“Quand tu es avec moi, il y a toujours la paix en moi et dans ma maison… Mère…!”

Et elle va baiser les pieds de Marie, mais Marie l’accueille, les bras ouverts et l’embrasse. Elle échange aussi un baiser avec Marie d’Alphée.

Après les salutations, Jésus dit:

“Je dois te parler, Jeanne.”

“Me voici, Maître. Marie, ma maison est à toi: commande ce qu’il faut. Je vais avec le Maître…”

Jésus s’est déjà déplacé pour aller dans le pré, bien en vue de tout le monde, mais assez isolé pour que personne ne puisse entendre. Jeanne le rejoint.

“Jeanne, je dois recevoir quelqu’un qui vient d’Antioche, envoyé par Syntica, certainement. J’ai pensé le faire dans ta maison, ici, dans ton jardin…”

“Tu es le maître de tout ce qui appartient à Jeanne.”

“Même de ton cœur?” Jésus la regarde fixement.

“Tu sais, déjà, Maître! J’en étais presque certaine. Maintenant, je le suis tout à fait. Kouza… l’incohérence des hommes est bien grande! Le sentiment de leur intérêt est bien fort! Et leur pitié pour leurs femmes est bien faible! Nous sommes… Que sommes-nous donc, nous, les femmes des meilleurs? Un joyau que l’on montre ou que l’on cache selon que cela peut être utile… Une mime qui doit rire ou pleurer, attirer ou repousser, parler ou se taire, se montrer ou rester cachée, selon les désirs de l’homme… toujours dans son intérêt… Il est triste, notre sort, Seigneur! Et dégradant, aussi!”

“En compensation, il vous est donné de savoir vous élever plus haut par l’esprit.”

“C’est vrai. Tu as su par Toi-même ou bien on t’en a parlé? As-tu vu Manahen? Il te cherchait…”

“Non, je n’ai vu personne. Il est ici?”

“Oui. Nous sommes tous ici… Je veux dire: tous les courtisans d’Hérode… et plusieurs parce qu’ils le haïssent. Parmi eux aussi Kouza depuis que, par la volonté d’Hérodiade, Hérode se plaît à mortifier son intendant… Seigneur, tu te souviens qu’à Béther il voulait me séparer de Toi, parce qu’il craignait la disgrâce d’Hérode? Il n’est passé que quelques mois… et déjà maintenant il veut que je… Oui, Seigneur, lui voudrait que je te persuade d’accepter son aide pour devenir roi à la place du Tétrarque… Moi, je dois le dire puisque je suis femme, soumise par conséquent à l’homme, et en plus femme Israélite, par conséquent plus que jamais soumise aux volontés de l’époux. Je le dis donc… Et je ne te donne pas de conseil… parce que j’espère savoir déjà que Toi… oh! tu ne te feras pas roi avec l’aide de lanciers gagés.

Oh!… qu’ai-je dit! Je ne devais pas parler ainsi… Je devais te laisser d’abord entendre Kouza, Manahen et d’autres… Et si je me taisais, est-ce que je ne faisais pas mal?… Seigneur, aide-moi à voir clair…”

461.7 - “Tu y vois clair, Jeanne. Ce ne sera pas avec les cohortes romaines, ni avec les lances Israélites que Moi je me ferai roi, même si Rome et Israël voulaient pacifier cette région en se servant de Moi. J’ai déjà compris suffisamment pour me rendre compte. Mathias a eu des paroles imprudentes. Jonathas a fait allusion à des mécontentements. Tu dis le reste. Moi, je complète ainsi: une folle conception de mon royaume pousse ceux qui sont bons, sans être encore justes, comme Manahen, à créer des mouvements tendant à établir le royaume d’Israël selon l’idée fixe de la plupart. Un besoin piquant, brûlant, de se venger d’un affront en pousse d’autres, parmi lesquels ton époux, à la même chose. C’est sur ces deux motifs que fait levier l’astuce des pharisiens, des sadducéens, des scribes et aussi des hérodiens pour se défaire de Moi en me faisant voir aux yeux de ceux qui nous dominent tel que je ne suis pas.

