456 – Adieux à Gamla et arrivée à Aphéqa. Avertissement à la veuve Sarah et miracle dans sa maison

13 juillet 1946

Le samedi 13 juillet 1946.

456.1 – Ils doivent avoir passé la nuit à Gamla, car maintenant c’est le matin, un matin venteux. Peut-être aussi à cause de sa construction et de sa disposition en terrasses qui descendent du haut de la ville jusqu’à la limite des remparts, massifs et pourvus de portes elles aussi, ferrées, vraies portes de forteresse, cette ville jouit de ce vent, si agréable en terre d’orient. Si elle m’a paru belle hier à l’heure où elle était ensoleillée, maintenant elle me paraît splendide. Les maisons, disposées comme elles le sont, n’empêchent pas la vue du vaste panorama. En effet la terrasse de l’une est au niveau du terrain de celle de la rue supérieure, de sorte que chaque rue est une longue terrasse d’où l’on peut voir l’horizon. C’est un horizon qui en haut de la montagne présente un panorama complet, qui plus bas se réduit à un demi-cercle mais toujours vaste et très beau.

Au pied de la montagne, la couleur verte des forêts de chênes ou des campagnes forme un chaton d’émeraude au-delà du vallon aride qui entoure la montagne de Gamla. Puis, à l’orient, à perte de vue, les cultures du haut plateau, de l’acrocoro Acrocoro = Haut plateau. Il y en a un de ce type en Calabre où Maria Valtorta avait été en convalescence après son attentat aux reins. . (Il me semble que l’on appelle ainsi ces vastes et basses surélévations de la croûte terrestre, mais si je me trompe, je vous prie de corriger en mon nom.

Je n’ai pas le dictionnaire à portée de main et je suis seule dans ma pièce. Impossible par conséquent d’avoir le dictionnaire qui se trouve sur le bureau à moins de trois mètres de moi. Je le dis pour rappeler que celle qui écrit est crucifiée au lit.)

Au-delà du haut plateau, les monts de l’Auranitide et plus loin encore, les plus hauts sommets du Basan BASAN (BASHANE) : Pays montagneux situé entre le lac de Génésareth, à l'ouest, le Hauran à l'est et l'Antiliban au nord. C'est le pays du roi Og (Deutéronome 3,10-11). C'était, selon une tradition rabbinique (source : Augustin Calmet), un survivant des géants qui existaient avant le déluge (Genèse 6,4) et dont des descendants furent combattus par Josué qui les extermina (Josué 11,21-22), sauf ceux de Philistie d'où sorti Goliath qui combattit David. Il mesurait 2,90 m et portait une cuirasse de 57 kg. . Au sud, la bande fertile entre le Jourdain bleu et les hauteurs compactes et continues qui se trouvent à l’orient du fleuve et qui sont comme le contrefort du haut plateau. Au nord les monts lointains de la chaîne libanaise sur laquelle trône l’imposant Hermon embelli de mille couleurs en cette heure matinale, et en bas, tout de suite à l’occident, la perle de la Mer de Galilée. C’est vraiment une perle, attachée à un sautoir bleu, d’un bleu différent du sien, du Jourdain à son entrée dans le lac et à sa sortie, plus clair à son entrée, plus foncé quand il reprend sa course vers le midi, brillant au soleil, tranquille entre ses rives vertes, vraiment biblique. Le petit lac de Méron, au contraire, ne se voit pas, caché derrière les collines qui sont au nord de Bethsaïda, mais on le devine à cause du vert nourri de la campagne qui l’entoure, qui ensuite se déploie au nord-ouest entre la Mer de Galilée et le lac de Mérom: dans la plaine où s’élève Chorazeïn. Il me semble avoir entendu dire autrefois par les apôtres que c’est la plaine de Génésareth.

456.2 – Jésus prend congé des habitants qui, avec leur orgueil d’habitants des villes, s’empressent de Lui montrer les beautés de l’horizon et celles de leur ville, pourvue d’aqueducs, de thermes, de beaux édifices:

“Tout cela est le fruit de notre peine et de notre argent. En effet nous avons été à l’école des romains et nous avons voulu leur emprunter des choses pratiques. Mais, nous ne sommes pas comme les autres de la Décapole, nous! Nous payons, et eux, les romains, nous servent. Mais ensuite! Rien d’autre. Nous sommes fidèles, nous. Même cet isolement c’est de la fidélité…”

“Faites que votre fidélité ne soit pas de pure forme, mais réelle, intime, juste. Autrement inutiles seraient vos travaux de défense. Je vous le répète. Vous voyez? Vous avez construit cet aqueduc, solide, utile. Mais s’il n’était pas alimenté par une source lointaine, vous donnerait-il de l’eau pour les fontaines et les thermes?”

“Non. Il ne donnerait rien. Ce serait une construction inutile.”

“Vous l’avez dit: inutile. Pareillement les défenses naturelles ou matérielles sont inutiles si celui qui les fait construire ne les rend pas puissantes par l’aide de Dieu, et Dieu n’aide pas quand on n’est pas ses amis.”

“Maître, tu parles comme si tu savais que nous avons beaucoup besoin de Dieu…”

“Tous les hommes ont besoin de Dieu et pour toute chose.”

“Oui, Maître. Mais… il semble que nous, nous en ayons plus besoin que toutes les autres villes de Palestine et…”

“Oh…!”

C’est un oh! si douloureux…

Les gens de Gamla le regardent interdits. Le plus hardi demande:

“Que penses-tu? Que nous connaîtrons encore les horreurs d’autrefois?”

“Oui, et de plus graves encore, et plus longues… longues… oh! ma Patrie! Si longues… Et cela si elle n’accueille pas le Seigneur!”

“Nous t’avons accueilli. Nous sommes sauvés alors! L’autre fois, nous avons été sots, mais tu as pardonné…”

“Faites en sorte de rester dans la justice d’aujourd’hui à mon égard, et de grandir dans la justice selon la Loi.”

“Nous le ferons, Seigneur.”

456.3 – Ils voudraient le suivre encore et le retenir encore, mais Jésus veut rejoindre les femmes qui sont allées en avant sur des ânes, et il s’arrache à leur insistance en descendant rapidement par le chemin fait hier pour venir. Il ralentit seulement quand il est sur le chantier des travailleurs afin de lever la main pour bénir les malheureux qui le regardent comme s’ils regardaient Dieu.

La route, arrivée au pied de la montagne, bifurque en deux directions: l’une vers le lac, l’autre vers l’intérieur. C’est sur cette dernière que sont les quatre ânes qui trottent en soulevant la poussière de la route brûlée par l’été et en secouant leurs longues oreilles. De temps à autre, une des femmes se retourne pour voir si Jésus les rejoint, et elles voudraient s’arrêter pour être avec Lui, mais Jésus, de la main, leur fait signe de continuer pour échapper à l’accablement de la route découverte déjà envahie par le soleil, et d’arriver aux bois qui montent vers Aphéqa. Bois frais qui entrelacent une voûte verte au-dessus de la route caravanière. Ils s’y enfoncent joyeusement en poussant un cri de soulagement.