La maison de la veuve est près de l’une de celles-ci sur une place, et le rez-de-chaussée est occupé par un vaste magasin où il y a un peu de tout, géré par un vieillard au gros nez et barbu qui discute comme un possédé avec des acheteurs radins.
“Samuel!” appelle la femme.
“Maîtresse!” répond le vieillard en s’inclinant autant que le lui permettent les balles de marchandises entassées devant lui.
“Appelle Élie ou Philippe et rejoins-moi à la maison” commande la veuve.
Puis, s’adressant au Maître:
“Viens, entre dans ma maison et sois-en l’hôte bienvenu.”
Tout le monde entre en passant par le magasin pendant qu’un garçon qui est accouru emmène les ânes je ne sais où. A la suite du magasin, qui donne à la maison un aspect qui n’est pas trop artistique, il y a une belle cour avec des portiques sur deux côtés. Au milieu la fontaine, ou du moins un bassin car il n’y a pas de jet d’eau. Sur les côtés, des platanes robustes pour donner de l’ombre aux murs blanchis à la chaux. Un escalier monte à la terrasse, des pièces s’ouvrent sur les côtés sans portiques, les plus éloignés du magasin.
“Autrefois, du temps de mon époux, c’était plein ici et on y logeait des marchands surpris ici par la nuit. Les portiques pour les marchandises, des étables pour les animaux, et là-bas le bassin pour les abreuver. Viens dans les pièces.”
Et elle traverse la cour en diagonale pour aller vers la partie la plus belle de la maison. Elle appelle:
“Marie! Jeanne!”
Deux servantes accourent, l’une avec les mains enfarinées, l’autre avec un balai à la main.
“Maîtresse, que la paix soit avec toi et avec nous, maintenant que tu es revenue.”
“Et avec vous. Pas d’ennuis ces jours-ci?”
“Joseph, cet étourdi, a brisé le rosier que tu aimais tant. Je lui ai donné une bonne correction. Punis-moi, car j’ai été assez sotte pour l’en laisser approcher.”
“Pas d’importance…”
Mais des larmes viennent aux yeux de Sarah qui s’en explique en disant: “C’était mon époux qui me l’avait apporté au dernier printemps qu’il fut en bonne santé…”
“Élie s’est cassé une jambe, ce qui rend Samuel furieux parce que son aide lui fait défaut à cette époque de grands marchés… Il est tombé de l’échelle de l’autre côté, en se penchant pour que tu trouves les murs blanchis” dit l’autre femme et elle termine: “Il souffre beaucoup et il restera bancal. Et toi, maîtresse, as-tu été heureuse pendant ton voyage?”
“Comme jamais je ne l’aurais espéré. Je reviens avec le Rabbi de Galilée. Vite! Préparez pour ceux qui sont avec moi. Entre, Maître!”
Ils passent dans la maison devant les servantes stupéfaites.
Une pièce vaste, fraîche, dans la pénombre, avec des sièges et des coffres les accueille. La veuve sort pour donner des ordres. Jésus appelle les apôtres afin de les envoyer dans la ville pour préparer les âmes à sa venue. Samuel entre, passé de vendeur en maître de maison. Les servantes le suivent avec des amphores et des bassins pour les ablutions avant le repas. On porte sur de larges plateaux du pain, des fruits, du lait.
456.7 – La maîtresse revient:
“J’ai dit à mon serviteur que tu es ici. Il te prie d’user de miséricorde envers lui, et moi, je t’en prie également. Pour les Tabernacles il passe beaucoup de gens ici. Et le principal passage tout de suite après la nouvelle lune de Tisri. Comment allons-nous faire, si lui est malade, je ne sais…”
“Dis-lui qu’il vienne ici.”
“Impossible. Il ne peut se tenir debout.”
“Dis-lui que le Rabbi ne va pas le trouver, mais qu’il veut le voir.”