Tu as congédié les romaines pour me dire cela, pour ne pas trahir Kouza, ni Manahen, ni les autres. Mais je te dis, en vérité, que ceux qui m’ont compris davantage, ce sont les gentils. Ils m’appellent le philosophe, peut-être jugent-ils que je suis un rêveur, un irréaliste, un malheureux, selon eux pour qui tout repose sur la violence. Mais ils ont compris, eux au moins ont compris, que je ne suis pas de cette Terre, et que mon Royaume n’est pas de cette Terre. Ils ne me craignent pas, mais craignent ceux qui me suivent. Ils ont raison. Ceux qui me suivent, les uns par amour, les autres par orgueil, seraient capables de faire n’importe quoi, pour réaliser leur idée: faire de Moi, le Roi des rois, le Roi universel, un pauvre roi d’un état minuscule… Et, en vérité, je dois me garder davantage de ce complot qui se développe dans l’ombre, encouragé par mes vrais ennemis qui ne sont pas au palais proconsulaire de Césarée, ni à celui du Légat à Antioche, ni non plus à l’Antonia, mais qui sont sous les tephillim Tefillin ou tephillin : autre nom des phylactères : boîtiers renfermant les versets de la Torah et qui sont portés sur le front et sur le bras gauche. , les franges et les zizits Tsitsit : Cordons de couleur bleue ou violette, symbole du ciel, qui pendaient aux quatre coins du vêtement. Ils rappelaient les commandements de la Loi et le devoir d'obéissance au fidèle. (Deutéronome 22,12). des vêtements hébraïques et spécialement sous les larges tephillim et les floconneux zizits qui ornent les amples vêtements des pharisiens et des scribes pour manifester une adhésion encore plus large à la Loi.

Mais la Loi est dans le cœur, pas sur les vêtements… Si la Loi était dans leurs cœurs, ceux qui se haïssent entre eux, mais qui maintenant s’unissent, oubliant cette haine pour me nuire - la haine qui creuse des fossés profonds entre les castes d’Israël et qui maintenant n’est plus divisé mais nivelé parce que les fossés sont pleins de la haine qu’ils ont pour Moi - si la Loi était dans leurs cœurs, au lieu d’être suspendue et attachée à leurs vêtements, à leurs fronts, à leurs mains, comme un sauvage s’attache des amulettes, des coquillages, des os, des becs de vautours, par superstition ou comme ornement, si cette Loi était dans leurs cœurs, si la Sagesse était inscrite non pas dans les tephillim, mais sur les fibres de leurs cœurs, ils comprendraient qui je suis et qu’ils ne peuvent aller contre Moi pour me détruire comme Verbe et comme Homme.

Je dois donc me défendre de mes amis et de mes ennemis, pareillement injustes dans leur haine comme dans leur amour. Je dois chercher à diriger l’amour et à apaiser la haine. Je le fais pour accomplir mon devoir, et je le ferai jusqu’à ce que j’aie édifié le Royaume, en en arrosant les pierres de mon Sang pour les cimenter. Quand je vous aurai aspergé de mon Sang, vos cœurs ne vacilleront plus. Je parle des cœurs qui me sont fidèles. Du tien, Jeanne, ainsi partagée entre les deux forces et les deux amours qui sont sur toi et en toi: Kouza-Moi.”

“Mais tu vaincras, Seigneur.”

“Je vaincrai, oui.”

“Cherche pourtant à sauver Kouza aussi… Aime celui que j’aime.”

“J’aime celui qui t’aime.”

“Aime Kouza qui t’aime…”

“Le mensonge n’est pas pour ce front pur comme les perles qui le ceignent et qui rougit maintenant dans l’effort de vouloir se persuader et me persuader que Kouza m’aime.”