“Comme tu veux, Seigneur. J’aurais voulu te garder jusqu’à demain à l’aurore…”

“Je ne puis. Je dois aller…”

Kouza sort en s’inclinant…

On entend de nombreux chuchotements…

Il se passe un certain temps. Le serviteur revient avec le vêtement de lin, tout frais lavé, parfumé de soleil, et avec les sandales nettoyées et bien graissées toutes brillantes et assouplies. Un autre le suit.avec un bassin, une amphore et des essuie-mains, et dépose le tout sur une table basse. Ils sortent…

464.5 – … Jésus rejoint les hôtes dans l’atrium qui divise la maison du nord au sud, formant un lieu aéré et agréable, pourvu de sièges et orné de rideaux légers, multicolores, qui modifient la lumière sans gêner l’aération. Maintenant, tirés de côté, ils laissent voir le cadre de verdure qui entoure la maison.

Jésus est imposant. Bien qu’il n’ait pas dormi, il semble avoir pris des forces et sa démarche est celle d’un roi. Le lin du vêtement qu’il vient de mettre est très blanc et les cheveux, rendus lumineux par le bain du matin, brillent avec délicatesse, encadrant le visage de leur couleur dorée.

“Viens, Maître. Nous n’attendions que Toi” dit Kouza.

Et il le conduit le premier dans la pièce où sont les tables.

On s’assoit après la prière et une ablution supplémentaire pour les mains, et le repas commence, pompeux comme toujours, et silencieux au début. Puis la glace se rompt.

Jésus est voisin de Kouza, et de l’autre côté se trouve Manahen avec comme compagnon Timon. Les autres sont placés par Kouza, avec son savoir-faire de courtisan, sur les côtés de la table en forme de U.

Seul l’essénien a refusé obstinément de prendre part au banquet et de s’asseoir à la table commune avec les autres. Ce n’est que lorsque un serviteur, sur l’ordre de Kouza, lui offre un petit panier précieux rempli de fruits, qu’il accepte de s’asseoir devant une table basse, après je ne sais combien d’ablutions, et après avoir relevé les larges manches de son vêtement blanc par crainte de les tacher ou pour suivre un rite, je ne sais.

C’est un banquet bizarre où l’on communique plus par les regards que par les discours. Tout juste de brèves phrases de politesse et l’on s’étudie réciproquement: Jésus étudie les convives et eux l’étudient.

464.6 – Enfin Kouza fait signe aux serviteurs de se retirer après avoir apporté de grands plateaux de fruits qui sont frais pour avoir peut-être été conservés dans le puits, très beaux, je dirais presque glacés, avec ce givre qui caractérise les fruits conservés dans la glace.

Les serviteurs sortent après avoir aussi allumé les lampes, inutiles pour l’instant car il fait encore clair dans le long crépuscule d’été.

“Maître, commence Kouza, tu dois t’être demandé le pourquoi de cette réunion et du silence que nous observons. Mais ce que nous devons te dire est très grave et ne doit pas être entendu par des oreilles imprudentes. Maintenant nous sommes seuls et nous pouvons parler. Tu le vois, tous ont pour Toi le plus grand respect. Tu es parmi des hommes qui te vénèrent comme Homme et comme Messie. Ta justice, ta sagesse, les dons dont Dieu t’a donné la maîtrise. nous sont connus et nous les admirons. Tu es pour nous le Messie d’Israël, le Messie selon l’idée spirituelle et selon l’idée politique. Tu es l’Attendu qui doit mettre fin à la douleur, à l’humiliation de tout un peuple, et non seulement de ce peuple renfermé dans les confins d’Israël, ou plutôt de la Palestine, mais pour le peuple d’Israël tout entier, des milliers et des milliers de colonies de la Diaspora répandues par toute la Terre, et qui font retentir le nom de Jéhovah sous tous les cieux et qui font connaître les promesses et les espérances, qui maintenant se réalisent, d’un Messie restaurateur, d’un Vengeur, d’un Libérateur et créateur de l’indépendance véritable et de la Patrie d’Israël, c’est-à-dire de la Patrie la plus grande qui soit au monde, la Patrie: reine et dominatrice, qui annule tout souvenir du passé et tout signe vivant d’esclavage, l’Hébraïsme qui triomphe sur tout et sur tous, et pour toujours, parce qu’ainsi il a été dit et qu’ainsi la chose s’accomplit.

