Il lève son bras et essuie sa joue sans protester. Non seulement cela, mais d’un geste il arrête Kouza et quelques autres qui voudraient réagir en sa faveur, et il dit:

“Laissez-les faire. Pour sauver une âme, je souffrirais bien davantage! Je pardonne!”

Zénon, celui d’Antioche, qui ne s’était jamais éloigné du Maître, s’écrie:

“Maintenant, vraiment, je sais qui tu es! Un vrai Dieu et non pas un faux rhéteur! La grecque a dit la vérité! Tes paroles aux Thermes m’avaient déçu. Celles-ci m’ont conquis. Le miracle m’a étonné. Ton pardon des offenses m’a conquis. Adieu, Seigneur! Je penserai à Toi et je réfléchirai à tes paroles.”

“Adieu, homme. Que la Lumière éclaire ton cœur.”

463.10 - Kouza insiste de nouveau pendant qu’ils vont vers le quai et que sur la digue se produit une bagarre entre romains et grecs d’un côté et Israélites de l’autre.

“Viens, pour quelques heures seulement. C’est nécessaire. Je te reconduirai moi-même. Tu es bienveillant pour les prostituées, et tu veux être inexorable avec nous?”

“C’est bien. Je viendrai. En fait, c’est nécessaire…”

Il se retourne vers les apôtres qui sont déjà dans les barques:

“Allez en avant, je vous rejoindrai…”

“Tu vas seul?” demande Pierre peu content.

“Je suis avec Kouza…”

“Hum! Et nous, on ne peut pas venir? Pourquoi veut-il t’avoir avec ses amis? Pourquoi n’est-il pas venu à Capharnaüm?”

“Nous y sommes venus. Vous n’y étiez pas” rétorque Kouza.

“Vous n’aviez qu’à nous attendre. Voilà tout!”

“Au contraire, nous sommes venus sur vos traces.”

“Venez maintenant à Capharnaüm. Est-ce le Maître qui doit aller chez vous?”

“Simon a raison” disent les autres apôtres.

“Mais pourquoi ne voulez-vous pas qu’il vienne avec moi? Est-ce par hasard la première fois qu’il vient dans ma maison? Est-ce que par hasard vous ne me connaissez pas?”

“Bien sûr que nous te connaissons. Mais nous ne connaissons pas les autres, voilà.”

“Et que craignez-vous? Que je sois ami des ennemis du Maître?”

“Je ne sais rien, moi! Je me souviens de la fin du prophète Jean, moi!”

“Simon! Tu m’offenses. Je suis un homme d’honneur. Je te jure qu’avant qu’on enlève un cheveu au Maître, je me ferais transpercer. Tu dois me croire! Mon épée est à ton service…”

“Hé!… Qu’ils te transpercent, toi… À quoi cela servirait-il? Après… Oui, je le crois, je te crois… Mais toi une fois mort, ce serait son tour. Je préfère ma rame à ton épée, ma pauvre barque, et surtout nos simples cœurs à son service.”

“Mais j’ai avec moi Manahen. As-tu confiance en Manahen? Et le pharisien Éléazar, que tu connais, et le chef de synagogue Timon, et Nathanaël ben Fada. Tu ne le connais pas lui. Mais c’est un chef important, et il veut parler avec le Maître. Et il y a Jean, surnommé l’Antipa d’Antipatride, favori d’Hérode le Grand, maintenant âgé et puissant, propriétaire de toute la vallée de Gahas, et…”