461 – Un complot pour élire Jésus comme roi. Le grec Zénon et la lettre de Syntica, avec la nouvelle de la mort de Jean d’En-Dor
23 juillet 1946
Le mardi 23 juillet 1946.
461.1 - Tibériade a déversé tous ses habitants sur les rives du lac ou sur le lac lui-même pour qu’ils trouvent du rafraîchissement dans la brise qui court sur les eaux et secoue les arbres des jardins le long de la rive. Dans cette ville, il y a un mélange de nombreuses races réunies là pour des motifs variés. Les riches se détendent sur des barques de plaisance confortables, ou bien sous les ombres vertes des jardins ils regardent l’évolution des bateaux sur les eaux bleu turquoise, déjà épurées de la couleur jaune qu’y avait apportée l’orage du soir précédent. Les pauvres, et surtout les enfants, s’ébattent sur la plage, là où les petites vagues viennent mourir. La fraîcheur de l’eau, qui les atteint plus haut qu’ils ne voudraient, leur fait pousser de petits cris qui rappellent ceux des hirondelles.
Les barques de Pierre et de Jacques approchent de la rive et se dirigent vers le petit môle.
“Non. Au jardin de Jeanne” commande Jésus.
Pierre obéit sans parler et la barque, suivie de sa sœur jumelle, exécute un virage parfait qui laisse un sillage écumeux en forme de point d’interrogation pour se replier sur la jetée du jardin de Kouza où il accoste et s’arrête.
Jésus descend le premier et il donne la main aux deux Marie pour les aider à monter sur le petit quai.
“Vous, maintenant, allez au grand môle et mettez-vous à prêcher le Seigneur. Vous allez voir un homme s’approcher pour vous demander où je suis. C’est l’homme d’Antioche. Conduisez-le-moi après avoir congédié la foule.”
“Oui… mais… Que devons-nous dire aux gens? Prêcher ta venue ou prêcher ta doctrine?”
“Ma venue. Dites qu’à l’aurore je parlerai à Tarichée et guérirai les malades. Que l’un de vous surveille les barques, ou mettez quelque disciple à le faire, pour qu’elles soient prêtes pour le départ. Allez et que la paix soit avec vous.”
Et il se dirige vers la grille qui sert de clôture sur le débarcadère. Les deux Marie le suivent silencieusement.
461.2 - Dans le grand jardin où des rosées tardives fleurissent bien qu’en petit nombre, on ne voit personne. Mais on entend les cris heureux des deux petits qui jouent. En passant la main à travers les arabesques de la grille, Jésus cherche à déplacer le verrou, mais il n’y réussit pas. Il cherche s’il y a quelque chose qui puisse faire du bruit et attirer l’attention. Mais il n’y a rien. Alors, en entendant plus proches les voix des deux enfants, il appelle à haute voix:
“Marie!”
Du coup, les deux voix se taisent… Jésus répète:
“Marie!”…
Voilà que là-bas, au milieu du pré, tenu rasé comme un tapis d’où s’élèvent des touffes de rosiers bien tenus, il aperçoit marchant à petits pas, circonspecte, un doigt sur les lèvres, ses yeux inquisiteurs scrutant dans tous les sens, la fillette, et puis, quelques pas en arrière, suivi d’un agnelet blanc comme de l’écume, voilà Mathias.
“Marie! Mathias!” crie Jésus à haute voix.
La voix guide les regards innocents. Les deux enfants tournent les yeux vers la grille et voient Jésus, le visage contre les barres, qui leur sourit.
“Le Seigneur! Cours, Mathias, vers maman… Appelle Elle ou Michée… Qu’ils viennent ouvrir…”
“Vas-y toi. Moi, je vais vers le Seigneur…”
Et ils courent tous les deux, les bras tendus, deux papillons, l’un blanc, l’autre rosé avec leur petite tête brune.
Mais heureusement, en courant, ils appellent les serviteurs, et ceux-ci accourent, armés d’arrosoirs et de râteaux, de sorte que finalement la grille s’ouvre et les deux enfants se réfugient dans les bras de Jésus qui les embrasse et franchit le seuil en les tenant par la main.
461.3 - “Maman est à la maison avec ses amies. On nous renvoie, parce qu’on ne veut pas de nous” explique rapidement Mathias.
“Ne parle pas si mal. Maman nous renvoie parce que ces dames sont romaines et elles parlent encore de leurs dieux et nous, que Jésus a sauvés, nous ne devons connaître que Lui seul. C’est pour cela, Seigneur. Mathias est trop petit et ne comprend pas” dit-elle, gracieusement, avec son bon sens d’enfant qui a souffert et qui par conséquent est plus mûre, plus adulte que son âge ne le comporte.