maître monta sur le bord d’une citerne et il dit: “J’avais fait ces travaux et je vous avais fait dépositaires de mes ordres et de ces trésors, car je vous avais choisis pour être mes ministres. Vous avez échoué dans l’épreuve. Vous paraissiez bons. Vous deviez l’être, car le bien-être devrait rendre bons, reconnaissants envers le bienfaiteur, et je vous avais toujours favorisés en vous donnant la location de ces terres bien arrosées. L’abondance et mon élection vous ont rendus durs, plus arides que les terres que vous avez rendues complètement arides, plus malades que ces assoiffés. Eux en effet, avec l’eau peuvent guérir, alors que vous, avec votre égoïsme, avez brûlé votre esprit qui aura beaucoup de mal à guérir, et c’est bien difficilement que reviendra en vous l’eau de la charité. Maintenant, je vous punis. Allez dans les leurs terres et souffrez ce qu’eux ont souffert”.

“Pitié, Seigneur! Pitié pour nous! Tu veux donc nous y faire périr? Tu as moins de pitié pour nous hommes que nous pour les animaux?”

“Et eux, que sont-ils? Ne sont-ils pas des hommes vos frères? Quelle pitié aviez-vous? Ils vous demandaient de l’eau, vous leur donniez des coups de bâtons et des sarcasmes. Ils vous demandaient ce qui m’appartient et que je vous avais donné, et vous le refusiez en disant que c’était à vous. A qui est l’eau? Je ne dis même pas moi, que l’eau du lac m’appartient bien que le lac m’appartienne. L’eau appartient à Dieu. Qui de vous a créé une seule goutte de rosée? Allez!… Et à vous je dis, à vous qui avez souffert: soyez bons. Faites-leur ce que vous auriez voulu qu’il vous soit fait. Ouvrez les canaux qu’eux ont fermés et faites-leur couler l’eau dès que vous le pourrez. Je vous fais mes distributeurs pour ces frères coupables auxquels je laisse la possibilité et le temps de se racheter. Et c’est le Seigneur Très-Haut, plutôt que moi, qui vous confie la richesse de ses eaux pour que vous deveniez la providence de ceux qui en manquent. Si vous savez le faire avec amour et justice, en vous contentant du nécessaire, en donnant le superflu aux malheureux, en étant justes, en n’appelant pas vôtre ce qui est don reçu et plutôt don confié, grande sera votre paix, et l’amour de Dieu et le mien seront toujours avec vous”.

La parabole est finie, et tout le monde peut la comprendre.

Je vous dis seulement que celui qui est riche est le dépositaire de la richesse que Dieu lui accorde avec l’ordre d’en être le distributeur pour ceux qui souffrent. Réfléchissez à l’honneur que Dieu vous fait en vous appelant à collaborer à l’œuvre de la Providence en faveur des pauvres, des malades, des veuves, des orphelins. Dieu pourrait faire pleuvoir de l’argent, des vêtements, des vivres sur les pas des pauvres. Mais alors il enlèverait au riche de grands mérites: ceux de la charité envers les frères. Tous les riches ne peuvent être savants, mais tous peuvent être bons. Tous les riches ne peuvent soigner les malades, ensevelir les morts, visiter les malades et les prisonniers. Mais tous les riches, ou même simplement ceux qui ne sont pas pauvres, peuvent donner un pain, une gorgée d’eau, un vêtement qu’on ne porte plus, accueillir près du feu celui qui tremble de froid, sous son toit celui qui n’a pas de maison, et qui est sous la pluie ou en plein soleil. Le pauvre, c’est celui qui manque du nécessaire pour vivre. Les autres ne sont pas pauvres, ils ont des moyens limités, mais ils sont toujours riches par rapport à ceux qui meurent de faim, de privations, de froid.

Je m’en vais. Je ne puis faire de bien aux pauvres de ces parages. Et mon cœur souffre en pensant qu’ils perdent un ami… Eh bien, Moi qui vous parle, et vous savez qui je suis, je vous demande d’être la providence des pauvres qui restent sans leur Ami miséricordieux. Faites l’aumône, et aimez-les en mon nom, en souvenir de Moi… Soyez mes continuateurs. Soulagez par cette promesse mon cœur accablé: que dans les pauvres, vous me verrez toujours, et que vous les accueillerez comme les plus vrais représentants du Christ qui est pauvre, qui a voulu être pauvre pour l’amour de ceux qui sont les plus malheureux sur la Terre, et pour expier par ses privations et son poignant amour les prodigalités injustes et les égoïsmes des hommes.

Souvenez-vous!

La charité, la miséricorde est récompensée éternellement. Souvenez-vous! La charité, la miséricorde est l’absolution des fautes. Dieu pardonne beaucoup à celui qui aime, et l’amour pour les indigents qui ne peuvent rien donner en échange est l’amour le plus méritoire aux yeux de Dieu. Rappelez-vous les paroles que je vous dis jusqu’à la fin de la vie et vous serez sauvés et bienheureux dans le royaume de Dieu.

Que ma bénédiction descende sur ceux qui reçoivent la parole du Seigneur et la font action. ”

Les apôtres et Margziam avec les disciples sont sortis tout doucement de la maison pendant qu’il parlait et ils forment un groupe compact derrière les gens. Mais ils s’avancent quand Jésus a fini de parler et recueillent en passant l’obole de ceux qui l’offrent et ils apportent l’argent à Jésus.

Derrière eux s’insinue un homme souffreteux qui a bien pauvre mine. Il avance la tête si penchée que je ne puis voir son visage. Il va aux pieds de Jésus et en se battant la poitrine, il gémit: “J’ai péché, Seigneur, et tu m’as puni. Je l’ai mérité, mais donne-moi au moins ton pardon avant de partir. Aie pitié de Jacob le pécheur! ” Il lève le visage, et je reconnais, plutôt parce qu’il se nomme que par son aspect ravagé, le paysan favorisé une fois, puni une autre fois à cause de sa dureté envers les deux orphelins.

“Mon pardon! Tu voulais guérir de cela autrefois, et tu t’inquiétais parce que ton grain était abîmé. Eux ont semé pour toi. Es-tu sans pain, par hasard? ”

“J’en ai suffisamment. ”

“Et n’est-ce pas peut-être du pardon? ” Jésus est très sévère.

“Non, je voudrais mourir de faim, mais sentir que mon âme est en paix. Avec le peu que j’avais, j’ai essayé de réparer… J’ai prié et pleuré… Mais Toi seul peut pardonner et donner la paix à mon esprit. Seigneur, je ne te demande que le pardon… ”

Jésus le regarde fixement… Il lui fait lever le visage, que l’homme a baissé, et il le sonde de ses yeux splendides en restant un peu penché sur lui… Puis il dit: “Va, tu auras ou n’auras pas le pardon selon la façon dont tu vivras dans le temps qui te reste. ”

“Oh! mon Seigneur, pas ainsi! Tu as pardonné à des fautes plus grandes… ”