461.18 - Jésus plie la feuille et regarde les visages de ceux qui l’écoutent. Ils sont pâles, mais Pierre murmure: “Je ne comprends pas pourquoi tu as pleuré… Je croyais qu’il y avait autre chose…”
“Je pleurais parce que je comparais l’uxoricide Uxoricide : L'assassin de son épouse. , l’ancien galérien, et l’esclave païenne avec de trop nombreux Israélites.”
“J’ai compris! Tu es angoissé de voir les hébreux inférieurs aux gentils, et les prêtres et les chefs inférieurs aux galériens. Tu as raison. J’étais sot! Quelle femme que cette femme! Dommage qu’elle ait dû s’éloigner…!”
Jésus déplie la troisième feuille.
“Et sache imiter en tout ton disciple et frère qui est déjà dans la paix, qui y est allé après avoir accompli toutes les purifications… en ton honneur et pour alléger tes souffrances”
“Ah! non, ensuite!”
Pierre a sauté agilement de son siège avant que Jésus puisse s’écarter et il voit qu’il n’est pas possible que Jésus en soit là où son œil regarde. Il faut remarquer que le parchemin s’enroule sur lui-même à mesure qu’on le laisse libre en haut, et ainsi plusieurs lignes sont désormais cachées en haut de la feuille.
Jésus lève la tête, et avec le visage plus doux que triste, doux mais plein de fermeté, il repousse son apôtre et lui dit:
“Pierre, ton Maître sait ce qui te fait du bien! Laisse-moi te donner ce qui est bon pour toi…”
Pierre est touché par ces paroles et davantage par le regard de Jésus, tellement implorant, et dans ses yeux brille une larme qui va tomber. Il descend de son siège en disant:
“J’obéis… Mais que pouvait-il bien y avoir à cet endroit?!”
461.19 - Jésus reprend la lecture:
“Et maintenant que j’ai parlé des autres, je parle de moi. J’ai quitté Antigonie après l’enterrement de Jean. Ce n’est pas que je n’y ai pas été bien traitée, mais parce que je me rendais compte que ce n’était pas là ma place. C’était plutôt une impression: je sentais qu’il me fallait le faire. Comme je te l’ai dit, j’avais connu beaucoup de familles parce que beaucoup venaient nous trouver. J’ai préféré m’installer auprès de celle de Zénon parce que précisément c’est dans ce milieu que je compte travailler.
Une dame romaine voulait me recevoir dans sa splendide maison près des colonnades d’Hérode. Une très riche syrienne me proposait une place de directrice dans la fabrique d’étoffes que son mari, de Tyr, a installé à Séleucie. Une prosélyte, veuve, mère de sept enfants, qui habite près du pont de Séleucie voulait m’avoir en souvenir de Jean qui avait été le maître de ses garçons. Une famille gréco-assyrienne qui possède des magasins dans une rue près du Cirque, me demandait d’aller chez elle, parce que, à l’époque des jeux, je pouvais leur être utile. Enfin un romain, déjà centurion, je crois, certainement militaire, resté ici avec je ne sais quel fonction précise, guéri lui aussi par le baume Le "baume de Marie" déjà auteur de miracles. Cf. la guérison de Démété (cf. EMV 320.4.7). , insistait pour m’avoir.
Non, je ne voulais pas les riches, ni les marchands. Je voulais des âmes, et des âmes grecques et romaines, parce que je sens que c’est par elles que doit commencer l’expansion de ta Doctrine dans le monde.
Et me voici dans la maison de Zénon, sur les pentes du Sulpius près des casernes. La citadelle surplombe, menaçante, de son sommet. Cependant, avec son aspect si peu engageant, elle vaut mieux que les riches palais de l’Onpholus et du Nimpheus, et j’y ai des amis. Un soldat qui te connaît, du nom d’Alexandre: un cœur simple d’enfant enfermé dans un grand corps de soldat. Et le tribun lui-même Publius Quintilianus. , arrivé depuis peu de Césarée, qui sous sa chlamyde Manteau court des soldats romains. possède un cœur droit. Dans sa rude simplicité, Alexandre est plus proche de la Vérité. Mais le tribun aussi t’admire comme un rhéteur parfait, un philosophe ‘divin’, comme il dit, il n’est pas hostile à la Sagesse, s’il ne peut pas encore accueillir la Vérité.
Mais les conquérir, eux et leurs familles, en te faisant quelque peu connaître, cela veut dire jeter la semence de cette connaissance au septentrion et au midi, à l’orient et à l’occident, parce que les troupes sont comme les grains secoués par le van ou plutôt des balles que le tourbillon, dans notre cas le vouloir des Césars et les besoins de l’empire, répand dans toutes les directions.
Un jour viendra où tes apôtres, comme des oiseaux qui prennent leur vol, se répandront sur la Terre, et ce sera pour eux une grande aide de trouver dans les lieux de leur apostolat une personne, une seule, même une seule qui n’ignore pas que tu as existé. C’est dans cette pensée aussi que je soigne les membres souffreteux des anciens gladiateurs, et les blessures des jeunes gladiateurs. C’est pour cela aussi que je n’évite plus les dames romaines, pour cela que je supporte ceux qui me faisaient souffrir… Tout. Pour Toi.
Si je me trompe, donne-moi les conseils de ta sagesse. Sache seulement, mais cela tu le sais, que mes erreurs viennent de mon incapacité, mais pas de la malice.
Seigneur, ta servante t’en a tant dit… un rien pourtant de ce qu’elle a dans le cœur. Mais tu vois mon esprit, Seigneur… Quand verrai-je ton visage? Quand reverrai-je ta Mère, les frères?… La vie est un rêve qui passe. La séparation passera. Je serai en Toi et avec eux, et ce sera la joie et la liberté pour moi, pour moi aussi, comme pour Jean.
Je me prosterne à tes pieds, mon Sauveur, bénis-moi en me donnant ta paix. À Marie de Nazareth, aux disciples mes compagnes, paix et bénédiction. Aux apôtres et aux disciples, paix et bénédiction. À Toi, Seigneur, gloire et amour”.
461.20 - J’ai lu. Mère, viens avec Moi. Vous, attendez-moi, ou bien reposez-vous. Je ne vais pas rentrer. Je reste en prière avec ma Mère. Jeanne, si on me cherche, je suis dans le pavillon près du lac.”
Pierre a tiré Marie à part, et il lui parle, excité, mais à voix basse. Marie lui sourit et murmure quelque chose, puis elle rejoint son Fils qui suit le sentier à peine visible dans la nuit.
“Que voulait Simon de Jonas?”
“Savoir, mon Fils. C’est un enfant… un grand enfant… Mais il est si bon.”