463 – À Tarichée, discours sur la nature du royaume messianique et conversion d’une prostituée. Jésus cède à une invitation de Kouza, malgré l’opposition de Pierre

27 juillet 1946

Le samedi 27 juillet 1946.

463.1 - La petite péninsule de Tarichée s’avance dans le lac en formant une anse profonde au sud-ouest, ainsi il n’est pas inexact de dire que, plutôt qu’une péninsule, c’est un isthme entouré d’eau sur presque tout son pourtour, et qui reste réuni à la terre par une sorte de couloir. C’était du moins ainsi au temps de Jésus, à l’époque où je la vois. Je ne sais pas si par la suite, au cours de vingt siècles, les sables et les graviers charriés par un petit torrent, qui débouche juste dans l’anse au sud-ouest, ont pu modifier l’aspect de l’endroit en ensablant la petite baie et en élargissant par conséquent la langue de terre de l’isthme.

La baie est tranquille, azurine, avec des bandes couleur de jade là où se reflète les feuillages verts des arbres qui s’avancent de la côte vers le lac. Des barques nombreuses se balancent légèrement sur les eaux presque calmes.

Ce qui me frappe, c’est une digue bizarre: avec ses arches qui reposent sur les graviers de la rive, elle forme une sorte de promenade, un môle, que sais-je, qui se dirige vers l’ouest. Je ne comprends pas si on l’a faite pour orner, ou pour quelque but utile qui m’échappe. Ce passage, digue ou môle, est recouvert d’une épaisse couche de terre où sont plantés des arbres très rapprochés, plutôt petits, qui forment une galerie verte au-dessus de la route. Beaucoup de gens passent le temps sous cette galerie bruissante à laquelle la brise, les eaux et les frondaisons apportent l’agrément appréciable de la fraîcheur.

On voit nettement l’embouchure du Jourdain et l’écoulement des eaux du lac dans le lit du fleuve qui fait quelques tourbillons, quelques engorgements près des piles d’un pont, je dirais romain à cause de son architecture qui repose sur des piles robustes, construites en taille-mer (je ne sais si je m’explique bien, je veux dire comme ceci: )

contre les arêtes desquelles le courant vient se briser avec tout un jeu nacré de lumières, sous le soleil qui les frappe à l’endroit où les eaux se brisent et débordent pour s’écouler dans la gorge du fleuve, encaissé, après s’être étendues à leur aise dans le lac. Presque au bout du pont, sur l’autre rive, une petite ville toute blanche, dont les maisons sont éparses dans la verdure d’une campagne fertile Guerguesa. , et plus en haut vers le nord, mais sur la côte orientale du lac, le bourg qui précède Hippos EnGev. et les bois qui s’élèvent sur la falaise, au-delà desquels se trouve Gamla, bien visible au sommet de sa colline.

Une foule de gens ont suivi Jésus depuis Emmaüs et elle s’est augmentée de ceux qui déjà l’attendaient à Tarichée. Parmi eux, Jeanne venue avec sa barque. Jésus se dirige justement vers la digue plantée d’arbres et il s’arrête au milieu, sur la droite les eaux du lac, sur la gauche la plage. Les gens qui le peuvent se placent sur la route ombragée, ceux qui n’y trouvent pas place descendent sur la plage, encore un peu humide à cause de la forte marée nocturne ou pour quelque autre raison, et ombragée en partie par les arbres de la digue. D’autres font accoster les barques et y prennent place à l’ombre des voiles.

463.2 - Jésus fait signe qu’il va parler, et tout le monde se tait.

“Il est dit: “Tu t’es mû pour sauver ton peuple, pour le sauver grâce à ton Christ Habacuc 3,13. La Vulgate employait le mot Christ (in salutem cum christo tuo), là où la Nouvelle Vulgate emploie le mot messie. Le texte italien est conforme à l'ancienne Vulgate : per salvarlo col tuo Cristo. ”. Il est dit: “Et je me réjouirai dans le Seigneur et j’exulterai en Dieu, mon Sauveur Habacuc 3,18. La Vulgate employait le mot Jésus (exsultabo in Deo Jesu meo), là où la Nouvelle Vulgate emploie le mot Sauveur. Le texte italien est conforme à l'ancienne Vulgate : ed esulterò in Dio mio Gesù. ”.

Le peuple d’Israël a pris pour lui cette parole et lui a donné un sens national, personnel, égoïste, qui ne correspond pas à la vérité sur la personne du Messie. Il lui a donné un sens étroit qui abaisse la grandeur de l’idée messianique au niveau d’une manifestation de puissance humaine et d’un écrasement des conquérants trouvés en Israël, par le Christ.

Mais la vérité est différente. Elle est grande, illimitée. Elle vient du Dieu vrai, du Créateur et Seigneur du Ciel et de la Terre, du Créateur de l’Humanité, de Celui qui a multiplié les astres dans le firmament et a couvert la Terre de plantes de toutes espèces, et l’a peuplée d’animaux; comme Il a mis les poissons dans les eaux, et les oiseaux dans l’air, de la même façon Il a multiplié les enfants des hommes, de l’homme créé par Lui, pour être le roi de la création et sa créature de prédilection.

Maintenant, comment pourrait-il, le Seigneur, Père du genre humain tout entier, être injuste pour ses enfants, de ses enfants, des enfants de ceux qui sont nés de l’Homme et de la Femme, formés par Lui avec comme matière la terre, et avec l’âme, son divin souffle? Et comment traiter les uns d’une manière différente des autres, comme s’ils ne venaient pas d’une source unique, comme si non pas de Lui, mais de quelque autre être surnaturel et antagoniste, il avait été créé d’autres branches, et par conséquent seraient étrangers, bâtards, méprisables?

