“Nous avons besoin d’un pur.”

“D’un vrai roi.”

“D’un saint.”

“D’un Rédempteur. Nous sommes, de plus en plus, esclaves de tout et de tous. Défends-nous, Seigneur!”

“Dans le monde, nous sommes piétinés car, malgré notre nombre et notre richesse, nous sommes comme des brebis sans berger. Appelle au rassemblement par le vieux cri: “À tes tentes, ô Israël!” et de tous les points de la Diaspora comme une levée de troupes surgiront tes sujets pour renverser les trônes vacillants des puissants qui ne sont pas aimés de Dieu.”

Jésus se tait toujours. Lui seul est assis, calme comme s’il ne s’agissait pas de Lui au milieu de cette quarantaine de forcenés. Je me rappelle à peine un dixième de leurs raisons car ils parlent tous ensemble comme dans la confusion d’un marché. Lui garde son attitude et continue de se taire.

Tous crient: “Dis un mot! Réponds!”

Jésus se lève lentement, en appuyant ses mains sur le bord de la table. Il se fait un silence profond. Brûlé par le feu de quatre-vingt pupilles, il ouvre les lèvres, et les autres les ouvrent comme pour aspirer sa réponse, et la réponse est brève mais nette: “Non.”

“Mais comment? Mais pourquoi? Tu nous trahis? Tu trahis ton peuple! Il renie sa mission! Il repousse l’ordre de Dieu!…”

C’est un vacarme! Un tumulte! Les visages deviennent cramoisis, les yeux s’enflamment, les mains semblent menacer… Plutôt que des fidèles, ils semblent des ennemis. Mais c’est ainsi:

quand une idée politique domine les cœurs, même ceux qui sont doux deviennent des fauves pour ceux qui s’opposent à leurs idées.

464.8 – Au tumulte succède un étrange silence. Il semble qu’après avoir épuisé leurs forces ils se sentent épuisés, à bout. Ils se regardent en s’interrogeant, désolés… certains fâchés…

Jésus promène son regard tout autour. Il dit:

“Je savais que c’était pour cela que vous me vouliez ici. Et je savais l’inutilité de votre démarche. Kouza peut dire que je l’ai dit à Tarichée. Je suis venu pour vous montrer que je ne crains aucune embûche, parce que ce n’est pas mon heure, et je ne la craindrai pas quand l’heure de l’embûche sera venue pour Moi, car c’est pour cela que je suis venu. Et je suis venu pour vous persuader. Vous, non pas tous, mais plusieurs d’entre vous, êtes de bonne foi. Mais je dois corriger l’erreur dans laquelle, de bonne foi, vous êtes tombés. Vous voyez?

Je ne vous fais pas de reproches. Je n’en fais à personne, pas même à ceux qui, étant mes disciples fidèles, devraient être conduits par la justice et régler leurs propres passions avec justice. Je ne te fais pas de reproches, juste Timon, mais je te dis qu’au fond de ton amour qui veut m’honorer, il y a encore ton moi qui s’agite et rêve d’un temps meilleur, où tu pourras voir frappés ceux qui te frappèrent. Je ne te fais pas de reproches, Manahen, bien que tu montres que tu as oublié la sagesse et l’exemple tout spirituels que tu avais de Moi, et auparavant du Baptiste, mais je te dis qu’en toi aussi se trouve une racine d’humanité qui renaît après l’incendie de mon amour. Je ne te fais pas de reproches, Eléazar, homme juste tant pour la vieille femme qu’on t’a laissée, juste toujours, mais pas maintenant. Et je ne te fais pas de reproches, Kouza, bien que je devrais le faire parce qu’en toi, plus qu’en tous ceux qui de bonne foi veulent me faire roi, est vivant ton moi. Roi, oui, tu veux que je le sois. Il n’y a pas de piège dans ta parole. Tu ne viens pas pour me prendre en faute, pour me dénoncer au Sanhédrin, au roi, à Rome. Mais plus que par amour - tu crois n’agir que par amour, mais cela n’est pas - plus que par amour, tu agis pour te venger des offenses qui te sont venues du palais royal. Je suis ton hôte et je devrais taire la vérité sur tes sentiments, mais je suis la Vérité en toutes choses, et je parle pour ton bien.

Et il en est ainsi de toi, Joachim de Bozra, et de toi, scribe Jean, et de toi aussi, et de toi, et de toi, et de toi.” Il montre celui-ci, celui-là, sans rancœur, mais avec tristesse… et il continue: “Je ne vous fais pas de reproches, car je sais que ce n’est pas vous qui voulez cela, spontanément. C’est l’Embûche, c’est l’Adversaire qui travaille et vous… vous êtes, sans le savoir, vous êtes des instruments entre ses mains. Même l’amour, même de votre amour, ô Timon, ô Manahen, ô Joachim, ô vous qui réellement m’aimez, même de votre vénération, ô vous qui pressentez en Moi le Rabbi parfait, même de cela, lui, le Maudit, se sert pour nuire et me nuire. Mais Moi, je vous dis à vous et à ceux qui n’ont pas vos sentiments, et qui avec des buts qui descendent de plus en plus bas jusqu’à la trahison et au crime voudraient que j’accepte d’être roi, je dis: Non. Mon Royaume n’est pas de ce monde. Venez à Moi, pour que j’établisse mon Royaume en vous, rien d’autre.

464.9 – Et maintenant, laissez-moi partir.”

“Non, Seigneur, nous sommes bien décidés. Nous avons déjà mis en mouvement nos richesses, préparé des plans, nous avons décidé de sortir de cette incertitude qui entretient l’inquiétude d’Israël et de laquelle profitent les autres pour lui nuire. On te dresse des embûches, c’est vrai. Tu as des ennemis au Temple lui-même. Moi, l’un des Anciens, je ne le nie pas, mais pour y mettre fin, voilà ce qu’il faut: ton onction. Et nous sommes tout disposés à te la donner. Ce n’est pas la première fois qu’en Israël quelqu’un est ainsi proclamé roi, pour mettre fin aux malheurs de la nation et aux discordes. Il y a ici quelqu’un qui, au nom de Dieu, peut le faire. Laisse-nous faire” dit un des prêtres.

“Non! Cela ne vous est pas permis. Vous n’en avez pas l’autorité.”

“Le Grand Prêtre est le premier à le vouloir, même s’il ne semble pas. Il ne peut plus tolérer la situation actuelle de la domination romaine et le scandale royal.”

“Ne mens pas, prêtre. Sur tes lèvres le blasphème est doublement impur. Peut-être tu ne le sais pas et tu te trompes, mais au Temple, on ne le veut pas.”

“Tu prends donc pour un. mensonge notre affirmation?”

“Oui, sinon pour vous tous, pour beaucoup d’entre vous. Ne mentez pas. Je suis la Lumière et j’éclaire les cœurs…”

“Nous, tu peux nous croire” crient les hérodiens.

“Nous n’aimons pas Hérode Antipas ni aucun autre.”