Ils marchèrent encore, mais les sentiers laissés en contrebas se rapprochaient du sentier dans la roche et ils se rapprochaient d’autant plus souvent que le sentier conduisant à la cime devenait plus étroit. Et comme ils étaient beaux, ombragés, engageants!…

“Je prendrais bien un de ceux-ci” dit le fils mécontent en arrivant au sixième monument. “D’autant plus que celui-là va à la cime”.

“Tu ne peux pas le dire… Tu ne vois pas s’il monte ou s’il descend…”

“Le voilà là-haut!”

“Tu ne sais pas si c’est celui-là. Et puis le père a dit de ne pas quitter le bon sentier…”

C’est de mauvaise grâce que le nonchalant continue.

Voilà le septième monument: “Oh! pour moi, je m’en vais vraiment”.

“Ne le fais pas, frère!”

Ils montent par le sentier vraiment très difficile désormais, mais la cime désormais était proche…

Voilà le huitième monument et tout proche, le côtoyant, le sentier fleuri.

“Oh! Tu le vois, peut-être pas en ligne droite, mais il monte vraiment celui-ci?”

“Tu ne sais pas si c’est celui-là”.

“Si. Je le reconnais”.

“Tu te trompes”.

“Non, je m’en vais”.

“Ne le fais pas. Pense au père, aux dangers, au trésor”.

“Mais qu’ils se perdent tous! Que ferai-je du trésor si j’arrive mourant au sommet? Quel danger plus grand que ce chemin? Et quelle haine plus grande que celle du père qui nous a bernés avec ce sentier pour nous faire mourir? Adieu! J’arriverai avant toi, et vivant…”

Et il se jette dans le sentier contigu et disparaît en poussant un cri de joie derrière les arbres qui font de l’ombre.

452.10 – L’autre continue tristement… Oh! la route, dans son dernier parcours, était vraiment effroyable! Le voyageur n’en pouvait plus. Il était comme ivre de fatigue, de soleil! Au neuvième monument, il s’arrêta haletant, s’appuya sur la pierre gravée en lisant machinalement les paroles qui étaient gravées. Tout près il y avait un sentier avec de l’ombre, de l’eau, des fleurs… “Je le prendrais bien… Mais non! Non. Ici est écrit, et c’est mon père qui l’a écrit: ‘Amour, obéissance, victoire’. Je dois croire. À son amour, à sa vérité, et je dois obéir pour montrer mon amour… Allons… Que l’amour me soutienne…”

Voici le dixième monument… Le voyageur, épuisé, brûlé par le soleil, marchait courbé comme sous un joug… C’était l’amoureux et saint joug de la fidélité qui est amour, obéissance, force, espérance, justice, prudence, tout… Au lieu de s’appuyer, il se laissa tomber assis à ce peu d’ombre que le monument faisait sur le sol. Il se sentait mourir… Du sentier voisin venait un bruit de ruisseaux et une odeur de bois…

“Père, père, aide-moi par ton esprit, dans la tentation… aide-moi à être fidèle jusqu’à la fin!”.

De loin, riante, la voix du frère: “Viens, je t’attends. Ici, c’est un éden… Viens…”

“Si j’y allais…?” et en criant très fort: “On monte vraiment au sommet?”

“Oui, viens. Il y a une galerie fraîche et qui mène là-haut. Viens! Je le vois déjà le sommet au-delà de la galerie, dans le rocher…”

“J’y vais? Je n’y vais pas?… Qui va me secourir?… J’y vais…”