Le vrai Dieu n’est pas un pauvre dieu de tel ou tel peuple, une idole, une figure irréelle. Il est la Réalité sublime, Il est la Réalité universelle, Il est l’Être Unique, Suprême, Créateur de toutes les choses et de tous les hommes. Il est donc le Dieu de tous les hommes. Il les connaît, même si eux ne le connaissent pas. Il les aime, même si eux, faute de le connaître ne l’aiment pas, ou si le connaissant mal ils l’aiment mal, ou si le connaissant ils ne savent pas l’aimer.

La paternité ne cesse pas quand un enfant est ignorant, sot ou mauvais. Le père s’efforce d’instruire son enfant, car l’instruire c’est de l’amour. Le père peine pour rendre moins sot son enfant déficient.

Le père, par ses larmes, par son indulgence, par des châtiments salutaires, par des pardons miséricordieux, essaie de corriger son enfant mauvais et de le rendre bon. C’est ce que fait l’homme-père. Et le Dieu-Père serait-il par hasard inférieur à l’homme-père? Voilà alors que le Dieu-Père aime tous les hommes et veut leur salut. Lui, Roi d’un Royaume infini, Roi éternel, regarde son peuple, formé de tous les peuples répandus sur la Terre et Il dit: “Voilà le peuple de ceux que J’ai créés, le peuple qui doit être sauvé par mon Christ. Voilà le peuple pour lequel a été créé le Royaume des Cieux. Et voici l’heure de le sauver par le Sauveur”.

463.3 - Qui est le Christ? Qui est le Sauveur? Qui est le Messie? Nombreux sont les grecs présents ici, et nombreux sont ceux, même s’ils ne sont pas grecs, qui savent ce que veut dire le mot “Christ”. Le Christ est le consacré, celui qui a été oint de l’huile royale pour accomplir sa mission. Consacré pour quoi? Serait-ce pour la gloire mesquine d’un trône? Serait-ce pour celle plus grande d’un sacerdoce? Non. Consacré pour réunir sous un sceptre unique, en un peuple unique, sous une doctrine unique, tous les hommes, pour qu’ils soient frères entre eux, et enfants d’un unique Père, des enfants qui connaissent le Père, et qui suivent sa Loi pour prendre part à son Royaume.

Roi, au nom du Père qui l’a envoyé, le Christ règne comme il convient à sa nature, c’est-à-dire divinement, parce que de Dieu. Dieu a mis toute chose pour servir de marchepied à son Christ, mais non pour accabler, mais bien pour sauver tous les hommes. En fait, son nom est Jésus, qui en langue hébraïque signifie Sauveur. Quand le Sauveur aura sauvé des embûches et de la blessure la plus cruelle, il aura sous ses pieds une montagne et une multitude de toutes races couvrira la montagne, pour symboliser que Lui règne et s’élève au-dessus de la Terre entière et au-dessus de tous les peuples.

Mais le Roi sera nu, sans autre richesse que son Sacrifice, pour symboliser que Lui ne tend qu’aux choses de l’esprit et que les choses de l’esprit se conquièrent et se rachètent avec les valeurs de l’esprit et l’héroïsme du sacrifice et non par la violence et l’or. Il le sera pour répondre - à ceux qui le craignent, comme à ceux qui par un amour faux l’exaltent ou le rabaissent en voulant en faire un roi selon le monde, comme à ceux qui le haïssent sans autre raison que la crainte d’être dépouillés de ce qui leur est cher - qu’il est un Roi spirituel, cela seulement, envoyé pour enseigner aux esprits le moyen de conquérir le Royaume, l’unique Royaume que je suis venu fonder.

Moi, je ne donne pas de lois nouvelles. Pour les Israélites, je confirme la Loi du Sinaï. Je dis aux gentils: la loi pour posséder le Royaume n’est autre chose que la loi de la vertu que toute créature morale s’impose en s’élevant par elle-même et qui, grâce à la foi au Dieu vrai, devient de loi morale et de vertu humaine, une loi de morale surhumaine.

463.4 - O gentils! Vous avez l’habitude de proclamer dieux les grands hommes de vos nations et vous les rangez parmi les troupes des dieux nombreux et irréels dont vous peuplez l’Olympe. Vous vous êtes créés tous ces dieux pour avoir quelque chose à quoi vous puissiez croire, car la religion,

une religion est nécessaire à l’homme, comme est nécessaire une foi, la foi étant l’état permanent de l’homme, et l’incrédulité un accident anormal.

Et ce n’est pas toujours que ces hommes élevés au rang de dieux ont une valeur même simplement humaine, car leur grandeur vient ou de la force brutale, ou de leurs astuces puissantes, ou bien encore d’une puissance acquise d’une façon quelconque. De sorte qu’ils emmènent avec eux, comme qualités surhumaines, des misères que l’homme sage voit pour ce qu’elles sont: pourritures de passions déchaînées.

Que je dise la vérité, cela le prouve le fait que dans votre Olympe chimérique vous n’avez pas su mettre un seul de ces grands esprits qui ont réussi à avoir l’intuition de l’Être suprême et ont été des intermédiaires actifs entre l’homme animal et la Divinité, qu’ils ont senti instinctivement par leur esprit méditatif et vertueux. De l’esprit qui raisonne du philosophe, du vrai grand philosophe, à l’esprit du vrai croyant qui adore le vrai Dieu, il n’y a qu’un pas, alors que de l’esprit du croyant au moi de l’astucieux, du tyran ou de celui dont l’héroïsme n’est que matériel, il y a un abîme.