“Assez! Assez! Tu me dis des grands noms, mais qui ne me disent rien, sauf deux… et moi, je vais venir aussi…”
“Non, c’est avec le Maître qu’ils veulent parler…”
“Ils veulent! Et qui sont-ils? Ils veulent?! Et moi, je ne veux pas. Embarque ici, Maître, et partons. Moi, je ne veux entendre parler de personne, je ne me fie qu’à moi-même, moi. Allons, Maître. Et toi va en paix dire à ces gens que nous ne sommes pas des vagabonds, qu’ils savent où nous trouver.”
Et il pousse Jésus avec peu d’égards, pendant que Kouza proteste à haute voix.
463.11 - Jésus décide définitivement:
“Ne crains pas, Simon. Il ne m’arrivera aucun mal. Je le sais, et il est bien que j’y aille. Cela est bon pour Moi. Comprends-moi…” et il le fixe de ses yeux splendides comme pour lui dire: “N’insiste pas, comprends-moi. Il y a des raisons qui me conseillent d’y aller.”
Simon cède à contrecœur, mais il cède comme subjugué… Cependant il murmure entre ses dents, mécontent.
“Pars tranquille, Simon. Moi-même je ramènerai mon Seigneur et le tien” promet Kouza.
“Quand?”
“Demain.”
“Demain?! Il faut tant de temps pour dire deux mots? Nous sommes entre tierce et sexte… Avant le soir, s’il n’est pas avec nous, nous venons chez toi, ne l’oublie pas. Et pas nous seuls…”
Et il le dit sur un ton qui ne laisse pas de doute sur ses intentions.
Jésus met la main sur l’épaule de Pierre.
“Je te dis, Simon, qu’ils ne me feront pas de mal. Montre que tu crois en ma vraie nature. C’est Moi qui te le dis. Je sais. Ils ne me feront rien. Ils veulent seulement s’expliquer avec Moi… Va… Conduis la femme à Tibériade, arrête-toi aussi chez Jeanne. Tu pourras voir qu’ils ne m’enlèvent pas avec des barques et des soldats…”
“Bon, mais sa maison, (et il montre Kouza) je la connais. Je sais qu’en arrière, il y a la terre, ce n’est pas une île. En arrière il y a Galgala et Gamla, Aéra, Arbel, Gerasa, Bozra, et Pella et Ramot et combien d’autres villes!…”
“Mais, ne crains pas, te dis-je! Obéis. Donne-moi un baiser, Simon. Va! Et à vous aussi”
Il les embrasse et les bénit. Quand il voit la barque s’éloigner, il leur crie:
“Ce n’est pas mon heure. Et tant que ce n’est pas mon heure, rien ni personne ne pourra lever la main sur Moi. Adieu, amis.”
Il se tourne vers Jeanne qui paraît visiblement troublée et pensive, et il lui dit:
“Ne crains pas. Il est bien que cela arrive. Va en paix.”
Et à Kouza:
“Allons. Pour te montrer que je n’ai pas peur, et pour te guérir…”
“Je ne suis pas malade, Seigneur…”
“Tu l’es. C’est Moi qui te le dis. Et plusieurs avec toi. Allons.”
Il monte dans la barque légère et luxueuse et s’y assoit. Les rameurs commencent le trajet sur les eaux tranquilles en faisant un détour pour échapper au courant qui est sensible là, au bout du lac, à l’endroit où ses eaux débouchent dans le fleuve.