“Le père aussi nous renvoie quand viennent ceux de la Cour. Et ils me plairaient, parce que ce sont presque tous des soldats… des guerriers… La guerre! C’est beau, la guerre! Elle donne la victoire! Elle renvoie les romains. À bas Rome! Vive le Royaume d’Israël” crie fièrement le petit.

“Ce n’est pas beau la guerre, Mathias, et quand on ne remporte pas la victoire, de sujets, on devient esclaves.”

“Mais ton Règne doit arriver, et pour qu’il arrive on fera la guerre. Et on les renverra tous, même Hérode, et tu seras roi.”

“Mais tais-toi, sot. Tu sais que tu ne dois pas répéter ce que tu entends. Ils font bien de te chasser. Tu ne sais pas que tu peux faire du mal au père, à la mère, et aussi à Jésus, en parlant ainsi?” dit Marie.

Et puis elle explique:

“Un jour est venu celui qui est comme un prince et un parent d’Hérode et qui est ton disciple Manahen. , pour parler avec le père. Et ils criaient si fort, ils n’étaient pas seuls, mais avec beaucoup d’autres…”

“Tous beaux, avec de belles épées, et ils parlaient de guerre…” interrompt Mathias.

“Tais-toi, dis-je! Et ils criaient si fort que l’on a entendu et ce sot, depuis lors, ne fait qu’en parler. Dis-le-lui Toi qu’il ne doit pas… Maman l’a dit, et le père a menacé de l’envoyer au sommet du grand Hermon, dans une grotte avec un esclave sourd et muet, jusqu’à ce qu’il ait appris à se taire. Et là, il devrait se taire car s’il parle avec l’esclave celui-ci n’entend pas et ne répond pas, s’il crie les aigles et les loups arrivent pour le manger…”

“Un châtiment terrible!” dit Jésus en souriant.

Et il caresse l’enfant qui a perdu sa hardiesse et qui se serre contre Jésus comme s’il voyait déjà les aigles et les loups prêts à le dévorer tout entier y compris sa petite langue imprudente.

“Un châtiment vraiment terrible!” répète-t-il.

“Hé! oui, et moi, j’ai peur que cela lui arrive et de rester sans Mathias, et je pleure… Mais lui n’a pas pitié ni de maman ni de moi, et il nous fera mourir de douleur…”

“Je ne le fais pas exprès… J’ai entendu… et je parle… C’est si beau… de penser que les romains seront vaincus, que Hérode et Philippe seront chassés, et que Jésus sera Roi d’Israël” termine-t-il en mourant et en cachant son visage contre les vêtements de Jésus pour amortir encore plus le son de sa voix.

461.4 - “Mathias ne dira jamais plus ces choses. Il me le promet à Moi, et il tiendra parole. N’est-ce pas? Ainsi lui ne sera pas dévoré, Jeanne et Marie ne mourront pas de douleur, Kouza ne sera pas fâché, et Moi, je ne serai pas haï. Parce que tu vois, Mathias? Tu me fais haïr en disant ces choses. Te plaît-il que Jésus soit persécuté? Pense quel remords si un jour tu devais te dire à toi-même: “J’ai fait persécuter Jésus qui m’a sauvé, et tout cela pour avoir répété ce que j’ai entendu par hasard”. Ces gens étaient des hommes, et les hommes perdent souvent Dieu de vue, parce qu’ils sont pécheurs. Ne voyant pas Dieu, ils ne voient pas la Sagesse et ils font des erreurs même dans un bon but, ou dans un but qu’ils croient tel. Mais les enfants sont bons, leurs esprits voient Dieu, et Dieu repose dans leur cœur. Par conséquent, ils doivent comprendre les choses avec sagesse et dire que mon Royaume ne se fera pas par la violence sur la Terre, mais par l’amour dans les cœurs. Et ils doivent prier pour que les hommes comprennent ce Royaume, comme le comprennent les enfants. Les prières des enfants sont portées par leurs anges au Ciel et le Très-Haut les transforme en grâces. Et Jésus a besoin de ces grâces pour faire de ces hommes, qui pensent à la guerre et au royaume temporel, des apôtres qui comprennent que Jésus est paix et que son Royaume est spirituel et céleste. Tu vois cet agnelet? Pourrait-il en dévorer un autre?”

“Hé! non! S’il pouvait le faire, le père ne nous en aurait pas fait cadeau pour nous faire mettre en pièces.”

“Voilà, tu as bien dit. Le père aussi qui est dans les Cieux ne m’aurait pas envoyé si j’avais eu la puissance et la volonté de mettre en pièces. Je suis l’Agneau et le Berger. Et je suis doux et plein de mansuétude comme l’agneau, et je suis Celui qui réunit par l’amour avec la verge du bon Pasteur et non avec la lance et l’épée du guerrier. As-tu compris? Et me promets-tu à Moi, précisément à Moi, de ne plus parler de certaines choses?”

“Oui, Jésus. Mais… aide-moi, Toi… parce que tout seul…”

“Je t’aiderai. Regarde, je te caresse les lèvres et ainsi elles sauront rester closes.”

461.5 - “Mon Maître! Sainte est cette soirée qui me permet de te voir!” dit Jonathas en accourant de la maison et en se prosternant aux pieds de Jésus.

“Paix à toi, Jonathas. Puis-je voir Jeanne?”

“Elle va venir. Elle a congédié les romaines pour venir te trouver.”

Jésus le regarde d’un air interrogateur, mais ne lui demande rien. Il marche dans la direction de la maison, en écoutant Jonathas qui parle de Kouza “absolument buté contre Hérode” et qui ajoute:

“Pour l’amour de ma maîtresse, je te prie de le modérer car il veut faire des choses qui… ne feraient de bien ni à Toi, ni à lui, pas à Toi surtout.”

461.6 - Jeanne, dans un splendide vêtement blanc sur lequel, de la tête, descend un voile qui paraît un filigrane d’argent tant il est broché de fils de ce métal - et je ne sais pas comment la légèreté de l’étoffé supporte cette broderie brochée d’argent - ceinte d’un fin diadème, qui pointe légèrement sur le devant, comme une mitre ornée de perles, de lourdes boucles d’oreilles ornées de perles, un collier de perles autour du cou, des bracelets et des bagues pareillement garnis - une apparition de beauté, pure et gracieuse - elle vient en hâte vers le Seigneur, et sans se soucier de ses beaux vêtements, elle se prosterne dans la poussière du sentier et dépose un baiser sur les pieds de Jésus.

“Paix à toi, Jeanne.”