Seigneur, ici, devant Toi, tu as Israël tout entier dans les représentants des différentes classes de ce peuple éternel, châtié par le Très-Haut mais bien-aimé de Lui qui le proclame “sien”. Tu as le cœur vivant et sain d’Israël avec les membres du Sanhédrin et les prêtres, tu as la puissance et la sainteté avec les pharisiens et les sadducéens, tu as la sagesse avec les scribes et les rabbis, tu as la politique et la valeur avec les hérodiens, tu as la richesse avec ceux qui sont fortunés, le peuple avec les marchands et les propriétaires, tu as la Diaspora avec les prosélytes, tu as jusqu’à ceux qui sont séparés et qui maintenant sont prêts à se réunir, parce qu’ils voient en Toi l’Attendu: les esséniens, les esséniens irréconciliables.

Regarde, ô Seigneur, ce premier prodige, ce grand signe de ta mission, de ta vérité. Toi, sans violence, sans moyens, sans serviteurs, sans soldats, sans épées, tu rassembles tout ton peuple comme une citerne rassemble les eaux de mille sources. Toi, presque sans paroles, sans, absolument sans ordres, tu nous réunis, nous, peuple divisé par les malheurs, les haines, des idées politiques et religieuses et tu nous réconcilies. O Prince de la Paix, réjouis-toi d’avoir racheté et restauré avant même d’avoir pris le sceptre et la couronne. Ton Royaume, le Royaume attendu d’Israël est né. Nos richesses, nos puissances, nos épées, sont à tes pieds. Parle! Commande! L’heure est venue.”

464.7 – Tous approuvent le discours de Kouza. Jésus, les bras croisés, se tait.

“Tu ne parles pas? Tu ne réponds pas, ô Seigneur? Peut-être la chose t’a étonné… Peut-être tu sens que tu n’es pas préparé et tu doutes surtout qu’Israël soit préparé… Mais il n’en est pas ainsi. Écoute nos voix. Je parle, et avec moi Manahen, pour le palais royal. Il ne mérite plus d’exister. C’est l’opprobre et la pourriture d’Israël. C’est la tyrannie honteuse qui opprime le peuple et s’abaisse servilement pour flatter l’usurpateur. Son heure est venue. Lève-toi, ô Étoile de Jacob, et mets en fuite ce chœur de crimes et de hontes. Ici sont ceux qui, appelés hérodiens, sont les ennemis des profanateurs du nom des Hérodes, sacré pour eux. À vous la parole.”

“Maître, je suis âgé et je me rappelle ce qu’était la splendeur d’autrefois. Comme le nom héros donné à une charogne puante, tel est le nom d’Hérode porté par des descendants dégénérés qui avilissent notre peuple. C’est le moment de répéter le geste qu’a fait plusieurs fois Israël quand des monarques indignes régnaient sur les souffrances du peuple. Toi seul es digne de faire ce geste.”

Jésus se tait.

“Maître, te semble-t-il que l’on puisse douter? Nous avons scruté les Écritures: tu es celui-ci, tu dois régner” dit un scribe.

“Tu dois être Roi et Prêtre. Nouveau Néhémie, plus grand que lui, tu dois venir et purifier. Échanson du roi de Perse Artaxerxès/ Il obtint de lui d'aller reconstruire les remparts de Jérusalem. Après Esdras, il entreprit une restauration du culte et le redressement de Jérusalem. L’autel est profané. Que le zèle du Très-Haut te presse” dit un prêtre.

“Beaucoup d’entre nous t’ont combattu. Ceux qui craignent ton règne sage, mais le peuple est avec Toi, et les meilleurs de nous avec le peuple. Nous avons besoin d’un sage.”